Affichage des articles dont le libellé est l'éducation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est l'éducation. Afficher tous les articles

jeudi 12 août 2010

22° entretien

Entretien n°22
Manet2 et Manet1
12 août 2010
(Canal des Ardennes - août 2010)

- 1 -


Manet2:
Voici quelques notes sur le film documentaire sur l'Inde en 2025 passé sur Arte mardi 10 août. Ce documentaire était suivi d'un débat entre Ruth Elkaim, Hubert Védrines, ancien ministre des Affaires Étrangères et Pascal Boniface, directeur de l'IRIS.
On dit que l'Inde est devenu le bureau du monde parce qu'elle doit avancer dans les technologies de l'information, la principale industrie de ce pays. Que signifie bureau du monde?

Manet1:
L'Inde est devenue un grand fournisseur d'ingénieurs informaticiens. Et même d'ingénieurs informaticiens de haut-niveau.
Il fut une époque où les pays "développés" installaient leurs centre d'appels à l'étranger pour des raisons de coûts. La France installait ses centres dans des pays francophones où elle pouvait se fournir en personnel formé de bon niveau: Tunisie, Maroc ou Sénégal. Les USA et le Royaume Uni se tournaient vers des pays anglophones et l'Inde était la meilleure de ce point de vue car c'est une fédération de plusieurs états utilisant des langues différentes et obligeant les élites à maîtriser l'anglais pour communiquer entre elles. Dans les deux cas, ces personnes diplômées coûtaient moins cher que des personnes non diplômées en France. Les USA et le Royaume Uni – plus de 450 millions d'habitants ensemble – étaient heureux de trouver un pays de plus d'un milliard habitants prêt à lui rendre ce service. Les étudiants de ces pays étant intégrés dans un processus mondial, n'ont cessé de s'améliorer. Peu à peu, ils se sont présentés sur le marché avec des titres d'ingénieurs de très bon niveau alors que leurs attentes de revenus étaient très concurrentielles. En 1992, beaucoup d'ingénieurs d'une filiale de la Compagnie Bull, société française basée à Varsovie, étaient des indiens. La situation n'a cessé de s'améliorer pour ce pays puisque Lakshmi Mittal possède la première entreprise sidérurgique du monde, Arcelor Mittal.
Les chinois n'auraient pas pu le faire car leur langue commune n'est pas l'anglais mais le mandarin écrit.
En conclusion, les chinois rattrapent les USA et l'Europe en industrie et commerce, mais en informatique ce sont les Indiens qui sont les premiers. Par exemple, Bangalore est devenu un pôle mondiale économique et scientifique. L'Inde est bien devenu le bureau du monde.

- 2 -



Par contre, il y a un grave problème: L'Inde doit passer directement de l'agriculture aux services en sautant l'étape industrielle. Il n'y a pas assez d'emplois industriels et il y a urgence à moderniser les campagnes.

Manet2:
Historiquement, l'Inde a eu la notion industrielle avant d'être industrielle.

Manet1:
L'Inde était un pays colonisé et elle était un débouché pour les produits industriels du Royaume Uni. De nos jours, ce sont les grandes sociétés américaines qui font la loi.

Manet2
Les États Unis et l'Inde ont signé un accord sur le savoir agricole. Il s'agit d'agriculture industrielle.

Manet1:
Le problème c'est qu'il s'agit d'un accord entre l'État Indien et les entreprises privées américaines avec un objectif de privatisations tous azimuts. Ce n'est pas un accord inter-étatique Inde et États-Unis. Il y a trois entreprises américaines: Monsanto, le grand fabricant d'OGM, Wal Mart, la première société de centres commerciaux du monde et un troisième très puissant consortium dans le domaine de l'agriculture industrielle. L'État met sa police et son pouvoir au service de ces trois compagnies pour obliger les petits agriculteurs à quitter leur terre.

Manet2
L'Inde est composé de 52% d'agriculteurs et l'agriculture représente 17% du produit national brut. Cet accord n'est pas favorable à l'Inde dans son ensemble.

Manet1:
L'industrialisation de l'Europe au XVIII° et XIX° siècles s'est faite dans la souffrance.

Manet2
On refait les mêmes erreurs.

Manet1:
L'Irlande a subi une famine où entre 1846 et 1851, 1 million de personnes sont mortes et une grande partie a émigré aux États Unis. La Suède afin d'éviter la famine a également envoyé un fort contingent de sa population aux EU. En Italie, les gens mourraient de faim et quittaient le pays en masse. C'était la même chose dans les pays slaves. Heureusement que l'Europe a pu se déverser aux EU. Le progrès industriel entrait peu à peu dans les sociétés. Au XVII° siècle, les faucheurs font la récolte des céréales. Au XVIII°s, on découvre la vapeur et l'électricité. Et au XIX° s., on fabrique des moissonneuses qui évacuent de la campagne tous les faucheurs au profit d'un tout petit nombre de conducteurs d'engins. Les faucheurs meurent de faim ou émigrent. Les États Unis sont le déversoir de la misère européenne provoquée par le passage de l'économie agricole à l'économie industrielle.

Nous assistons à présent au même phénomène en Inde mais cela va se passer en 50 ans au lieu de 300 avec une contrainte supplémentaire et dramatique: il n'y a pas d'échappatoire car il n'y a pas de territoires vides à remplir. La Terre est pleine alors que les Européens avaient une issue de secours: à la fin du XIX° siècle, 1 à 2 millions d'Européens misérables s'installaient chaque année aux EU.

Manet2
Ils ne peuvent pas non plus s'installer en ville.

Manet1:
Une seule solution: ils doivent disparaître. Il y a 50 ans, 50 personnes vivaient sur un champ. Aujourd'hui, une seule: 49 doivent mourir. En Chine, un même phénomène se déroule mais de manière plus secrète car l'État est plus autoritaire.

Manet2
On aide pas les gens de ses pays quand il y a des inondations! Ils sont éliminés et c'est tant mieux.

Manet1:
Ici on retrouve l'éthologie.

Manet2
Il faudrait que les choses s'arrangent et que l'on tire les leçons du passé. Pourquoi cela ne se passe pas ainsi?

Manet1:
On revient à la base de l'éthologie. Quand il y a une seule ressource de vie pour deux, il faut que l'un des deux vivants disparaissent car les deux ne survivent pas s'il y a partage. Ils vont se battre jusqu'à se tuer sauf si l'un des deux se sauve. C'est vrai aussi pour les arbres: celui qui pousse le plus vite fait de l'ombre à l'autre et l'élimine peu à peu de la course en l'étouffant dans son ombre.
Il y a 10 000 ans, quand on a découvert l'agriculture, il y avait déjà des crises de subsistance. On produit de plus en plus, c'est la richesse puis on fait de plus en plus enfants et c'est la disette. Mais il y avait toujours la possibilité de quitter un lieu habité pour en coloniser un autre qui était vide. Ceux qui s'en vont, ont une chance de survivre s'ils tombent sur une région fertile. Mais s'ils tombent sur une zone stérile, ils disparaissent.

- 3 -



Manet2
Une catastrophe naturelle peut donc être une solution en faisant disparaître des gens. Pourquoi alors envoyons nous des dons et faisons-nous une affaire d'état le fait de leur porter secours?

Manet1:
C'est plus compliqué. La première règle est bien une ressource et un vivant. Il y a une deuxième règle liée aux humains: notre solidarité est notre force. Plus les humains sont nombreux, plus ils créent des agrégats gigantesques. Et plus les agrégats sont importants, plus nous sommes forts. L'humain ne va au bout de la première loi - une ressource, un seul vivant - que s'il n'y a pas d'autres issues. Tant qu'il peut résoudre le problème de manière solidaire, il emprunte cette voie. Les dons sont une solution. Mais en Haïti, après le séisme, les dons ne sont d'aucune utilité. Il faudrait qu'un million de personnes habituées à travailler ensemble dans un contexte moderne s'installe dans ce pays et se mette au travail. Les Haïtiens ne savent pas conduire des engins de terrassements ni bien d'autres engins.

Manet2
Pourquoi les États Unis ne laissent pas les gens venir?

Manet1:
Ils ont fait tout ce qu'ils pouvaient faire. Une mère peut mourir pour son enfant mais un État ne meurt jamais pour un autre: il doit vivre. Les États Unis veulent que leur état demeure le premier et le plus fort. Ils vont dépenser de l'argent pour aider Haïti mais pas au point de remettre leur sort en question.

Manet2
Ils veulent avoir la main sur ce pays.

Manet1:
C'est faux. Les EU sont comme tous les états. La France, si elle avait pu garder l'Algérie, elle l'aurait fait, de même que l'Indochine ou la Louisiane. Comme c'était impossible, elle a ramené ses ambitions à sa dimension. Les Américains sont des Européens comme les Français. Avec 310 millions d'habitants, ils ont une capacité de gestion 5 fois plus importante que la France. La guerre des Balkans dans les années 90 étaient une affaire strictement européenne. Qu'à fait l'Europe? Elle a assisté impuissante aux massacres de Bosnie-Herzégovine. Heureusement que les EU avec l'OTAN sont intervenues sinon nous y serions encore embourbés. L'Europe n'est pas intervenue parce qu'elle est constituée de 27 états et qu'il n'y a pas d'état européen ni d'armée européenne. A Srebenica, les soldats des Pays Bas étaient présents et ils n'ont pas bougé. Il s'est passé la même chose après le séisme de Haïti qui est par dessus le marché dans la zone d'influence française et il s'agit du seul pays francophone indépendant des Caraïbes. Il fallait que quelqu'un prenne en charge l'aéroport tout en se faisant obéir par tous les pays. Seuls les Américains étaient dans cette situation. Si les Français avaient voulu jouer ce rôle, les Américains les premiers s'y seraient opposés, suivi par les Allemands, et tous les pays du même niveau que la France. L'OTAN est sous la direction des Américains, heureusement! Ce sont eux qui nous ont protéger contre les Russes et contre le communisme.

Manet2
Les médias nous disent ce qu'elles veulent et elles accusaient les Américains de se mêler de ce qui ne les concernaient pas.

Manet1:
Les médias disent ce que les puissants souhaitent qu'elles disent et les puissants en France ce sont le président, le gouvernement, les partis ou les grandes entreprises.

Manet2
Les états une fois qu'ils sont devenus forts veulent se gérer seuls.

Manet1:
C'est un constat éthologique: tous les états actuels, passés ou à venir agissent ainsi.

Manet2
Pourquoi les États Unis ont-elles cette prééminence? Tout le monde devrait l'avoir.

Manet1:
Ils sont 5 fois plus populeux que la France. L'Europe est plus grande mais pour l'instant elle est divisée en 27 états. Il faudrait qu'ils fusionnent.

Manet2
L'humain s'y oppose.

Manet1:
L'Allemagne après le traité de Westphalie, en 1648, est composée de 350 états et au XIX° siècle, elle comporte 39 états. Puis la Prusse s'est renforcée. Elle a battu Napoléon. Et à la fin du XIX° siècle, Bismarck impose l'unité de manière autoritaire grâce à deux guerres l'une contre le Danemark , en 1864, pour lui prendre le Schleswig et le Holstein et l'autre contre l'Autriche , en 1866,pour anéantir l'autorité qu'elle exerçait encore sur les Allemands en temps qu'empire. Il n'y a aucune expérience au monde d'union sans la force à moins qu'il n'y ait eu une catastrophe qui ait amené les humains à la raison.

Manet2
C'est dommage!

Manet1:
C'est l'évolution.
- 4 -



Manet2
Depuis avril 2010, en Inde l'école est obligatoire pour les filles et garçons. On est donc encore loin du compte. D'ailleurs la loi supprimant les castes n'est pas appliquée partout.

Manet1:
L'état indien vient de signer avec trois grands consortiums américains un accord dont le résultat sera l'expropriation des petits agriculteurs et donc leur disparition par suicide ou par d'autres moyens. Ces personnes sont en Inde comme en France socialement conservateurs. Elles sont hindouistes, accrochés à leurs croyances religieuses et donc au maintien des castes.

Manet2
Elles commencent à en souffrir.

Manet1:
Mais elles commencent également à percevoir le gouvernement central comme leur ennemi.

Manet2
A travers la police.

Manet1:
Oui et ce gouvernement comme cette police sont considérés comme faisant le jeu des Américains. Conséquence: ceux qui soutiennent le gouvernement sont rejetés. Et les opposants s'attaquent à tous ce qu'il fait de positif - donner l'éducation à toutes les filles, lutter contre les castes - et de négatif - mettre en place de grandes entreprises agricoles.
Un parti doit toujours s'opposer globalement au gouvernement s'il veut réussir. Et en Inde il y a une montée de la révolte des petits agriculteurs qui non seulement en veulent aux USA mais souhaitent un retour au passé avec castes, dots pour les femmes et infériorité des femmes.

- 5 -




Manet2
Dans le reportage sur l'Inde, on voit par ailleurs que l'on forme très bien de petits groupes de privilégiés.

Manet1:
Il est question des élites: cela existe dans toutes les sociétés.

Manet2
Oui mais en France, tout le monde a les mêmes chances. C'est à chacun de choisir ce qu'il veut faire dans la vie. L'école est obligatoire pour les pauvres et les riches jusqu'à 16 ans.

Manet1:
Pas d'accord. Une partie de l'enseignement est en train de se détériorer. Les enseignants sont médiocres. Les élèves aussi. Certains ne fréquentent plus les établissements scolaires ou bien n'y font rien quand ils ne perturbent pas. Réussissent ceux qui vont dans des écoles élitistes et à l'étranger. Dans l'enseignement de base, il y a de moins en moins de sélectivité et on voit arriver au baccalauréat des gens qui ont de grandes carences. Ils s'entassent dans les facultés littéraires et aboutissent au chômage. A cause de cela, ces facultés se déprécient. Les budgets sont insuffisants au regard de besoins vrais ou faux et alors, tout l'enseignement supérieur se déprécie. Dans un grand nombre de pays, contrairement à la France, le baccalauréat ne donne pas le droit d'entrer à l'Université.

Manet2
L'éducation se fait bien avant l'université et dès le primaire.

Manet1
Mais l'université donne un métier. Si les informaticiens français doivent concurrencer les indiens, il faut que l'enseignement soit d'un bon niveau.

Manet2
Il y a des personnes détenues qui regrettent de n'avoir pas été sérieux quand ils étaient jeunes.

Manet1
Cela ne sert à rien de dire cela. Il y en a d'autres qui disent que s'ils avaient su ils n'auraient pas commis les délits qui les ont amenés en prison.

Manet2
Certains sont conscients.

Manet1
C'est trop tard.

Manet2
40% des indiens sont encore analphabètes. En France, un enfant arrivant en CP a 1% de chance d'arriver en terminale.

Manet1
Le problème, ce sont d'abord les emplois, l'école vient en second. Si on pouvait transférer toute la population agricole dans l'industrie, on finirait pas trouver des solutions pour l'éducation. En France, à l'époque du plein emploi, on a mis en place la formation des adultes et la formation en cours d'emploi. Ce fut une réussite. Puis il y a eu des formations au changement d'emploi. C'est donc un problème secondaire par rapport au fait que l'on ne sache que faire de 75% de la population.

- 6 -




Mais passons au point de vue éthologique.

Reprenons une vision basique. Soit un troupeau d'animaux herbivores. Ils se trouvent dans une pâture où il y a de l'herbe. Mais au bout d'un certain temps, la nourriture est épuisée. Que se passe-t-il? Il y a 50 ans, l'Inde a connu la révolution verte dont l'objectif était de nourrir toute la population. On y est parvenu grâce aux engrais et aux cultures intensives. Certains petits agriculteurs sont devenus de grands propriétaires. Si l'on revient 10 000 ans en arrière, le jour où il n'y a plus assez de nourriture, une partie de la population émigre. Si elle a de la chance – c'est arrivé très souvent – elle s'installe et prospère ailleurs. Cette possibilité n'existe plus. Donc le jour où l'on a lancé la révolution verte il aurait fallu poser une condition incontournable: il ne faut qu'un enfant pas famille. C'est un problème éthologique car quand on regarde comment évoluent les humains on constate qu'ils agissent de la manière suivante: action – erreur – correction. Manet2 et Manet1 en France vivent une période de la correction: ils sont « heureux » , « riches », et « il n'y a pas de problème ». Mais ils sont déjà à la fin de la correction. Des signes de crise commencent à apparaître.

Manet2
Il y a eu des abus.

Manet1
Non, parler d'abus c'est parler d'un point de vue moral. En éthologie, il n'y a pas d'abus. En début de période de correction, « l'abus » aurait été avalé. Mais les Indiens sont en période d'erreur: ils payent le fait qu'ils n'aient pas contrôlé leurs naissances. Par ailleurs, ils n'en prennent pas le chemin car ils souhaitent dépasser la Chine en habitants. Ils sont 1 milliard et les Chinois 1,3 milliard. S'il y a trop d'humains, il y aura des morts.

Manet2
Cela se passe comme cela dans ces pays mais pas en Europe.

Manet1
Pas exactement. Notre période d'erreurs a été le XIX° siècle où régnait la misère, les logements insalubres, la famine, les maladies, l'alcoolisme et la violence. Il y a eu une émigration très importante vers les États Unis qui est passé de 3 230 000 habitants d'origine non américaine en 1790 à plus de 80 000 000 après 1900. Mais nous l'avons oublié ou bien nous ne l'avons jamais su. Les professeurs d'histoire ont pour instruction de nous apprendre les grands faits du passé. Il ne faut pas que les jeunes qui rentrent à la maison le soir après l'école reviennent avec la tête remplie d'évènements tristes.

Manet2
Heureusement qu'on oublie vite! Sinon on ne peut pas vivre. Ce serait un poids permanent sur notre esprit.

Manet1
Si on oublie vite, on tombe dans l'erreur.

Manet2
Il faudrait donc avoir l'autorisation de faire un enfant dans le monde entier?

Manet1
Nous raisonnons en termes éthologiques pour le monde entier et non en termes moraux.

Manet2
Tout le monde ne jouerait pas le jeu.

Manet1
C'est vrai. Mais un grand pays, la Chine, l'a mis en place.

Manet2
L'Inde aussi commence à le faire.

Manet1
Pas d'accord. L'Inde a laissé filer le contrôle des naissances. Elle avait choisi une méthode incitative et non une méthode autoritaire comme en Chine. C'était un transistor ou un fusil contre une vasectomie. On n'en parle plus. Il est possible que dans l'avenir, après constat des dégâts actuels, un gouvernement imposera l'enfant unique.

Il y a des théoriciens de la démographie qui estiment qu'il y a deux types de pays: ceux qui maîtrisent le développement de leur population et ceux qui ne la maîtrisent pas encore. Et ils font la corrélation suivante: les pays riches assurent uniquement le renouvellement de leur population avec une moyenne statistique de deux enfants ou moins par famille et les pays pauvres se laissent déborder avec des familles qui dépassent les cinq enfants. Ces démographes estiment que cela se fait spontanément sans injonction des états. Et cela devient un signe de sous développement que de ne pas maîtriser ses naissances. Si on en sort, le problème se règle de lui-même.

Manet2
C'est évident: on ne peut faire des enfants sur ordre. On fait peu d'enfants parce que l'on est évolué. On ne se laisse plus faire, on recherche le bien-être, une vie plus libre. La mère de Manet2 a eu 12 enfants mais sa fille a tout fait pour ne pas dépasser les trois qu'elle a eu. Elle a su tirer profit de la contraception.

Manet1
Oui mais la situation indienne heurte le bon cœur des personnes bien intentionnées.

Manet2
Ils ont des œillères. Ils ne connaissent rien d'autre que leur situation.

Manet1
Prenons nos familles. Nous sommes en rupture par rapport à la génération précédente pour la contraception ou le droit à l'avortement. Mais cette génération quand elle a vu arriver l'automobile, le formica et le réfrigérateur, elle n'y était pas insensible.
En Inde, une exploitation moyenne fait 20 000 m². Il n'y a ni électricité, ni radio ni télévision. L'agriculteur est père d'une famille nombreuse. Il est pris dans un univers religieux qui lui parle de l'éternel retour, d'organisation en castes et qui le persuade qu'il est normal qu'il soit pauvre car l'univers est organisé ainsi. Il n'est ni mauvais ni raté. En Europe, on est pauvre parce que l'on est fainéant et que l'on n'a pas su se débrouiller: on ne peut s'en prendre qu'à soi.

Manet2
Dans un pays civilisé, les enfants s'ils ne veulent pas suivre l'exemple des parents s'en vont.

Manet1
Mais en Inde, où peuvent-ils s'en aller? La seule solution c'est de se retrouver dans le bidonville de Mumbaï où habite 1 million de miséreux.

Dans l'émission de la télévision, un promoteur promet des appartements en dur pour ces gens-là. En fait le bidonville est en plein centre ville et les autorités aimeraient qu'il disparaisse.

Manet2
Une petite partie seulement sera relogée sur place mais l'essentiel sera expulsé vers la banlieue.
Ça permettra de les oublier.

Manet1
Voilà la réponse à la question « où peut se retrouver le fils d'un pauvre agriculteur? »: dans un bidonville insalubre de la banlieue d'une grande ville. Cela rappelle, toutes proportions gardées, les banlieues des grandes villes de France et notamment la Seine Saint Denis ( le 93) autour de Paris.

Cela rappelle la problématique précédente : la formation est un problème secondaire par rapport au travail. Si on trouve du travail pour les trois quarts de la population qui doit quitter la campagne la formation suivra. Pour le logement c'est la même chose. La France a créé le 1% logement. Les CAF ont subventionné des programmes de logements. S'il y a du travail, on finit toujours par se former et se loger.

Manet2
4% seulement des agriculteurs indiens sont assurés. Tout se passe comme si l'on favorisait l'irresponsabilité.

Manet1
C'est peut-être le moment de parler de la démocratie indienne. C'est la grande différence avec la Chine. L'Europe estime que l'Inde est une véritable démocratie car il y a un multipartisme alors que la Chine n'en est pas une car il n'y a qu'un parti, le Parti Communiste Chinois. Mais les problèmes dramatiques ne sont pas résolus contrairement à la Chine mais de manière autoritaire. Quand il a fallu moderniser la ville de Pékin, les quartiers pauvres ont été détruits sans coup férir et la population a été relogé dans de gigantesques barres sans que l'on demande l'avis de personne. C'est ainsi que fonctionne la Chine depuis l'époque impériale. En conclusion, en Inde quand on veut expulser un quartier, on ment et en Chine, la décision est prise unilatéralement par le pouvoir et il n'y a aucun moyen de s'y opposer.

- 7 -



Enfin, dans le reportage, il est également question des OGM. On annonce aux agriculteurs que dorénavant il faut semer du coton génétiquement modifié car c'est une source d'enrichissement. Mais voilà que le coton ne pousse pas. On leur conseille d'ajouter des engrais. Et toujours pas de résultats.
Le problème de la semence génétiquement modifiée, c'est qu'il faut la racheter chaque année au semencier car les récoltes issues d'OGM protégés par un brevet sur la propriété intellectuelle ne sont pas réutilisables pour réensemencer l'année suivante . En dehors des craintes sur les modifications génétiques, c'est une autre cause de rejet de ces types de semences.

Quelles leçons éthologiques tirer de cette situation. On modifie par exemple les gènes du maïs pour les rendre insensibles au désherbant universel tel que le Round Up. Une fois que le maïs est semé, on couvre le champ de ce désherbant: toutes les plantes disparaissent excepté le maïs. A priori, c'est un progrès. Mais il y a des craintes sur les conséquences que cela peut avoir sur les consommateurs de maïs. N'y a t il pas un risque de modification de gènes chez l'humain et comme nous l'avons dit, le semeur est pieds et poings liés à son semencier. Si l'année suivante, il revient au maïs normal, il y aura des mauvaises herbes et un rendement moins bon. Il y aura une perte de revenu.


- 8 -



Manet2
Les agriculteurs ont aujourd'hui des quotas. Ils doivent être diplômés s'ils veulent recevoir des prêts. Ils ne sont plus maîtres de leur situation. C'est la banque qui les dirige.

Manet1
Dans d'autres cas, c'est le producteur qui dans les faits prend le champ en location, le matériel et le personnel pour une production donnée qu'il pilote du début à la fin.

Manet2
C'est vrai pour le bétail, pour les céréales et les fruits et légumes.

Manet1
Remontons au Moyen-Age, époque où le seigneur possède le champ et où le serf est corvéable à merci. On en revient par certains côtés à cette situation après 600 ans.
La règle de base reste la même: s'il y a une ressource pour un seul humain, elle ne peut-être partagée ni aujourd'hui, ni il y a 3 millions d'années à une époque où notre cerveau pesait 500 grammes ou ni chez les autres animaux et les plantes.

Une autre règle semble apparaître, chaque vivant cherche à maximiser ses ressources et alors
- soit l'espèce augmente en nombre ( les humains sont passés de 150 000 il y a 200 000 ans à 7 milliards)
- soit elle augmente physiquement ( le cerveau des humains est passé de 500 g à 1500 g en 3 millions d'années)
- soit enfin elle s'améliore, devient plus complexe et se diversifie ( chez les animaux, ou chez les plantes, il y a des familles: diversité des pommes, des roses, des félins etc …)

Le vivant devient plus fort ou plus beau.

Le chat et le tigre appartiennent à la même famille. Le chat est petit car là où il vit il chasse les souris. Le félin s'est adapté à la ressource.

Une espèce qui est à l'aise dans son environnement grandit. En Sicile, suite à une pénurie de ressources, avec le temps, les éléphants étaient devenus aussi petits que des chevaux.

On pourrait généraliser cela aux humains. Là où les ressources sont réduites, les humains sont petits et là où il y a profusion, ils grandissent.

Mais il y a des limites physiques. Ils existent des humains de 2 m 50 mais ce sont des handicapés. Car tout le poids du corps porte sur les pieds qui se révèlent trop fragiles pour supporter cela.

Manet2
Depuis 4 ou 5 ans, j'entends qu'il y a de plus en plus d'adolescents qui sont grands et certains disent que c'est parce que l'on donne à manger à la cuillère trop tôt. Je ne la faisais pas mais le médecin disait que dès trois mois on pouvait utiliser la cuillère.

Manet1
C'est faux. Les humains grandissent parce qu'ils ont de plus en plus de nourriture carnée et équilibrée. Depuis qu'existe la conscription, on a mesuré les gens. Les régions pauvres fournissaient des petits soldats et les régions riches des soldats plus grands.

Nous avons déjà dit que les humains en tant qu'êtres sociables étaient organisés de manière à obéir à d'autres hommes. Et il s'est avéré que la richesse était un moyen de se faire obéir.

Manet2
L'argent c'est le pouvoir!

Manet1
Oui mais l'argent donne le pouvoir à d'autres humains pour faire avancer tous les humains.

Manet2
Manet2 comprend le pauvre et celui qui souffre. Mais le riche fait marcher le business. Il a les portes ouvertes qu'un autre n'aura pas. Il y a des injustices mais cela fonctionne comme cela.

Manet1
Voilà de nouveau un raisonnement moral.
En éthologie, c'est un effet du hasard qu'une personne se trouve là où elle est. Si nous étions dans une société d'indiens où le village se composerait de 50 personnes, il y aurait un chef du village, un sorcier, des chefs intermédiaires puis des soldats, des femmes et des enfants. Il n'y aurait pas Bill Gates ou de François Pinault pour la simple raisin que la population au lieu d'être de 67 millions ne serait que de 50 personnes.
Notre Terre devient de plus en plus intégrée. Pour avoir un responsable à la dimension des 7 milliards d'humains, le fossé entre le plus riche et le plus pauvre doit être à la mesure de cette dimension, donc gigantesque. Dans le village de 50 indiens, la différence entre le chef et le soldat sera petite: plus de plumes, un vêtement plus chatoyant mais ils mangeront quasiment la même chose.

Voilà le raisonnement éthologique. Le raisonnement moral dit que le riche a de la chance, qu'il est compétent, etc... On pourrait même avancer que la compétence mise en œuvre par le chef de village lui demande le même effort que celle qui est demandé au président Obama ou à Bill Gates. Dans les deux cas, les chefs sont / doivent être quasi indéboulonnables pour que le groupe fonctionne bien.

Manet2
Quoiqu'on en dise, les riches tirent les pauvres vers le haut.

Manet1
Pas d'accord.

Tout le monde tire tout le monde. Souvenons-nous de l'agriculteur qui plante et ramasse les pommes de terre sur ordre et le serf qui travaille dans le champ du seigneur. L'un et l'autre sont des serfs. Si nous étions dans une société égalitariste et autogestionnaire, le seigneur et le serf se partageraient le fruit du travail du serf. Et si notre société était une société extrêmement juste où tout le monde s'aimerait, le producteur de pommes de terre et l'agriculteur se partageraient le fruit de la production alors que c'est vers l'actionnaire que va l'essentiel du bénéfice et vers les gros salaires.

Manet2
On ne donne pas de l'argent aussi facilement.

Manet1
C'est cela l'éthologie.

Manet2
Le riche peut-être bénéfique pour le pauvre dans certaines circonstances.

Manet1
Encore un jugement moral. Ethologiquement tous les humains sont nécessaires à tous les humains, tels qu'ils sont. Mais rien n'est stable! C'est un jeu de rôles. Il y a un humain qui joue le rôle de riche et un autre qui joue le rôle de pauvre.

Manet2
On ne peut pas condamner complètement le riche.

Manet1
C'est la morale qui condamne mais non l'éthologie. Elle constate.

- 9 -



Manet2
Le reportage annonce que la plus grande démocratie du monde est l'Inde par le nombre de votants – environ 750 millions tandis que les Etats Unis ne représentent que 250 millions de votants. Par ailleurs en Inde il y a 10 véhicules pour 1000 personnes en âge de conduire.

Manet1
Et aux Etats Unis, 900. L'objectif des Indiens c'est d'arriver à 900.
Aujourd'hui, il se dit que si les 7 milliards d'humains consommaient autant de ressources que les Américains du Nord, il faudrait 6 Terres. Or il n'y en a qu'une. Si on imitait les Français ou les Belges, c'est 3 Terres qu'il faudrait. Donc le jour où les Chinois, les Indiens et le milliard d'autres consommeront comme nous, il n'y aura pas assez de ressources pour tous. Or tous ces états vont dans ce sens.

Manet2
Les choses sont bien faites: les catastrophes naturelles rétablissent l'équilibre!

Manet1
C'est très cynique mais c'est faux. En Haïti, il y a eu 200 000 morts. Au Pakistan ou en Chine, bien, moins encore. Aucune catastrophe ne dépasse le million de victimes: il faudrait arriver à quelques milliards!! Il faudrait revenir à 1 milliard d'habitants sur Terre. Il y a donc 6 milliards d'humains en trop.

Manet2
Le dérèglement de la mousson est un frein pour le développement.

Manet1
La mousson existe depuis longtemps. Il y a toujours eu des dérèglements. Le Bangladesh s'en est fait une spécialité.
Il faut faire attention à l'effet pervers de l'excès d'information. La Chine est célèbre pour les inondations de ses deux plus grands fleuves: le Yangzi Jiang et le Fleuve Jaune qui tous les siècles changent de lits et démolissent de très grandes villes. Il y a 50 ou 100 ans quand un voyageur racontait cela en France, c'est comme si l'on parlait de la Lune: personne ne se sentait concerné. Alors que maintenant c'est comme la pédophilie, il y a des évènements plus dramatiques les une que les autres qui nous parviennent chaque jour. Il y a toujours autant de tremblements de terre depuis des millions d'années mais aujourd'hui, tous nous sont connus dans l'instant. Des feux en Russie, il devait y en avoir chaque année.

En relation avec le réchauffement de la Terre, il va faire plus froid en France et plus chaud ailleurs, par exemple si le Gulf Stream qui nous réchauffe se détourne ou si le courant froid qui touche New York part ailleurs.

Manet2
En réalité, tout ce qui se passe, ce sont des phénomènes naturelles et la planète Terre n'est pas abimée par nous. Manet2 ne croit pas au réchauffement de la planète. Et même s'il y a réchauffement, on n'y peut rien.

Manet1
On n'y peut rien mais il y aura de gigantesques inondations.

- 10 -



Il y a une dernière chose à traiter sur l'Inde sur le plan éthologique: il s'agit du décalage entre l'Inde et la France.

Nous avons tendance à dire que l'Inde est un pays sous-développé. Nous disons cela parce que nous disons que nous Européens avons découvert la physique, la chimie, les mathématiques au XVII°, puis l'industrie au XVIII° s. , et à partir du XIX° s. ce fut une explosion technologique. Et aujourd'hui à la télé, les trois spécialistes français estimaient tout comprendre: d'où vient l'Inde et où elle va sous prétexte que la France est loin devant.

Comment avance le progrès humain?

Si on se situe à la mesure d'une vie humaine – 80 ans – on peut croire que des peuples sont à l'avant garde et d'autres loin derrière. Mais si on vit à la mesure de l'évolution avec des intervalles de 1000, 2000 ou 10 000 ans, on reprend le fil de l'évolution des humains qui a débuté avec des cerveaux de 500 grammes il y a 3 millions d'années, qui ont découvert l'usage de la main puis les capacités de cette main, lesquelles ont développé les capacités du cerveau jusqu'à devenir ce qu'il est aujourd'hui avec les 7 milliards d'humains.
Il faut y voir une solidarité totale de l'espèce: il y a 100 ans, on ne raisonnait que par pays et on faisait la guerre aux ennemis de notre pays – quels qu'ils soient. Il y avait les êtres supérieurs, les blancs, et les êtres inférieurs, les autres. En 2010, les différences s'estompent. On met des centres d'appels pour les EU en Inde, on va y chercher des ingénieurs en informatique, Lakshmi Mittal s'empare de la métallurgie mondiale. Se crée peu à peu une société de 7 milliards d'humains. Le développement débuté il y a 3 millions d'années et il continue pour ce qui est de l'espèce humaine.

- 11 -



Manet2
Si 4% des agriculteurs seulement peuvent payer leurs assurances, comment font-ils pour payer la dot de leurs filles?

L'école obligatoire non plus ne sera pas respectée.

« Le pacte social est plus fort en Chine qu'en Inde ». Qu'est ce que cela signifie? Dans le débat intervenaient Védrine, Boniface et un politologue.

Manet1
Ce serait intéressant de faire un voyage en Chine après celui en Inde. Nous avons en Europe et en France une vision exotique de la Chine. Nous parlons de mandarin sans savoir précisément ce que cela représente.

La Chine a 6 000 ans d'existence. Très tôt elle a eu un fonctionnement étatique de type laïque. L'Empereur était divinisé. Cette divinisation fonctionnait comme fonctionnent les très grandes fortunes aujourd'hui: elle créait une distance incommensurable entre la masse de la population et le dirigeant de l'état. L'empereur habitait dans la Cité Interdite à Pékin et il n'en sortait quasiment jamais.
Toute la société était dirigée par les mandarins. En France, on donne le nom de mandarin aux énarques et aux grands directeurs des administrations de l'état. Très tôt le recrutement des mandarins en Chine s'est fait par concours. C'était à-priori démocratique mais les riches s'en sortaient le mieux. Il y avait neuf rangs de mandarins. Le concours était très difficile et fort surveillé: les concourants étaient enfermés pendant tout le temps des épreuves. Il y avait beaucoup de dissertations à écrire. Pour réussir, il fallait avoir lu et appris dès le plus tendre enfance un très grand nombre de textes classiques. On pouvait repasser les concours autant de fois que l'on voulait. Et du jour où une personne avait réussi, elle changeait de catégorie sociale. On devenait une sorte de noble. Et afin de maîtriser la fonction militaire, pour chaque poste, il y avait un mandarin civil et un mandarin militaire. Quand on se promène dans les musées chinois, on tombe sur des statuettes du IX° siècle qui représentent d'un côté un mandarin civil et un mandarin militaire. Et quand on arrive au XIX° siècle, de nouveau le mandarin militaire côtoie le mandarin civil. Les mandarins étaient responsables de toute l'administration de l'empire: ils étaient préfets, juges, etc .. Ils organisaient l'économie. Ils étaient responsables sur leur vie et sur leurs biens du bon fonctionnement de ce dont ils étaient chargés.

Manet2
Il n'y avait qu'une politique?

Manet1
Nous constatons mais nous n'expliquons pas. Il faut noter quand même que l'empire chinois n'a cessé de s'agrandir de – 2000 jusqu'au XVIII° siècle et qu'à cette époque c'était l'état le plus puissant et le plus riche de la Terre. Mais sa puissance l'a sclérosé. Il s'est enfermé sur lui-même et a raté le début de l'industrie. Par exemple, à l'époque des grandes découvertes européennes, au XV° siècle, les Chinois arrivent en Afrique. Mais soudain, ils décident qu'ils ne construiront plus de grands bateaux parce que c'est cher et cela ne rapporte rien. Et Tseu Hi pour ridiculiser son amiral qui lui demandait de l'argent pour la flotte, lui offre un navire de marbre dans le lac qui baigne son Palais d'Été à Pékin.

Manet2
Ce modèle n'aurait pas été accepté chez nous.

Manet1
C'est vrai. C'est un pays cruel selon nos critères. Il n'y a jamais eu de démocratie. La société est extrêmement formaliste. Le mandarin change de vêtements selon les circonstances ou les moments du jour. Des personnes se présentent à sa demeure: il met un vêtement d'apparat adapté à la qualité des nouveaux venus. Et il y a une longue cérémonie d'accueil afin de déterminer qui aura la préséance par rapport à qui. On ne fait jamais perdre la face à son vis à vis et on ne dit jamais non.

Si l'on revient au pacte social: l'Inde est plus proche de l'Europe que la Chine. La société chinoise était très organisée. Les Jésuites au XVIII° siècle qui voulaient convertir l'Empereur, se sont cassés les dents. Il leur demandait ce qu'ils savaient faire. Prêtre? Sans intérêt. Mathématicien et il devenait mandarin des mathématiques. Peintre et il devenait mandarin peintre de l'Empereur. Le jésuite en profitait pour parler de Dieu. C'était son problème: ce qui comptait c'était le tableau.

Manet2
L'Inde est le quatrième pays d'Islam au monde.

Manet1
Oui parce que le partage de l'ancien empire de l'Inde en 1947 entre Musulmans et non Musulmans a laissé plus de 100 millions de musulmans en Inde. Comme ils étaient fort dispersés, on aurait pu difficilement définir des frontières tenables. Sans compter qu'on était loin de l'unanimité pour scinder l'empire en deux.

Manet2
Les Indiens ont la bombe atomique. Elle serait destinée à la Chine.

Manet1
L'Inde et la Chine sont de même force. La Chine a la bombe atomique. Que doit faire l'Inde?

Manet2
Les croissances de l'Inde et de la Chine sont équivalentes. L'Inde va rattraper la Chine et ce sera durable.

Manet1
C'est le petit français qui parle. Les chinois sont très volontaristes et risquent de pousser notre modèle de développement à la catastrophe. Près de Chongking, sur le Yangzi Kiang, ils ont construit un barrage gigantesque, le barrage des Trois Gorges. Les eaux sont montées de 150 m et il a fallu déplacer 1,8 millions d'habitants qui occupaient les rives inondées. Aucun organisme international, ni le FMI ni les EU n'ont voulu y participer car c'était considéré comme une folie. D'ailleurs, on le voit dans un film, quand on ouvre les écluses, toute la structure tremble. Il y a des inquiétudes car ces jours-ci, il y a les pluies du siècle que le barrage ne cède. Si cela se passe, il y aura des millions de victimes car 75 millions d'habitants vivent en aval. Il y a une volonté de puissance qui s'exprime plus qu'en Inde car ils tiennent moins compte de la vie des gens. Mao Tsé Tung poussait Staline à la guerre atomique en Corée car pour lui une dizaine de millions de chinois c'était peu de chose.

- 12 -



Un jour, il y aura un président de la Terre qui gouvernera 7 milliards d'humains.

Manet2
On ne la connaîtra pas! Ce sera loin. Il faudra le fabriquer.

Manet1
On le touchera comme Sarkozy. Tout le monde le connaîtra et il aura une existence. Aujourd'hui, les Chinois connaissent tous le président Hu Jintao. Il fait comme Sarkozy ou Obama: il y a eu une coulée de boue à la suite de pluie diluvienne et on l'a vue sur place en manches de chemises.
- 13 -




Manet2
J'ai reçu une fiche sur les dieux indiens. C'est sans intérêt.

Manet1
Quand on voyage en Inde, il est bon de se poser la question sur l'importance et le rôle de la religion non pas pour soi mais pour les multitudes qui y croient. C'est la grande différence avec les Chinois. Un français a peu de difficulté à dialoguer avec eux car ils sont profondément laïcs. Quand ils arrivent en France, ils s'adaptent facilement. Mais avec les Indiens, c'est bien difficile. L'Hindouisme pénètre tous les pores de la vie. En Chine, il n'y a pas de religion même s'il y a une forme d'au-delà avec beaucoup d'êtres fantastiques. La caste est fondée sur une vision religieuse.

Regardons le fonctionnement de la société indienne. Il y a 750 millions d'agriculteurs qui ne s'en sortent pas. Donc nos méthodes rationnelles, scientifiques et laïques ont raté. Il peut alors se passer que les humains décident de rebasculer dans le champ religieux: les laïcs deviendront minoritaires et ils disparaîtront.

Manet2
Il y aura toujours des opposants. Le monde évolue.

Manet1
L'Inde nous dit qu'il y a 500 millions d'humains en excès et cela favorise un régime théocratique.

Manet2
L'Inde n'évolue pas?

Manet1
Elle retourne au religieux pour gérer ce qui ne marche pas. Les familles se voient obligées de reprendre leurs vieux parents à la maison. L'évolution technologique continue à progresser: les communications, les satellites artificiels, etc .. Il y aura du religieux qui se mêlera au scientifique.

Manet2
Ce n'est pas possible.

Manet1
Parce que nous ne sommes pas Indiens. Or il faut considérer que ce sont d'autres nous-mêmes.

Manet2
Nous ne pouvons accepter d'habiter dans des bidonvilles.

Manet1
A Grenoble, des gens commencent à tirer à belles réelles sur la police. C'est peut-être un début.

Manet2
C'est grave.

Manet1
Il faut prendre le religieux au sérieux. Dans l'entretien 21, nous avons étudié la croyance, une réalité plus vaste et qui englobe le religieux. Nous avons dit que c'est la croyance qui mène les humains et le scientifique.

Manet2
C'est du charlatanisme.

Manet1
Il faudra regarder sur place.

Manet2
Pas question d'adhérer ou d'approuver.

Manet1
C'est peut-être parce qu'on a trop cru auparavant, que l'on est échaudé mais alors c'est à soi qu'il faut s'en prendre. Ils y a des gens qui sont encore fort engagés dans des mouvements religieux qui ont une action plus utile dans la société que ceux qui passent leur temps dans les centres commerciaux et il n'y a aucun prosélytisme religieux mais il n'y a que les gens qui se rattachent à ces mouvements religieux qui apportent tant d'intérêt, de dévouement et d'amour pour les autres humains.

Manet2
Ce sont des gens intelligents qui agissent correctement.

Manet1
Certes il y a le pape Benoit XVI que nous ne supportons pas mais ces personnes sont les seules à aimer les autres humains.

Manet2
L'essentiel est de savoir ce que l'on en fait.

Manet1
Le christianisme est la seule instance qui chez nous enjoint d'aimer les autres humains. Comme nous allons à la catastrophe, il faut en tenir compte.

Manet2
Nous avons toujours dit que Dieu n'existait pas. Par contre nous revenons toujours à l'instruction religieuse chrétienne. Mais on peut garder la croyance même avec des doutes et évacuer l'éducation religieuse.

Manet1
Notre problème est réglé. Notre pratique sociale auprès des prisons est identique à celle de ceux qui aiment les humains. Mais que faire pour que plus de gens aillent dans ce sens.

Manet2
Il suffit d'être sincère et honnête.

Manet1
En fait l'éthologie en démontrant que les humains sont frères et sœurs et aussi tous les vivants amène un respect fondamental de tout ce qui existe. Mais notre problème est d'y amener d'autres gens, et, plus précisément, de le leur dire.

Manet2
Nous sommes d'accord. Très peu de gens vivent bien leur christianisme. Beaucoup ne voient dans la religion que des interdits. Tous se transforment en moralistes. Il faut être à l'écoute et accepter les autres humains.

Manet1
Attention, nous revenons à la morale.

Manet2
Ces gens qui aiment les autres sont dans la morale et le sentiment.

Manet1
Non. C'est nous qui utilisons le mot « aimer ». Ce n'est pas leur référence. Il faudrait plutôt le terme de fraternité.

Manet2
Nous avons parlé des castes indiennes. Nos sociétés agissent de la même manière: elles classent et rangent les humains, en bas, à égalité ou en haut.

Manet1
Il faudra retravailler le fonctionnement de la société indienne car il y a des rapports avec les corporations médiévales mais pas seulement. C'est un système d'organisation sociale qui est divinisé. Quand on divinise une réalité, elle devient une norme obligatoire.

Soit un SDF ou un humain en train de dépérir dans la rue. Si dans sa tête, il se disait que Dieu l'a voulu et que c'est voulu par lui, peut-être le vivrait-il mieux que s'il se dit qu'il en est l'unique cause par sa paresse et son manque de volonté.

Soit un enfant lama au Tibet. C'est une manière judicieuse de gérer l'excès de naissance. Il acquiert une personnalité morale et religieuse. Il prie et il a un statut honorable. Il mendie chaque jour sa nourriture et les personnes qui le nourrissent sont sanctifiées. Ailleurs, la bouche inutile est rejetée et « tourne mal ».

Manet2
N'y a t il pas trop d'humain qui n'ont pas de morale?

Manet1
Ce sera pour la prochaine fois et il faudra définir cette personne qui n'est pas morale.

 

 

dimanche 20 juin 2010

17° entretien

17° entretien
Manet2 et Manet1
17 juin 2010
( Islande - juillet 2005)


- 1 -



Manet2:
Il semble que la théorie des trois cerveaux soit contestable. Pourquoi?

Manet1:
Dans la fiche Wikipedia, on explique sur quoi est fondé la théorie des trois cerveaux:

Ainsi la structure anatomique la plus ancienne de notre cerveau, correspondant au cerveau reptilien, est-elle située le plus profondément, et la structure la plus récente et la plus jeune, correspondant au cerveau humain est située à la périphérie du cerveau, à l'extérieur.

On ajoute :

Le cerveau reptilien - dit aussi cerveau primitif, archaïque et primaire aurait environ 400 millions d'années. Il remonterait à l'époque où des poissons sortent de l'eau et deviennent batraciens.

Le cerveau paléo-mammalien ou limbique, serait notre 2e cerveau, apparut il y a 65 millions d'années avec l'apparition des premiers mammifères. Il est à l'origine de notre système limbique dévolu aux principaux comportements instinctifs et à la mémoire. Il permet les émotions et déclenche les réactions d'alarmes du stress.

Le cerveau « humain » proprement dit - néo-mammalien ou néocortex - serait le résultat de la 3e et dernière phase de l'évolution de notre cerveau. Il n'aurait que 3.6 millions d'années, date d'apparition des Australopithèques africains qui avaient la particularité d'être bipèdes, ce qui implique un développement accru du cerveau. Il permet notamment le raisonnement logique et le langage, l'anticipation des actes.

Ce paragraphe est important. La théorie du cerveau tri-unique s'appuie sur les mêmes informations scientifiques sur lesquelles se construit l'éthologie terrestre mais aboutit à des conclusions contestables.

Les trois cerveaux seraient apparus successivement au cours de l’évolution de l'espèce humaine : un cerveau reptilien, un cerveau paléomammalien (apparenté au cerveau limbique) et enfin un cerveau néomammalien (apparenté au néocortex).

Développée par Paul Mac Lean en 1970, cette vision de l'organisation neuroanatomique est un outil théorique permettant de modéliser l'architecture fonctionnelle du cerveau et l'organisation générale de ses principales aires en relative interdépendance.

Cette théorie repose sur le fait que l'évolution du cerveau humain s'est faite en plusieurs phases, qui correspondent à l'apparition sur Terre des différentes classes phylogénétiques d'animaux. Ainsi la structure anatomique la plus ancienne de notre cerveau, correspondant au cerveau reptilien, est-elle située le plus profondément, et la structure la plus récente et la plus jeune, correspondant au cerveau humain est située à la périphérie du cerveau, à l'extérieur.
Le cerveau reptilien - dit aussi cerveau primitif, archaïque et primaire aurait environ 400 millions d'années. Il remonterait à l'époque où des poissons sortent de l'eau et deviennent batraciens.
Le cerveau paléo-mammalien ou limbique, serait notre 2e cerveau, apparut il y a 65 millions d'années avec l'apparition des premiers mammifères. Il est à l'origine de notre système limbique dévolu aux principaux comportements instinctifs et à la mémoire. Il permet les émotions et déclenche les réactions d'alarmes du stress.
Le cerveau « humain » proprement dit - néo-mammalien ou néocortex - serait le résultat de la 3e et dernière phase de l'évolution de notre cerveau. Il n'aurait que 3.6 millions d'années, date d'apparition des Australopithèques africains qui avaient la particularité d'être bipèdes, ce qui implique un développement accru du cerveau. Il permet notamment le raisonnement logique et le langage, l'anticipation des actes.

Manet2:
C'est une explication et elle ne semble ni contestable ni illogique.

Manet1:
C'est normal. On se pose une question et une explication est proposée. Dans un premier temps, il y a soulagement car il y a une réponse. Puis on s'aperçoit que la réponse comporte des erreurs. De nouvelles questions apparaissent. Il faut continuer à approfondir le sujet. C'est le cas ici.
Notre blog est ainsi conçu qu'il va de l'avant puis fait des retours arrière. C'est un système itératif et non linéaire. Bien qu'on ait l'air de faire parfois du sur place, dans les faits la méthode d'analyse ne cesse de s'améliorer et quand une question se pose, non seulement les réponses sont plus justes mais on sait de mieux en mieux les rechercher.

Premier désaccord:
Le néocortex est néo-mammalien. C'est excessif. Des mammifères, il y en a des multitudes et l'unique originalité de l'humain, ce serait d'avoir un cerveau humain. Dire qu'il innove les cerveaux des mammifères, c'est attribuer à l'humain plus d'importance qu'il n'en a. Nous en avons déjà l'habitude parce que beaucoup de savants estiment que les humains sont les plus parfaits des vivants, par principe, du simple fait qu'ils sont des humains. Le néocortex n'est pas néo-mammalien sauf si tous les cerveaux des animaux qui ont évolué de manière importante depuis cette époque sont également considérés comme tels. Or aucune étude n'a été mené sur ce thème.

Deuxième désaccord:
Les humains – leurs États - consacrent beaucoup de ressources à étudier le corps humain et les découvertes sont à la mesure des dépenses. Mais s'ils en consacraient autant à l'étude des araignées, les découvertes sur ces animaux seraient extrêmement riches pour la science mais inutiles pour les humains... C'est pourquoi elles n'ont pas lieu. Et cela est vrai pour tous les vivants. Nous laissons de côté la matière non vivante – celle qu'on étudie en Suisse à l'aide du LHC.

Troisième désaccord:
La bipédie n'est pas une caractéristique humaine. Elle existe également chez les primates donc elle devait exister également chez l'ancêtre commun des primates et des humains. Elle a développé le cerveau. Il suffit de voir toutes les compétences que le singe doit mettre en œuvre pour se mouvoir rapidement et avec aisance dans l'arbre. Le singe se jette d'une branche à l'autre et il se rattrape avec aisance. Simultanément il voit la branche qui le reçoit, il vérifie mentalement qu'elle ne va pas se casser, il doit savoir ne pas la rater, qu'il n'est pas dans une impasse une fois qu'il s'y trouve. La vie dans l'arbre développe son cerveau, sa bipédie et le dimorphisme entre les membres antérieurs – les mains – et les membres postérieurs – les pieds. C'est une différence importante par rapport aux autres mammifères. Plus le singe saute dans l'arbre, plus il devient agile et compétent, plus son cerveau enregistre, plus ses jambes deviennent porteuses. Il marche sur les grosses branches et il améliore l'équilibre de son corps, ce même équilibre qui permet à des acrobates humains de marcher sur des filins.

Néanmoins, ce n'est pas la bipédie qui favorise l'hyper développement du cerveau.

Le singe se déplace également sur le sol. C'est le cas des chimpanzés, des gorilles et des orangs-outans. Le refuge reste l'arbre. Ils s'y sentent en sécurité: c'est là qu'ils dorment et se reposent. Mais sur le sol, ils trouvent un grand nombre de ressources alimentaires et autres. La bipédie est bien le mode de déplacement sur le sol: la différence entre la bipédie des primates et celles de humains: les premiers sont des bipèdes occasionnelles donc ils n'ont pas porté la bipédie à sa perfection comme l'humain dont c'est le déplacement dans les arbres qui est occasionnel et qui ont donc une bipédie très bien adaptée au sol.
En conclusion, comme la bipédie des humains est meilleure que celle des singes, on peu émettre l'hypothèse que sa contribution au cerveau est réelle mais, l'essentiel est constitué par la complexité de la main et l'immensité du champ qu'elle a ouverte: c'est la main qui fait la différence entre le singe et l'humain. Donc tout ce que fait l'humain et que ne fait pas le singe est du à la main et par conséquent le différentiel du poids du cerveau entre ces deux animaux: depuis les éléments de base qui dépendent de l'activité mécanique de la main jusqu'aux éléments complexes qui sont les fondements de la sociabilité humaine, des plus matérielles aux plus évanescentes productions humaines. Le travail qui est la synthèse de la main et la sociabilité prend ensuite le relais du développement du cerveau humain selon le postulat que nous avons posé précédemment pas un neurone ni un synapse sans un acte, un sentiment ou une pensée et pas un acte, un sentiment ou une pensée sans des neurones et des synapses.
A partir du moment ou l'humain maîtrise la pierre taillée et vit en société, il a de moins en moins besoin de se réfugier dans les arbres et il commence à peupler les cavernes pour un jour se lancer dans la construction d'habitats de plus en plus élaborés.

Manet2:
A propos du cerveau tri unique, il y aurait donc du vrai et du faux.

Manet1:
Dans le premier paragraphe, il y a une évocation de l'évolution du vivant.- 400 millions, les reptiles et le cerveau reptilien, - 65 millions, les mammifères et le cerveau mammalien, - 3,6 million, le cerveau humain. Jusque là pas de problème. Cette théorie a été développée par Paul McLean en 1970.

L'éthologie terrestre n'est pas inventée par nous mais développée à partie des travaux de Darwin et de recherches sur l'évolution du vivant ( dont les humains). Ces hypothèses s'appuient sur des éléments scientifiques.

Un élément scientifique est une réalité qui s'impose à tous les humains non par la loi mais par son évidence. La fiche explique d'où ony été tiré les notions de cerveaux reptilien, limbique et neocortex. L'origine ne pose pas de problème.

Mais dans la tête d'un humain, il n'y a qu'un cerveau et non trois. Si nous étions capables de pointer chaque synapse et chaque neurone, nous saurions quel est le rôle de chacun sur nos actes, nos pensées et nos sentiments. Alors que si on y cherche le cerveau reptilien, limbique ou le neocortex, on ne trouvera rien.

Notre cerveau comprend 100 milliards de neurones. Théoriquement, on pourrait les dénombrer. Il est vrai que comme dans un ordinateur, il y a des zones qui ont de fonctions: la vue, la respiration, la douleur, la pensée, mais nulle part, il n'y a aucun des ces trois cerveaux.

Manet2:
Donc le cerveau n'est pas un organe ou bien peut-on parler de l'organe du cœur comme l'on parle de l'organe du cerveau? Tous les organes sont importants.

Manet1:
Sans tête ou sans cœur, on ne peut vivre. Sans les autres organes, on est plus ou moins handicapé.

Manet2:
Le cerveau c'est un peu l'ordinateur du corps, son pilote.

Manet1:
N'oublions pas que notre cerveau existe parce que nous recherchons nos ressources et non parce que nous pensons. Le cerveau n'est pas notre moteur mais notre pilote. Il ne faut pas confondre le conducteur et le moteur.

En conclusion de ce long débat, la théorie du cerveau tri-unique n'est pas scientifique donc elle ne nous intéresse pas.
Elle n'en est pas condamnée pour autant. Mais l'utilisation en est paradoxale: on va nous dire que tel comportement négatif nous vient de notre cerveau reptilien et que pour le combattre nous devons développer tel autre comportement qui est rattaché à notre néocortex. C'est du développement personnel. Cela peut réussir chez certains et rater chez d'autres. C'est de la psychologie empirique. Ce n'est pas forcément du charlatanisme.

On ne l'intègre pas dans ces entretiens. Mais il faut aller au bout de la discussion, terminer la lecture du livre puis le débat.


- 2 -



Manet2:
Notre cerveau n'est jamais au repos ?

Manet1:
On ne va pas traiter ni du sommeil ni de l'activité du cerveau pendant le sommeil. Il faut savoir que c'est un moment vital pour le cerveau. Il est dégagé d'un grand nombre d'activités physiques et intellectuelles et il se sert de ces moments-là pour se reposer à sa manière.

Manet2:
Notre cerveau est programmé pour 6 à 9 heures de sommeil, temps que l'on ne respecte pas toujours.

Manet1:
Il y a des humains qui ont besoin de longues périodes de sommeil et d'autres non.

Manet2:
Même si l'on a besoin d'un temps donné, on se réveille dans la nuit.

Manet1:
Normalement, ce sont des réveils programmés. Quand on dort, il y a des phases où le cerveau « travaille » et des phases où il se « repose ». Il y a des phases où il rêve. Attention, nous ne nous souvenons que du rêve que nous faisions au moment où nous nous réveillons.

Manet2:
Il nous arrive de faire un bon ou un mauvais rêve mais le lendemain, nous avons tout oublié. Un rêve te réveille toujours.

Manet1:
Non.

Manet2:
Je peux donc rêver sans m'en apercevoir.

Manet1:
Il y a des gens qui disent ne pas rêver: c'est très rare.

Manet2:
Qu'est ce que le subconscient? On dit aussi « on rêve et la situation morale se rétablit ».

Manet1:
On sort de la biologie pour entrer dans la psychologie.

Manet2:
Comment fonctionne le cerveau? Il y a la version de l'éthologie, il y a la version du cerveau tri-unique et on peut en trouver d'autres dans Internet. Où est la vérité? Comment vérifier qui a raison?

Manet1:
Pour trouver la vérité, nous devons sortir de nos entretiens éthologiques. L'éthologie est à priori scientifique. C'est donc la Vérité. Par exemple, elle dit qu'à l'instant présent, il y a 7 milliards d'humains qui se livrent tous à une activité précise.

Manet2:
Sans se poser de question, sans chercher à comprendre?

Manet1:
Oui. Et par rapport à notre vérité intime, cette activité des 7 milliards d'humains nous est complètement indifférente. Il y a donc une vérité éthologique. Mais pour vivre, chaque JE a sa vérité. Et il n'y a pas de réponse dans notre cadre à cette question. Chaque JE trouve sa vérité.

Manet2:
A un moment donné, on est obligé de dire « c'est la vérité / c'est ma vérité ».

Manet1:
A qui dit-on cela?

Manet2:
Mais voilà, il y a trois certitudes sur le cerveau qui se contredisent. C'est à moi de choisir? Par ailleurs, on trouve des « je pense », des « je crois », des « peut-être ». Il faudra choisir le meilleur pour y croire.

Manet1:
Si on ne croit pas à sa vérité avec ses tripes, elle ne sert à rien. Ce qui compte c'est donc les tripes et non la vérité. A chaque fois que l'on rencontre un JE différent on entre en contact avec une vérité différente. Ici nous travaillons sur une science. Une science s'impose à tous mais elle les laisse tous libres. Quand nous disons que nous avons un ancêtre commun à l'humain et au chimpanzé, nous sommes d'accord ou non mais cela ne nous empêche pas de vivre.

Manet2:
Un JE a besoin de s'attacher à quelque chose.

Manet1:
.. au fait que nous avons un ancêtre commun?

Manet2:
Non, mais il faut un fil conducteur pour accepter le discours éthologique.


- 3 -



Manet1:
Nous devons préciser le contexte dans lequel se déroulent les entretiens.

Voilà: nous sommes en train de créer les fondements d'une vérité commune aux 7 milliards d'êtres humains et également à tous les vivants. Avec les humains, il y une forme de réconciliation. Ce n'est pas une réconciliation où les uns écrasent les autres. Puis il faut une réconciliation avec tous les animaux. On nous met en exergue la protection de la biodiversité et pendant ce temps, comme il est écrit dans le quotidien local, au début du XX° siècle, il y avait 100 000 tigres et il en reste 3 500. D'aucuns racontent que les zoos vont les sauver: c'est possible tant qu'il y a de l'argent pour ce type d'établissements. Il en va ainsi du thon rouge qu'il faut protéger. Mais le jour où le pêcheur de thon rouge ne gagne plus sa vie, il sort son bateau et extermine les survivants.
Ces réconciliations ne veulent pas dire que nous allons faire la paix. Ce sera d'abord ce carnet de dates commun à tous les humains et accepté par tous.


- 4 -



Ces dates, 400 millions d'années, 65 millions d'années ou 3,6 millions d'années sont importantes pour la connaissance de l'évolution des vivants. Elles doivent remplacer le carnet de dates qui est enseigné à l'école primaire, en CE1, CE2, CM1 et CM2 avec un enrichissement chaque année. Elles avaient pour but de mettre dans la têtes de tous les petits français les évènements importants de « la France »:

58 à 50: Jules César conquiert la Gaule
...
732: Charles Martel arrête les Arabes à Poitiers
800: Couronnement de Charlemagne, empereur d'Occident
...
1214: Bouvines
...
1515: Marignan
...
1848: Institution du Suffrage Universel... etc..

On peut appeler cela le catéchisme des "Français". Il nous faut un carnet de dates de tous les humains et de tous les vivants. Pour un Chinois, 732 ne présente aucun intérêt, d'autant plus qu'il a 5000 ans d'écriture donc d'histoire de plus que la France. Et les Français n'ont que faire des grandes dates chinoises. Alors que la date de 65 millions d'années est importante pour tous les humains car elle marque l'extinction des dinosaures et l'émergence des mammifères dont les humains sont les descendants.


- 5 -



Aujourd'hui, il y a 7 milliards d'humains et en 2050 on en annonce 9. Il y a des régions de la Terre qui sont éreintés par les humains en ce qui concerne leurs ressources de vies. Les Chinois et les Indiens consomment encore comme des pays pauvres. Il n'y a aucune barrière à ce qu'ils atteignent notre niveau de développement et ils commencent à nous rattraper dans des secteurs fondamentaux tels que la production de centrales nucléaires et les TGV.

Certains écologues estiment que les pays de l'OCDE qui représentent un quart de la population terrestre consomment des ressources terrestres comme s'il y avait 3 Terres. En 2050, ce sera plus de la moitié qui aura ce niveau de consommation donc avec un calcul simple, ce sera trois fois plus que la Terre ne peut supporter. Bien entendu, il faut le répéter, il ne s'agit que des ressources de vie pour les humains. Dans sa totalité, la Terre est indifférente au développement d'une espèce parmi les huit millions qui existent.

La réconciliation c'est d'en tenir compte au niveau de la Terre, au niveau d'un gouvernement de la Terre, seul capable de surmonter cet enjeu dramatique. Il nous faut un président de la Terre. Le sida en Afrique est un problème de la Terre entière, comme les famines, comme les arrivées de peuples du monde dans les pays de l'OCDE.

Il ne faut pas oublier que le peuplement des États Unis à partir du XIX° siècle s'est fait sur cette base. Il y avait des crises alimentaires dramatiques en Europe, des pays se clochardisaient. La solution ce fut l'émigration vers le "Nouveau Monde". Il y avait bien là-bas les titulaires du pays mais comme ils avaient des plumes sur la tête et seulement des flèches à opposer à la puissante technologie européenne, les colons n'en ont fait qu'une bouchée. C'est la seule différence d'avec les immigrés d'aujourd'hui: aujourd'hui, les immigrés sont plus faibles que les autochtones.
La Terre n'appartient à aucune espèce vivante et encore moins à aucun être humain mais ce sont les dispositions que ceux-ci prennent pour s'assurer leurs ressources de vie éternelle qui les protègent contre des concurrents.

Manet2:
Tout le monde se désintéresse de cela. Qui est d'accord avec ce que nous affirmons ici?

Manet1:
Nous! Et il y a beaucoup de gens qui ont des prises de positions partielles qui vont dans ce sens. Ne serait-ce que dans les prémices de la théorie du cerveau tri-unique qui s'inscrit vraiment dans l'évolution même s'il aboutit à des contre-vérités. Il y a des grandes conférences mondiales sur l'effet de serres et en France, il y a eu le Grenelle de l'Environnement même s'il n'a pas donné de résultats concrets. Mais cela veut dire qu'on ne peut changer la Terre à partir d'un pays. Toute la Terre doit se mobiliser comme un seul homme. A un moment, il nous faudra une colonne vertébrale de la Terre, une histoire de la Terre à laquelle tout le monde adhère. C'est justement le rôle de l'éthologie terrestre.


- 6 -



Manet2:
On ne respecte pas la Terre à cause de la quête de nos ressources de vie éternelle.

Manet1:
C'est le cœur de notre problème car cette lutte c'est la règle du jeu de tous les vivants. Nous sommes acteurs et nous subissons le résultat de nos actions. Mais reprenons l'histoire d'Adèle qui veut traverser la route alors qu'une voiture arrive à toute vitesse. Nous n'attendons pas de voir ce que ferons les lois de la balistique et nous la retenons immédiatement. La loi est celle de la lutte pour les ressources de vie éternelle et nous faisons en sorte qu'elles ne détruisent pas les humains mais au contraire, qu'elles les préservent. Cela pourrait s'appeler la réconciliation avec tous les vivants c'est-à-dire le respect de tous les vivants. Nous surexploitons le thon rouge, il faut se modérer.
Dans le passé nous avons surmonté ou nous avons traversé des famines terribles. L'histoire de l'agriculture n'est pas une lente montée vers un bien être de plus en plus important. Ces crises durent des années, des siècles ou peut-être des millénaires.


- 7 -



 

Manet2:
Nous vivons une crise mondiale. Pourquoi en rend-on responsable un homme, par exemple, en France, le président de la République.

Manet1:
Qu'est-ce que c'est que Sarkozy?

Manet2:
Il est dans son petit coin.

Manet1:
Nous ne le connaissons pas dans le sens où nous connaissons des gens de notre entourage. Nous ne lui avons jamais serré la main. Il fut une époque où ne le connaissait que les politologues. Dans sa carrière, il y a eu des hauts et des bas.

Et le voilà président de la République. En mai 2007, la majorité des gens qui peuplent la partie de la Terre qu'on appelle la France ce sont rendus dans des centres de vote et 18 983 138 d'entre eux ont déposé un bulletin qui portait son nom dans une urne . Et à partir de ce jour-là, toutes les personnes de France ont pu dire qu'elles connaissaient Sarkozy alors que bien peu de gens se souviennent de celui qui concourrait au titre de « Chasse et Nature ». Et par la suite, les 19 millions sinon plus se sont senti concernés par lui. Dès lors dès qu'il apparaît dans un quelconque média, c'est comme-ci une personne de mon cercle de connaissance faisait un acte. Au point que nous en savons bien plus sur lui que sur les gens qui nous entourent.
Avant la démocratie, il y avait la monarchie. Les rois n'étaient pas élus.

Manet2:
Mais il avait beaucoup de pouvoir.

Manet1:
C'est la même fonction.

Manet2:
Ils étaient plus injustes.

Manet1:
Non. En éthologie, rien n'est juste ou injuste. La justice, c'est la problème d'un JE humain, d'un particulier.

Manet2:
Mais ce sont les JE qui font l'histoire.

Manet1:
Restons-en pour l'instant au JE Sarkozy qui semble gérer l'état de 62 millions de JE français.

Manet2:
L'histoire se répète. Il y a périodiquement des crises. Sarkozy n'est pas responsable de la crise. La question est de savoir s'il est capable de gérer le pays pendant la crise.

Manet1:
Nous y arrivons mais terminons le précédent cheminement.

Regardons l'évolution des humains depuis 150 000 ans. A cette époque, il y avait 200 000 humains. Il y a 10 000 ans, au début de l'agriculture, nous étions 10 millions,puis en l'an 0 de notre ère, 300 à 400 millions. Pourquoi étions-nous aussi nombreux?

Premièrement, grâce à notre main, à notre passé de primate et à notre bipédie, notre cerveau a augmenté. Par la suite, il a également intégré notre sociabilité qui allait en croissant. Sans notre main qui produit par exemple des satellites - nous sommes les plus faibles des mammifères.

Au début, nous vivions en petits groupes de 10, 20 ou 100 humains. Mais c'est toujours en dernière instance le groupe le plus grand qui l'emporte sur le plus petit. A chaque fois que les humains ont trouvé des solutions pour vivre dans des groupes de plus en plus grands, ils ont été les plus forts et ils ont duré. C'est pour cette raison que les Européens ont éliminé les Indiens. En 1804 - 1806, l'expédition Clark et Lewis traversent l'Amérique du Nord de l'Atlantique au Pacifique et rencontrent un grand nombre d'indiens. Mais ceux-ci sont organisés en villages, tribus et nations, lesquelles dépassent rarement 10 000 humains. Il y a un très grand nombre de langues. Ils n'ont pas d'état. Ils ne sont plus qu'une attraction folklorique.

Parmi les 192 États du monde, il y en a un qui s'appelle "France" et qui compte 62 millions d'humains et son « roi » s'appelle Sarkozy. Il y a très peu de changements éthologiques par rapport à Louis XIV. La principale différence, c'est le mode d'accession au pouvoir. La fonction est la même: c'est la représentation de l’État France. Il est "responsable" parce qu'il représente les débats qui se déroulent au sein des 62 millions d'humains. Lui, en tant que JE particulier, il est comme tous les autres JE français. Si on lui retire tout ce qu'il possède et qu'on le met en prison, il sera tout petit. Ce qui est en question c'est le Roi de France. Et ce Roi de France avait un programme pour lequel ont voté 19 millions d'humains. Au sein des 62 millions de millions, il y a des débats sur le libéralisme , les retraites, etc.. .

Manet2:
Sarkozy a un champ de liberté plus réduit que celui du Roi.

Manet1:
Sarkozy n'existe pas: ce sont les débats au sein des 62 millions d'humains qui comptent. Ce sont les consensus qui modifient les choses.



- 8 -



Par exemple, dans le débat plus général sur l'effet de serre, nous ne trouverons de solutions que le jour où les 7 milliards d'humains seront d'accord sur des décisions à prendre.

Manet2:
On n'arrivera jamais à mettre d'accord tant d'humains à la fois.

Manet1:
Cela arrive parfois. En 1939, les Français sont vaincus et en 1945, ils retrouvent leur liberté. Le combat écologique peut durer 5, 10 ou 100 ans comme la guerre du même nom. Nous sommes en crise depuis la fin les 30 Glorieuses qui n'a été que le résultat de la reconstruction du pays après la guerre.

(En réalité la notion de crise est inconsistante, il faudra y consacrer au moins un entretien. Par définition, l'évolution chez les vivants est une suite de crises visibles ou non depuis l'apparition de ceux-ci)

Manet2:
Il y a toujours une poignée d'humains qui est gagnante.

Manet1:
Non.

Manet2:
Le peuple veut la parole.

Manet1:
C'est nous qui voulons la parole. Mais nous ne représentons que nous même: nous ne sommes ni députés ni syndiqués.

En conclusion, l'éthologie terrestre a pour but d'être la référence scientifique de l'État Terre avec une réconciliation entre les humains et une réconciliation entre les vivants alors que toutes les espèces servent de ressources de vie éternelle pour chacune d'elles prise séparément.

Que faire? Quand nous allons dans les grandes forêts prélever des espèces d'arbres précieuses, nous oublions d'en replanter.

Manet2:
Les forêts disparaissent parce que l'on fabrique des meubles et on bâtit des maisons. Cela fait partie de nos ressources de vie éternelle.

Manet1:
La réconciliation entre les vivants cela doit se passer ainsi. Nous allons dans un centre commercial. Nous voulons acheter une table en teck. Sur cette table, il devrait y avoir la garantie suivante: « nous avons acheter ce teck à une société qui en a replanter un. C'est pourquoi, il est plus cher ». Il y a beaucoup d'espèces précieuses qui auront disparus définitivement à cause de cet oubli.

Manet2:
C'est comme ça. C'est à cause de l'argent.

Manet1:
Nous sommes donc dans une lutte de 100 ans ... au moins. La guerre de cent ans c'était une lutte entre la France et l'Angleterre pour la possession du territoire de la France. Parfois, il semblait qu'un accord était possible car une guerre, c'est terrible.

(A l'école on parle toujours de guerres mais jamais on n'en donne les parties les plus noires: les morts douloureuses, les massacres, les viols, les pillages, les incendies et les destructions et blessures de toutes sortes. Que les mousquetaires se livrent à des duels: c'est un sport comme un autre pour ceux qui le choisissent.)

Il y a donc un début d'accord et puis une partie d'un des deux camps choisit de continuer la guerre. La querelle n'a donc pas encore été vidée complètement. Notre guerre de cent ans a commencé au début de l'industrialisation qui marque le début de l'éreintement des ressources de vie éternelle des humains fournies par la Terre. Au siècle dernier, on admirait les grandes cheminées avec leur grandes volutes de fumées, les hauts fourneaux. On regrettait, bien sûr, la silicose, la pollution des sols et les poussières de toutes sortes. La prise de conscience commence a être conséquente comparée à ce qu'elle était il y a 50 ans. le Grenelle de l'Environnement en est la preuve. Et puis les agriculteurs font grève. Alors on cède sur le gabarit des poids lourds. Nous n'avons donc pas encore vidé notre querelle. Le thon est en voie d'épuisement. Oui mais le pêcheur va devoir déposer son bilan. Nouvelle concession. La guerre de Cent Ans s'est terminé faute de combattants. La question est de savoir au bout de combien de catastrophes, les humains cesseront-ils de ne pas respecter les autres vivants? Ce n'est pas seulement une question d'argent. Une puissante chaîne d'hypermarchés devrait afficher le taux de carbone consommé par un produit en vente. On n'en parle plus. Mais le jour où le teck a disparu de la surface terrestre, on aura beau faire la paix, il ne reviendra plus jamais. Le jour où après la déforestation, la latérite apparaît: c'est fini, il n'y aura plus de végétation. Il faut que la paix s'instaure. Mais quand?

Manet2:
Personne aujourd'hui ne veut de cette paix. Tous les humains sont des assistés. Il faut éduquer.

Manet1:
On attendra 100 ans! Mais alors il y aura eu une crise monstrueuse et il ne restera que la moitié, le quart ou moins encore de la population actuelle. La Terre n'appartient pas aux humains.

Manet2:
C'est une vision négative.

Manet1:
Non, nous sommes dans l'évolution. Nous sommes apparus par hasard et disparaîtrons par hasard... du point de vue éthologique.

Manet2:
On ne peut rien faire? On constate?

Manet1:
Mais alors que fait-on en cet instant? Regardons Adèle. Elle met le pied sur la route...

Manet2:
Cela est clair!

Manet1:
C'est la même chose pour notre guerre de cent ans. C'est comme le Tupolev 144 à Goussainvile, le concurrent du Concorde : le pilote n'a jamais lâché les manettes et jusqu'au bout, il a cherché à atterrir. Tant que nous volons, nous tenons les manettes et la conscience du danger ne nous les fait pas lâcher. Bien au contraire.
Mais on ne peut rien garantir. C'est l'évolution qui est ainsi.

Manet2:
Nous sommes 7 milliards à vivre mais ce sont les plus forts qui nous obligent à aller dans un certain sens.

Manet1:
Pas les plus forts mais les humains.

Manet2:
Nous ne serons jamais tous unis.

Manet1:
Nous sommes peut-être à la veille de septembre 1939.

Manet2:
Alors la peur s'empare de nous! Et pourtant nous ne sentons rien.

Manet1:
C'est une idée. En 1914, on disait « dans 3 mois, nous sommes de retour ». Nous ne sommes pas à la veille d'une guerre avec d'autres humains mais à la veille d'épuiser les ressources de vie éternelle nécessaires aux humains. Avec l'affaire British Petroleum dans le golfe du Mexique, nous savons ce qu'est une grande pollution pétrolière. Espérons que les humains de là bas se rendent compte des risques qu'il y a à ne pas respecter la nature. Si la réconciliation avec les vivants avait eu lieu avant, la catastrophe pour tous les vivants aurait été évité. Pour une minuscule cause de délai, ils ont passé outre une petite mesure de sécurité et voilà le résultat. Ce manque de respect a donné l'empoisonnement à la dioxine de Bhopal : on n'en a pas tenu compte car il s'agissait d'humains considérés comme « sous-développés ». Maintenant, la pollution est à demeure chez les humains « développés ». Les harengs, les morues ou les homards disparaissent. Jusqu'où faudra-t-il aller pour qu'un « roi » - un roi exprime ce que veut le peuple – sonne la fin de partie.

Manet2:
Il n'y a plus de roi: les humains descendent dans la rue. Mais un gouvernement peut faire marche arrière.

Manet1:
Il y a des situations dramatiques qui ne sont pas encore reliées les unes aux autres: l'hyper alcoolisation des jeunes, l'hyper obésité, l'hyper inactivité des jeunes à cause de la télévision ou des jeux qui les rendent peu créatifs. On ne peut rattacher ces situations à un seul problème que l'on prendrait à bras le corps pour le résoudre. Par exemple, la solution d'améliorer le fonctionnement de l'école ne suffit pas.

C'est une guerre de cent ans. Des solutions se présentent mais elles sont refusées et on repart vers les combats.

Ce n'est pas du pessimisme. Des gens comme Jean Moulin ou les résistants savaient qu'à chaque instant ils pouvaient disparaître. Quand on s'engage dans des actions, on est toujours dans des situations à risques. Jean Moulin a été tué, nous pouvons perdre courage, désespérer. Mais ce n'est pas la bonne solution.


- 9 -



Manet2:
Si une personne ne sait pas se gérer, est-ce à cause du cerveau?

Manet1:
Non.

Manet2:
Pourtant, c'est mental. Il doit bien y avoir un dérèglement du côté des neurones.

Manet1:
Revenons aux personnes détenues. Soit un enfant qui nait dans une famille équilibrée. La famille fonctionne de manière équilibrée: l'enfant enregistre et organise dans son cerveau des éléments équilibrés. Soit un autre enfant qui nait dans une famille où le père est en prison et la mère est alcoolique. Au moment où ils naissent, ces enfants peuvent être identiques quasiment comme une page blanche. Mais l'enfant inscrit dans son cerveau, l'alcoolisme de la mère et l'absence négative du père. Tous les enfants se situent sur un éventail depuis 100% jusqu'à 0% de "normalité" pour peu que l'on estime que la première famille est normale et l'autre, pas du tout.

Manet2:
Au départ, il n'y a pas de problèmes.

Manet1:
C'est pas tout à fait une page blanche car dans le ventre, dès que le cerveau commence à se former, il enregistre déjà certaines réalités: la mère est alcoolique, elle fume, elle prend des médicaments. Si elle est nerveuse, paisible ou déprimée. Il y a une certaine fatalité: un enfant qui nait dans une famille déréglée aura tendance à l'être. Et le problème réel ce n'est pas l'enfant mais pourquoi la mère est alcoolique et pourquoi le père est en prison.

La volonté du JE existe dès le début. Quand on demande à un enfant comment se fait-il qu'il sache une chose, il répond qu'il l'a toujours su. Quand nous étions enfants, l'autorité des parents et des adultes était omniprésente. Mais nous jouions avec ces règles afin de faire ce que nous voulions. Dès le début nous étions déjà libres. Cela est vrai pour les moustiques, pour les chats et tous les animaux de la Terre. On est libre en ayant enregistré la situation des pères et des mères. Il est par conséquent difficile de raconter sa vie. Car quand on le fait, on va mettre l'accent sur des évènements favorables ou défavorables. En réalité, c'était notre boite à outils et, le résultat, c'est notre vie. C'est pourquoi, il est difficile de raconter sa vie mais pas ce que l'on fait à un moment donné. Soit un handicapé qui ne peut pas marcher, il y aura celui qui geindra toute sa vie et un Stephen Hawking qui est devenu l'astrophysicien que tout le monde connaît. Cela ne sert à rien qu'il nous raconte ses problèmes de santé. Il y a l'arbre qui pousse dans une plaine fertile et celui qui se retrouve sur une mince parcelle dans une chaîne de montagne balayée par des tempêtes.

Manet2:
Au départ, il n'y a pas de liberté.

Manet1:
C'est une liberté au sens éthologique. Ce qui compte c'est aussi ce que l'on ressent. Parfois on fait une bonne pioche, on ne le sait pas, on s'en débarrasse et puis on se rend compte que c'était la bonne pioche.

Manet2:
Nous n'avons pas de liberté au départ.

Manet1:
Nous ne sommes pas d'accord: il faut creuser la question car il y a des choses à découvrir. On a peut-être attraper un fil qu'il faut démêler de son écheveau. Il faudra revenir sur l'existence ou non de la liberté. Les sciences ne rendent pas libres.


- 10 -




Nous avons traité l'un des trois points qui étaient prévus. Abordons maintenant l'éducation. A quoi cela correspond-il de manière concrète? Il y a l'Éducation Nationale.

Manet2:
Non, l'éducation, c'est un tout. C'est comme un maçon qui bâtit une maison. La maison c'est l'enfant. Il faut le matériel, les connaissances, un bon travail quotidien. Il faut être sérieux, conséquent, volontaire et atteindre un résultat. Rien ne se fait sans difficulté ou contrariété.

Manet1:C'est un sujet gigantesque. Il faut le découper en partie. L' Éducation Nationale en traite une partie. Il faut commencer à faire la liste des parties qui constituent ce système.

Un enfant entre à l'école maternelle.
- Il apprend à vivre en groupe: il dessine, joue, se nourrit, etc.

Quel est l'objectif de la maternelle? Il y en a un qui est de soulager la famille où père et mère travaillent.

Manet2:
Cette école s'appelle maternelle parce qu'elle est la transition en douceur de la vie avec la maman c'est-à-dire la vie en famille à la vie en société.

Manet1:
Il va falloir reprendre toute l'éducation depuis la naissance:

- la propreté,
- le sommeil,
- le contact avec les proches,
- la marche, etc..

Il faut une fiche aussi avec la réponse à la question
- « Quand JE éduque, qu'est ce que JE fait ».

- Apprendre à marcher: est ce que c'est éduquer / oui / non / peut-être ( barrer la mention inutile)

Manet2:
Il faut surtout être à l'écoute de l'enfant. Il y en a qui à un an sont de gros patauds assis et bien heureux et les parents se désolent qu'ils ne marchent pas. On veut aujourd'hui des adultes le plus vite possible.

Manet1:
Dans la fiche, il faut des cas concrets et non des idées ou des objectifs que l'on vise lorsque l'on éduque. Par exemple:
- lorsque mon enfant joue avec un autre, je veux qu'il partage son jouet.

Cela consiste à faire le liste des actes que l'on fait quotidiennement quand on éduque un enfant.

Manet2:
Mes trois enfants ont chacun deux ans d'écart. Dès le départ, on a toujours tout divisé en trois.

Manet1:
Il n'y a pas que la partage. Il y a une autre règle:
- Lorsqu'il mange son repas, il finit toute son assiette.
- Quand on lui donne une chose, il dit merci
Il faut faire la liste de tous ces actes et injonctions que nous imposons quand nous éduquons.

Manet2:
Il y a des actes et il y a des paroles.

- On doit manger de tout mais à l'un on ne donne qu'un peu parce qu'il n'aime pas et à l'autre, la ration qui lui convient.

Manet1:
Il faudra aussi noter

- l'aspect religieux,
- comment les actions des enfants sont sanctionnées positivement ou négativement,
- ce qui est bien et ce qui est mal.

Ce sera très descriptif: l'enfant fait cela, la mère réagit de cette manière.

Manet2:
- Il faut faire le bien.

Manet1:
Cela ne nous intéresse pas.

Manet2:
Mais c'est un travail! Quand on se retourne ensuite, on estime que l'on a fait des erreurs.

Manet1:
Ce n'est pas dans notre champ d'étude. Nous visons l'éducation que font les 7 milliards d'humains et plus loin tous les animaux. Tous les vivants éduquent même les chats.

Manet2:
Tout le monde n'éduque pas. Tout le monde vit. Tout le monde avance. Tout le monde subit. C'est comme ça. On regarde ce que les autres font. On n'a pas le courage de le faire ou on ne sait pas le faire.

Manet1:
Nous ne sommes pas d'accord.