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mercredi 2 juin 2010

15° entretien

Quinzième entretien
Manet2 et Manet1
27 mai 2010
(Turquie - Cappadoce - 2006)


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Manet2:
Il y a un sujet que j'aimerai que l'on traite: l'éducation, la délinquance, les parents et les lois mais sous la forme d'un tout. Cela nous concerne en tant que visiteurs de prisons, dans les relations avec notre entourage et avec notre société et en tant que nous-même.

Manet1:
Comment aborder cela en termes d' éthologie terrestre?

Manet2:
Nous souffrons de cette jeunesse qui elle-même est en souffrance.

Manet1:
Il n'y a pas de souffrance en éthologie.

Manet2:
Ah bon! On constate donc tout est normal!

Manet1:
Non pas tout est normal mais tout existe.

Manet2:
C'est une science mais c'est dans la vie qu'il faut combattre le mal.

Manet1:
Parlons de la souffrance. Nous sommes un corps multicellulaire. Il y a 3 milliards d'années, il n'y avait que des corps unicellulaires. Lorsque ce corps unicellulaire était agressé, il le sentait de suite et il réagissait immédiatement car il y a un lien direct entre la paroi de la cellule et son noyau. Dès le moment où nous sommes constitués de 100 000 milliards de cellules qui « ont décidé » de vivre ensemble, comme nous faisons un tout, il faut que si l'une de nos cellules est agressée, elle trouve une solution à la mesure de cette agression – par exemple si une aiguille pénètre dans une cellule de la main –. Il y a un avertissement vers tout le système nerveux , un sentiment de douleur qui donne une prise de conscience d'une attaque et de l'endroit où elle a lieu. Le corps va provoquer un mouvement spontané tendant à éloigner l'aiguille de la main et il est possible que c'est tout ce qu'il fera. S'il y a une blessure profonde – la pointe d'un couteau a pénétré dans la main – il y aura une plus grande mobilisation de tout le corps pour viser à fermer la blessure parfaitement ou imparfaitement. Dans les deux cas, le système nerveux a été alerté. Il s'agit d'une attaque externe.

Passons maintenant à une bactérie étrangère qui pénètre à l'intérieur de notre corps. On ne s'aperçoit de rien. Mais dès qu'elle a pénétré, le corps crée des anticorps dont le but est de tuer la bactérie si elle est dangereuse. Si les anticorps sont impuissants, on attrape un rhume, une pneumonie, une tuberculose ou une variole. Si le corps ou l'aide que nous accordons par des traitements créés par la société en vient à bout, tant mieux sinon c'est la mort du vivant.

Telle est la souffrance physique. On peut traiter la souffrance morale de manière analogue. Par exemple, notre éthologie humaine est fondée sur le couple monogamique éternel en ce qui concerne la culture européenne. Ailleurs, il existe ce que l'on pourrait appeler le couple polygamique éternel. Il y a une guerre culturelle entre ces deux formes car dans les deux cas elle fonctionne sur le mode de l'évidence: ici la normalité c'est un mari et une femme ou une femme et un mari et là un mari et plusieurs femmes ou plusieurs femmes et un même mari. Mais ce n'est pas l'objet du débat et parlons de la première forme de couple. Ce couple s'est créé pour la reproduction et voilà que l'enfant est attaqué physiquement ou moralement et qu'il souffre. Selon le degré de souffrance, il y aura mobilisation ou non des parents. L'enfant est tombé en jouant lors de la récréation ou bien on lui a craché dessus: il est possible que les parents n'en sachent rien. S'il s'est cassé une jambe ou qu'il a reçu un coup de poing dans l'œil, on entre dans la gradation de l'alerte. S'il est écrasé en traversant la route, l'alerte sera maximum. La souffrance c'est donc l'alarme pour sauver le vivant.

Manet2:
Nous ne sommes responsables de rien, notre comportement suit un mouvement. J'écoute des jeunes et il m'est difficile de me mettre en écoute éthologique. Ce n'est donc pas une volonté liée au fait que nous sommes en 2010 mais la manière générale dont les vivants vivent, dont le JE vit.

Manet1:
Le but des ces entretiens n'est pas de dire que nous ne sommes pas responsables. Si la petite Adèle est écrasée on aura beau dire que c'est le résultat normal de la rencontre inopinée et brutale d'un corps mou et d'un corps dur, il y aura une grande souffrance chez sa grand mère. Le discours éthologique ne remplace pas le discours moral mais il rappelle qu'au même instant, il y a, supposons, 200 Adèles qui sont écrasées et 200 grands mères qui souffrent intensément et qu'il s'agit bien d'un choc d'un corps mou contre un corps dur.

Allons plus loin. Une main humaine plonge les petits chats dans l'eau dès leur naissance et la mère les cherche en miaulant pendant plusieurs journées. C'est une règle générale du vivant. Et si Adèle meurt, sa grand mère sera inconsolable pour le reste de sa vie.

Nous ne sommes pas dans le discours chrétien qui apporte une consolation: « Adèle est au paradis et sa grand mère la retrouvera à sa mort ». En éthologie, Adèle a bien cessé d'exister.

Et nous revenons sans cesse au fait que l'éthologie terrestre concerne les 7 milliards d'humains pris chacun individuellement comme dans le cas d'Adèle et de sa grand mère, tous les animaux et tous les végétaux et ce depuis l'apparition des vivants.

La souffrance nous la vivons tous comme tous les vivants. Si un vivant souffre, cette souffrance le concerne lui totalement et non tous les vivants.

Manet2:
Il faut parler de ce qui se passe aujourd'hui et qui concerne l'éthologie. Ne sommes-non pas en train de donner une place excessive à ce qui a eu lieu dans le passé? Il est vrai que nous parlons également d'aujourd'hui...

Manet1:
Et de demain.

Manet2:
Avance-t-on vraiment?

Manet1:
Parler ainsi, n'est ce pas souhaiter passer au plan moral? N'est ce pas cela que l'on souhaite vraiment traiter plutôt que la plan éthologique. C'est normal du point de vue moral. En tant qu'humains, nous agissons que si cela nous paraît utile. Peut-être nous sommes-nous engagé dans le débat éthologique parce que nous pensions qu'il y avait quelque chose à gagner sur le plan moral? Si nous avions axé les entretiens sur l'histoire d'un pays, nous n'y aurions pas consacré tant de temps. Si par contre nous abordons l'éthologie, c'est parce que nous voulons savoir qui sont ces personnes si différentes de nous que nous rencontrons périodiquement en prison. Pourquoi sont-ils dangereux car ils le sont quand ils volent, violent, battent ou tuent. Il y a un complément à la conférence de la semaine dernière qui a été ajouté dans le compte-rendu.

La conclusion principale en était: pas un neurone sans un sentiment, une pensée ou un acte et à l'inverse, pas un sentiment, une pensée ou un acte sans un neurone. Quand nous regardons un bébé qui dort, nous devons avoir à l'esprit qu'il produit 2 millions de synapses à la minute et des milliers de neurones qui l'amèneront un jour aux 100 milliards qui sont le standard moyen de tous les humains … quoi qu'ils fassent. Quand le bébé se promène dans la maison, il faut se l'imaginer à la manière de Lolee, la mutante du « Cinquième Élément » de Luc Besson: le bébé enregistre tout ce qui l'entoure en permanence tout en apprenant à trouver l'équilibre de la marche qu'il fixera dans son corps dès le moment où il l'aura trouvé. Et à partir de ce moment-là, il le retrouvera toujours sans peine. Mais si ces neurones et synapses qui ont enregistré l'équilibre disparaissent à l'occasion d'un AVC par exemple, il perd l'équilibre plus ou moins définitivement. Nous sommes strictement liés à nos parties physiques.

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Revenons aux personnes détenues et abordons le thème de l'éducation. Elle se fait 24h sur 24 et sur des éléments qui ne sont pas vagues mais sur les neurones et les synapses. Si nous avions des machines hyper complexes qui seraient capables de pister chaque neurone et chaque synapse on pourrait faire chaque jour un bilan de ce qui a été enregistré et appris. Quand il est dans son milieu, ses sentiments, ses actes et ses pensées s'enregistrent en un état imperceptible. Nous avons l'impression qu'un enfant répète sans cesse la même chose. C'est inexact: il travaille et il expérimente. Sa journée est aussi pleine, construite et créatrice que la journée d'un humain adulte. S'il est né dans un milieu « de riches », au lieu d'avoir une tente pour dormir, il a un château avec 100 pièces et au lieu d'avoir des parents qui lui donnent une gifle quand il parle à table, il est entouré de gens qui lui expliquent la musique, les sciences et toutes les connaissances du monde. Et à chaque seconde il ne cesse d'enregistrer. Cela n'a rien à voir avec ses « qualités » personnelles comme celles-ci: « il a commencé à lire les grandes œuvres littéraires à quatre ans ». Pour lire, il faut des livres, un libre accès aux livres et un intérêt puissant pour les parcourir. Et cela est toujours physiquement inscrit dans le vivant humain.

« L'homme pense », cela ne veut rien dire. Certes tout est enregistré dans le cerveau mais seuls les animaux en ont un : l'humain a 100 milliards de neurones tandis que le rotifère n'en dispose que de 200 seulement. C'est un animal minuscule qui vit dans l'eau. Son unique œil n'a qu'un capteur : le rotifère ne perçoit que "obscurité" ou "lumière", sans aucune nuance. Nous enregistrons notre contexte et lui, le sien. Le chat possède quelques milliards de neurones et il vit une évolution analogue au vivant humain à partir du moment où la cellule sexuelle mâle rencontre la cellule sexuelle femelle. Les neurones apparaissent à partir d'un moment donné. Quand il est petit peu après la naissance, il dort et il cherche à se nourrir. A l'âge de 6 mois, sa mère lui apprend à chasser.

Manet2:
Quand on est jeune, on se rencontre et on fait des enfants. On nous dit qu'un enfant doit dormir mais il n'y a aucune explication la-dessus alors qu'il y a beaucoup de livres qui traitent de cet âge. Nous, futures mères, nous n'avons aucune base d'explications de toutes ces réalités. Nos parents, également, ne nous ont rien expliqué.

Autre problème. Soit deux familles, l'une aisée et l'autre non. Mais le privilégié peut dériver. En prison, on rencontre toutes les catégories sociales. D'où vient – elle cette dérive?

Manet1:
Statistiquement, les riches produisent plutôt des riches et les pauvres des pauvres. Le cerveau enregistre tout. Notre famille riche possède un château avec 100 pièces mais elle peut avoir de grand manque en affectivité ou en pensée ou en acte. Il peut y avoir des crises.

Sur ARTE, on a parlé de la famille Flick . Il fut entre 1939 et 1945, l'un des grands industriels d'Hitler et il subit une lourde condamnation lors du procès de Nuremberg. Il y déclara qu'il ne reconnaitrait jamais aucune culpabilité alors qu'il avait employé un grand nombre de prisonniers de guerre dans ses usines. Après sa libération, il a retrouvé sa puissance au travers d'un gigantesque conglomérat. Il a toujours éconduit ceux qui réclamaient les salaires non versées pendant la guerre grâce à une foule d'avocats qui utilisèrent toutes les mesures dilatoires possibles. L' Allemagne avait créé un fond dans ce but. Jamais ni lui ni sa famille n'y versa, sauf une ou deux exceptions, la moindre contribution. Et voici ce qui nous intéresse: il n'a jamais réussi à transmettre ses entreprises à ses deux fils, des incapables et qu'il traitait comme tels. L'aîné était de surcroit oppositionnel: il a fait des procès à son père, procès qu'il a perdu. Le cadet était soumis: il a hérité puis dilapider l'héritage. Nous avions parlé de Thierry Desmaret, comme représentant des riches. Mais Flick en est un autre. On voit qu'un riche peut chuter sur des éléments qui ne concernent pas sa position sociale. De grands potentats ont tout perdu.

Quand on dit que 90% des riches deviennent riches, c'est du au milieu, aux neurones et aux synapses mais il n'y a pas de déterminisme total ou gratuit. Dans « La vie est un long fleuve tranquille », dès la naissance il y a substitution entre un enfant de bourgeois, un Duquenne, et un un enfant du quart monde, un Groseille. A l'arrivée le Groseille recueilli chez les Duquenne est un vrai Duquenne et le Duquenne, recueilli chez les Groseilles un vrai Groseille.

Manet2:
Il y a l'empire d'un grand bourgeois qui dure ou non et puis on voit qu'il se défait. N'est-ce pas du au fait que pour la nouvelle génération, tout est donné: il y a du relâchement et devant les vraies difficultés, le fils perd ses moyens. C'est une dérive. Comment l'expliquer?

Manet1:
Reprenons les problématiques de l'éducation et de l'humain. Le vivant humain est définitivement un être social à la différence du chat. Lors de sa première année, il vit le même sort que la plupart des autres animaux: sa mère le nourrit, le nettoie, lui apprend les rudiments de la vie. Mais alors que la plupart des animaux prennent rapidement leur indépendance ce n'est pas le cas de l'humain. S'il n'était pas pris en charge par les autres humains – la société – longtemps après un an, il se dénaturerait. L'humain vit en permanence en société – même s'il ne sort pas de sa maison – depuis la naissance jusqu'à la mort. Sans la société, l'humain n'est rien. Car son évolution, c'est la main et la sociabilité, l'outil de travail et sa mise en œuvre.

L'éducation permet de socialiser. C'est le lieu du transfert des connaissances d'une partie des humains vers une autre. On travaille ensemble. Dans la conférence, on constate que la situation de l'humain est paradoxale. D'un côté c'est un JE et en tant que JE il est en concurrence avec tous les autres JE humains pour les ressources éternelles de vie. Mais en tant que JE sociable, ils est en coopération. C'est ce qui fait l'ambiguïté du travail. Dans le travail, nous allons chercher les ressources éternelles de vie ensemble et en même temps nous sommes en concurrence: il y a les grades, les gens du bas et les gens du haut du panier. Il y a de la concurrence au sein d'une même équipe.

Manet2:
C'est du chacun pour soi.

Manet1:
C'est l'ambiguïté du JE social. Avec l'éducation, nous acquérons les fondements physiques de base qui s'inscrivent en neurones et synapses et l'aspect sociable vient de l'éducation, par des interactions avec les autres humains qui elles aussi s'inscrivent physiquement dans les neurones et synapses. Partout, il y a de la concurrence, y compris dans nos petites associations locales.


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Manet2:
La concurrence fait aussi avancer les choses négativement et positivement. Pendant la guerre, les alliés ont jeté des bombes sur les villes allemandes et tuaient des bébés sans se poser de questions. Il en a été de même avec la bombe A à Hiroshima. C'est la guerre, donc on tue les gens. Qui peut dire si les jeunes d'aujourd'hui ne sont en état de guerre contre tous les humains à la fois ? La guerre est ancrée chez l'humain et chez le vivant. Il s'agit des jeunes en souffrances ou en contradiction. « Ce que veulent les jeunes aujourd'hui ce n'est pas un travail mais de l'argent. La guerre cela englobe le « je ne veux pas entrer dans le droit chemin ». Il faut partir de la grande guerre, celle qui a cessé il y a longtemps et les petites guerres où les jeunes attaquent tout le monde à la fois. C'est une guerre que d'être contre tout le monde à la fois.

Manet1:
Quelle est l'origine de la guerre?

Manet2:
C'est le pouvoir! C'est un pays développé qui cherche à engloutir un pays sous-développé.

Manet1:
Pourquoi?

Manet2:
Pour les richesses! Pour tout! Pour dominer! Pour avoir!

Manet1:
Les ressources éternelles de vie.

Manet2:
Oui, il faut que je m'y mette. Mais alors, on est obligé de se défendre!

Manet1:
Hitler a attaqué la Pologne le 1° septembre 1939 pour « se défendre »: un groupe de soldats polonais avait attaqué un émetteur radio en territoire allemand. C'était une provocation et les soldats polonais étaient des allemands déguisés, qui furent tués par de vrais soldats allemands et montré à la presse dans leur déguisement polonais.

Manet2:
C'est de la ruse!

Manet1:
Oui mais pour faire croire que l'on se défend. Toutes les grandes puissances qui s'emparent de pays plus faibles le font toujours pour se défendre. L'agression a décidément mauvaise réputation. Aujourd'hui, en Afghanistan on se défend contre les afghans.

Manet2:
Il faut tout accepter?

Manet1:
L'explication éthologique n'empêche ni notre souffrance ni notre contestation. Nous l'avons vu dans l'exemple de la petite Adèle écrasée par une auto. Elle donne un regard général à un événement particulier. Alain Cugno trouve que c'est la nature qui manifeste la violence la plus insupportable: quand un humain fait un pas dans le vide au dessus de la falaise, il tombe et se tue.

(colloque Farapej 2007:
Il faut aller chercher la raison de la punition dans la structure même de la culture, de toute culture. Toute société politique, tout État de droit se trouvent dans un rapport étrange avec la violence de la nature (qui est inouïe et fondamentalement punitive : faites un pas de trop au bord de la falaise…) )

C'est une vue strictement anthropocentrique et angélique. Il laisse entendre que l'homme devrait pouvoir se mouvoir dans la nature comme un ange sans être soumis à aucune des ses lois. C'est impossible. Il y a les lois de la pesanteur et il faut en tenir compte d'autant plus que nous en sommes le fruit: la pesanteur nous tient attachés à la Terre et toute l'évolution des vivants s'est faite en en tenant compte: notre corps, notre bipédie, nos mains et notre sociabilité. Sans pesanteur, il n'y a pas d'univers. Il n'y a rien. Ces lois créent les humains parmi beaucoup d'autres êtres et elles provoquent des accidents des plus insignifiants aux plus gigantesques comme les volcans ou les astéroïdes qui font disparaître les ¾ de la vie sur Terre.

La guerre est liée aux êtres sociaux.

Les êtres non-sociaux ne font pas la guerre: ils se battent les uns contre les autres. Un chat n'est pas sociable. Quand il y a une ressource de vie, il va se battre pour se l'approprier exclusivement. La bataille peut-être courte si l'un estime que l'autre est vraiment trop fort. Mais il y a des combats sanglants qui peuvent aller jusqu'à la mort de l'un des deux protagonistes.

Nous, nous sommes sociaux. Nous avons inventé le travail et la guerre. Nous ne trouvons nos ressources éternelles qu'à travers cela. Le travail c'est la collaboration, et la guerre, c'est quand deux groupes sociaux se battent: deux états, l'Allemagne et la France en 1940 ou, ces jours-ci, les "Chemises Rouges" thaïlandaises contre le pouvoir en place. Comme nous sommes sociaux, nous ne pouvons comprendre la guerre comme individus. On vivra la guerre au niveau par exemple de notre couple monogamique éternel: le père sera tué à la guerre ou des membres de la famille seront blessés ou disparaitront. Nous parlons du jour où la guerre arrive réellement dans notre ville. Il y a alors des voleurs qui apparaissent, le marché noir qui s'installe avec l'antisémitisme. C'était dans le passé mais dans l'avenir cela peut en reprendre des traits analogues.

Manet2:
Chaque JE a son propre fonctionnement.

Manet1:
Chez tous les vivants car il n'y a que des vivants – la vie n'existe pas – c'est toujours dans un corps vivant que se manifeste la douleur ou le bien-être. Mais cela peut-être ressenti pas 100, 1000 ou 100 000 personnes. A un moment donné une espèce a évolué avec ce type d'attributs et cela s'est mis en place selon le modèle habituel: ça marche, ça reste ou ça ne marche pas et ça disparaît. Le couple monogamique éternel que l'on retrouve chez d'autres primates ou chez des oiseaux s'est imposé chez l'humain comme la bonne solution à la reproduction. Aucun vivant particulier ne l'a choisi pour la première fois. On se marie selon « la tradition ». Tout le monde le fait. Quand tout le monde le fait, c'est de l'éthologie. Par contre, on le vit toujours « derrière ses yeux ».

Manet2:
On peut se respecter mais peut-on vivre ensemble, monogamie et polygamie?

Manet1:
Regarde autour de toi. Quelle peut-être la réponse à cette question? Les visiteurs de prison vivent ensemble. Relais Prison Sambre Avesnois, également. Maubeuge?

Manet2:
On se côtoie.

Manet1:
Il faut faire une liste de toutes les groupes auxquels nous appartenons et leur attribuer à chacun un pourcentage de vie ensemble. Hier au concert, nous vivions ensemble. Pendant deux heures un grand groupe de personnes assises écoutaient en silence 10 personnes debout en train de jouer sur des instruments de musique. Il n'y avait pas un humain qui faisait du bruit dans un coin, un autre qui parlait à haute voix au point de couvrir la musique et un troisième qui remuait au point de déranger ses voisins. On peut faire une grille avec des critères et puis on définit un pourcentage de vie ensemble. Nous sommes restés assis pendant deux heures l'un à côté de l'autre. On ne se parlait pas mais ce n'était pas le but. Il y avait une convergence entre tout ce qu'il fallait faire et ne pas faire. Nous avons fait tout ce qu'il fallait faire et n'avons pas fait ce qu'il ne fallait pas faire. Les chats ne font pas de concerts de ce type parce qu'il ne sont pas sociaux et nous les faisons parce que nous le sommes.

L'applaudissement c'est une activité étonnante. Quand a t elle été inventée? Qu'est ce que cela veut dire de taper dans les mains: quel est son contenu intellectuel?

Manet2:
On intervient d'une même voix. Tout le monde ne commence pas à parler pour dire le même mot « super » ou « génial ».

Manet1:
Et si nous n'avions pas de mains? On taperait avec les bras ou sur le sol. Donc, nous vivons bien ensemble. Cependant, à un moment donné, cela peut se déstructurer. En Pologne après 1989, avec l' « arrivée du capitalisme », les gens ont commencé à mettre des barreaux aux fenêtres des rez-de-chaussée parce qu'il y avait de plus en plus de vol. En 1976, un touriste occidental avait oublié une babiole dans son hôtel: on le lui a restitué lors de son départ. Au Japon, il fut un temps où tout le monde pouvait se déplacer à pieds la nuit sans aucun risque car même les yakusas veillaient au grain … pour mieux mener leurs trafics les plus divers. Maintenant dans tel quartier, il y a des agressions et des vols en plein jour. Au Tremblay, la police court après les jeunes et ailleurs elle ne se montre pas car toute la cité se mobilise immédiatement. Cela évolue. Vivre ensemble, c'est cela.

Manet2:
Bien vivre ensemble: pas toujours.

Manet1:
Car à chaque instant nous sommes dans la règle de Darwin: à chaque instant, il y a un problème et JE le résous ou JE ne le résous pas. Si JE le résous, on va vers un nouveau problème sinon, il y a un échec minuscule ou définitif.

Manet2:
Donc il y a une volonté.

Manet1:
Non, car cela concerne tous les vivants. Par exemple, nous avons semer des radis. La semence lance des feuilles vers le haut et des radicelles dans le sol. Le radicelle avance. Il rencontre un caillou. Il le contourne. Il y avait un problème et il l'a résolu. Si soudain il avait fait très chaud au point d'assécher la terre et de la rendre dure comme un caillou, le problème n'est pas résolu et il n'y a pas de radis.

Manet2:
C'est comme les humains: pourquoi y-a-t'il des délinquants et des visiteurs de prison.

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Manet1:
Pourquoi y a t il des délinquants?

Manet2:
Ils n'ont pas su contourner la difficulté.

Manet1:
Nous avons dit que statistiquement, les riches font des enfants riches et les pauvres des enfants pauvres. Eh bien statistiquement, les délinquants font des enfants délinquants. Dans une famille où le père est en prison et la mère boit, il y a de grandes chances que les enfants aillent en prison.

Manet2:
Pas à 100%.

Manet1:
Il y a une marge légère. Il y a des milliards de neurones dans le cerveau, il y a beaucoup de contournements possibles. Par exemple, l'enfant qui va à l'école peut y rencontrer un adulte qui va le « sauver ». Ou bien, il fait une fugue réussie et trouve un milieu favorable. Et encore: il est devenu « l'ange de sa famille », celui qui va les amener à s'en sortir en même temps que lui-même. Rien n'est déterminé totalement. Il n'est pas question ici de lutte pour la vie. C'est la somme des micros solutions qui forme le fleuve de la grande solution.

Pourquoi nous occupons-nous des « délinquants »?

Dans le passé, les grands criminels étaient condamnés à mort. La peine de mort est en voie de disparition car il arrive assez souvent que la personne ne soit coupable.

Aux États Unis, ce sont les avocats qui font le procès, le juge joue le rôle d'arbitre. Le résultat dépend donc de la compétence de ces gens-là.

En France, il y a une enquête sous la direction du juge d'instruction mais très souvent les dés sont jetés après l'enquête de police dont le but principal est l'aveu. Tous les moyens sont bons. Nous voyons que dans les deux cas, il y a des risques d'erreurs judiciaires. Dans le cas de Hank Skinner, l'avocat n'avait pas demander qu'il y ait une analyse de l'ADN trouver sur les lieux du crime. Cela coûtait cher. Il est possible que le prévenu ne savait pas qu'une telle possibilité existait. La formule « Nul n'est censé ignorer la loi » a bon dos. Si le criminel avait été un lettré, il y aurait immédiatement pensé. La peine de mort peut concerner un innocent. Donc on tend à la supprimer et il faut inventer une nouvelle justice et un nouveau système pénitentiaire sans peine de mort. Par contre il ne faut pas retomber dans le système médiéval ou de Louis XIV où l'on jette une personne dans un cul de basse fosse et on l'y laisse périr. Nous, société, nous cherchons d'autres solutions. Il en va de même pour la médecine. Elle n'a cessé de lutter contre la mort au point d'en arriver à l'acharnement thérapeutique. Grâce à cela, nous avons progresser dans le traitement du cancer. Mais cela coûte très cher. Donc les riches sont soignés et pas les pauvres.

Manet2:
Pour la prison, c'est nouveau. Mais où est la solution? Supprimer les prisons?

Manet1:
A un moment donné, les sociétés fonctionnent avec de grandes idées. Jusqu'en 1989, nous avons vécu sous la menace du communisme soit dans le communisme qui estimait que la société est riche et qu'il fallait tout redistribuer. Nous avons aujourd'hui basculé dans un système différent: l'ultra libéralisme. Maintenant tout doit rapporter de l'argent.

Nous allons prendre un exemple prosaïque: la prise en charge de l'accueil des familles par un sous traitant de la prison à la place des bénévoles qui s'en occupait jusque là. C'est une démarche normale: une entreprise n'a aucune raison d'accepter que des personnes qui n'ont rien à voir avec elle s'occupe de l'une de ses fonctions, en l'occurrence l'accueil des familles des détenus de cette prison avec le risque que les bénévoles profitent de leur situation pour critiquer négativement la prison. Résultat: deux salariées s'ennuient à accueillir des personnes qui ne les intéressent pas. Elles restent dans un bureau à ne rien faire même si elles prennent des clés de temps en temps ou qu'elles donnent des sabots ou qu'elles expliquent comment fonctionnent la borne des réservations. Elles travaillent 25 heures par semaine avec des tours les samedis et dimanches. Ce n'est pas un métier enthousiasmant. Elles tuent le temps comme elles peuvent. Alors que les bénévoles ne venaient qu'une ou deux demi journées par semaine: c'était une sortie et une occasion pour des gens isolés de se rencontrer. Donc elles s'ennuient mais elles sont payées environ 1200 euros chargés par mois pour deux personnes. Soit 2400 par 12 mois c'est à dire 28 800 euros par an. Le discours ultra libéral qui consiste à éliminer des bénévoles que l'on ne payaient par coûte cher.

Manet2:
Les bénévoles n'évoluaient plus depuis leurs arrivées. La société va fournir un ordinateur, un téléphone et des services qu'elle est seule capable de donner.

Manet1:
On a supprimé la peine de mort. Mais nous sommes dans un contexte où tout doit apporter et nous n'arrivons pas à trouver une solution pour que l'enfermement rapporte. On pourrait créer des jardins. Mais ce sera une dépense supplémentaire sans aucune rentrée financière. Si nous avions une garantie à 100% que la personne ne récidivera plus, on pourrait dire que c'est jouable. Mais c'est impossible à garantir.

Manet2:
Nous avons des exemples négatifs.

Manet1:
Dans le lointain passé, les humains sortent d'Afrique. Ils suivent la côte car ils y trouvent un chemin et de la nourriture. Le jour où un village est surpeuplé pour les conditions de l'époque, il essaime. Mais où aller? Cela donne lieu à débat. Vers le Nord, le Sud, l'Ouest ou l'Est? Les gens s'en vont et marchent jusqu'à épuisement. Et comme dans un film, le dernier survivant trouve une solution dans un dernier sursaut. Mais dans la réalité, le dernier pouvait périr.

C'est la même chose pour les prisons: on supprime la peine de mort donc on enferme. Si c'est un cul de basse fosse, c'est une fin dramatique. Si l'on trouve d'autres solutions dont la liste est difficile à faire à priori, cela peut-être une bonne chose.

Reprenons le schéma darwinien. Le problème est résolu: bien. Le problème n'est pas résolu: mauvais.

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Voici un autre exemple sur le passage de la société assistée à l'ultra libéralisme. Hier, Maurice, un détenu, est mort. C'était un débile mental. Il était serviable. Il ne pouvait travailler à cause de sa débilité. Il a été légèrement alphabétisé. Il y a cent ans, il aurait été accueilli dans une structure caritative qui l'aurait contrôlé et dirigé. Il aurait été homme à tout faire, idiot du village ou souffre douleur mais intégré. Ici il coûte 60 euros en moyenne à l'état. C'était un pédophile condamné à 11 ans de prison qui devait sortir dans 3 mois. Cependant n'idéalisons pas le passé.

Au même moment où la peine de mort est supprimée, il y a des avancées technologiques comme le bracelet électronique.

Manet2:
Il faut essayer toutes les solutions et y mettre tous les moyens. Il y a un souci: que viennent faire les malades mentaux en prison? On les y met car il n'y a plus de place ailleurs! D'un autre côté on ne peut laisser tout le monde en liberté.

Manet1:
Sans autre solution, c'est la réponse qui s'impose. Ce que l'on sait c'est qu'une journée de prison coûte 60 euros et une journée en hôpital psychiatrique, 800. Cela se fait au prix d'une certaine souffrance – toute relative parfois: dans le passé, l'infirmier psychiatrique était plutôt musclé et on utilisait le pompe à incendie pour calmer les plus récalcitrants. Les camisoles de force ne chômaient pas.

Manet2:
Cela me touche. J'ai un frère, Henri, qui a vécu en hôpital psychiatrique de 14 à 60 ans. Par ailleurs l'une de mes belles sœurs est infirmière en psychiatrie: elle raconte parfois ce qu'ils subissent et ce qu'ils doivent faire subir. Mais où est la solution?

Manet1:
Nous sommes pourtant d'accord: nous avons décidé de « ronger cet os ».

Manet2:
Rien n'est simple! Dès que tu n'es pas sur les rails, on te parque.

Manet1:
N'oublions jamais que nous raisonnons sur 7 milliards d'humains. Nous devons rester dans un discours général. Ce dont nous parlons existent chez tous les humains.

Manet2:
Parlons quand même de ce cas précis, la personne malade mentale qui vient de décéder au centre pénitentiaire.

Manet1:
Nous commençons à sortir de la réflexion éthologique pour aborder la démarche des visiteurs de prisons. Mais continuons. Est ce que – empathie mise à part – les malades mentaux sont moins bien traités en prison qu'en asile? Poser la question n'est pas y répondre car la réponse ne s'impose pas d'emblée et c'est ainsi que se pose la question sur 7 milliards d'habitants.

On dit et c'est vrai en partie que mai 1968 a ouvert les asiles. En fait on a remplacé les murs par des médicaments et on est passé à la médecine ambulatoire. Prenons un schizophrène. S'il prend son médicament en temps et en heure, il est « normal ». Mais dès qu'il est normal, il ne supporte des médicaments qui le dépriment. Il cesse de les prendre. Il redevient violent et il se retrouve … en prison. Le malade mental doit maîtriser sa maladie et il doit ne pas être malade sous peine d'aller en prison.

Manet2:
Mais cela peut réussir.

Manet1:
Selon le schéma darwinien, il y avait un problème et il a été résolu de cette manière. Dernière innovation, on crée des UHSA, des hôpitaux à l'intérieur des prisons pour traiter les malades mentaux emprisonnés.

Manet2:
Ces gens-là ne peuvent plus vivre en société. Il faut leur tendre la main. Comment?

Manet1:
C'est le moment de leur tendre la main. C'est ce que nous faisons et il faut des gens qui le fassent. Il faut surtout ne pas fermer la porte parce qu'il n'y a pas de solution.

Manet2:
Parfois, il n'y a pas de solution. Par exemple, chez nous, nous avons payé pour la vie de mon frère. Mon père qui dirigeait tout ne s'est pas occupé de nous parce que ce qui primait c'était Henri et il avait un réseau d'infirmiers qui le tenait au courant. Il passait beaucoup de temps à la maison. C'était invivable: quoi qu'on fasse il n'y avait aucun résultat. Nous avons souffert et nous avons été condamnés à tout donner. Nous étions usés pour une personne qui ne pouvait pas vivre normalement.

Manet1:
Quand la sécurité sociale n'existait pas de même que la médecine générale, la personne restait à la maison.

Manet2:
Mon père n'avait pas les moyens de payer. La mairie a pris en charge une grosse partie des dépenses en posant des conditions: pas de voiture et à condition de vivre avec le minimum, pas d'études pour les enfants. Il fallait attraper le frère au lasso. Ce n'est que bien tard que mon père a obtenu quelques indemnités. Pour sauver son fils, les onze autres enfants n'ont pas eu droit à la vie. Nous ne savons pas ce que c'était qu'un père ou une mère. Créer des établissements pour ces gens-là, c'est évident. Certes ensuite, il y a les surveillants et le personnel qui n'est pas formé pour ces missions. Si Maurice avait été visité par moi, le surveillant m'aurait dit « ton protégé est parti ». Et mon amie m'a dit hier « eh bien, il ne touchera plus les petites filles! ». Ce n'est pas un chien mais cela en fait un de moins. Terminé. Où est la solution?

Manet1:
Raisonnons sur 7 milliards d'humains.

Manet2:
Quand on n'a pas vécu un problème, c'est normal de réagir ainsi. On traine un boulet toute sa vie car on n'est pas compris. Mais on rencontre des problèmes sans solutions ou bien l'on n'a pas encore trouvé de solution.

Manet1:
Revenons à l'éthologie. Si chez les chats, il y en a un qui a problème de cerveau, cela est traité différemment. En reprenant notre exposé sur le cerveau, l'histoire biologique de Henri est facile à retracer. Supposons qu'on ait eu une très fine traçabilité de sa vie depuis sa conception, on se serait aperçu quand et avec quelles conséquences un grand nombre de neurones et de synapses ne se sont pas créés soit dans le ventre de la mère soit au moment de la naissance.

Manet2:
Il était prématuré et l'accouchement s'était mal passé.

Manet1:
C'est une situation très aggravante. A moins de 27 semaines, il n'a aucune chance de s'en sortir sans de très graves infirmités psychomotrices parce que le fœtus a besoin d'être dans le ventre et non à l'extérieur et qu'il doit vivre dans le liquide amniotique, ne doit ni respirer ni se nourrir autrement que par le cordon ombilical, etc … Sa mère doit tout lui apporter. Donc on savait à sa naissance comment il serait toute sa vie.

Manet2:
C'était dans le dossier mais on l'avait caché aux parents. "Soudain", ils se sont aperçus qu'il était sourd. Les médecins niaient ce fait qui était pourtant inscrit dans le dossier médical.

Manet1:
Le précédent primat de Belgique, le cardinal Danneels , un libéral a été remplacé par l'évêque de Namur, André-Joseph Léonard , "un ami" de Benoit XVI. Il est contre l'avortement et il a déclaré à la RTBF qu'il connaissait 200 familles prêtes à accueillir le moindre enfant né avec de graves problèmes physiques ou mentaux.

Pour l'instant, ceci est en partie pris en charge par la Sécurité Sociale. Mais la société s'appauvrissant, on reviendra à la situation d'Henri: il faudra le garder à la maison. Et si on l'euthanasiait dès sa naissance?

Manet2:
On ouvre la porte à une situation que l'on n'est pas sûr de maîtriser.

Manet1:
Très bien, donc la vie de la famille de Henri a été normale et tous l'ont accepté.

Le darwinisme ce n'est pas la grande lutte pour la vie mais : il y a un problème, nous le résolvons – nous avons gardé Henri à la maison, et sa sœur s'en est sorti - son couple, ses enfants, et son insertion sociale. Voilà un raisonnement éthologique.

De nos jours, sans en parler à personne, le médecin prend la décision de l'euthanasie. Hier, il y avait un secret sur l'infirmité que gardait le médecin et aujourd'hui, il garde celui de l'euthanasie. Les parents quittent l'hôpital persuadé que l'enfant est mort de mort naturelle. Et dans les deux cas, seul le médecin est au courant.


- 6 -




Quelle est la synthèse de cet entretien?

Manet2:
je découvre, je partage.

Manet1:
Qu'avons-nous appris de neuf?

Manet2:
Il n'y a pas de neuf. Nous avions déjà parlé.

Manet1:
Avons-nous répondu à la question de l'éducation?

Manet2:
Non. Quand on en est au début de cette réflexion, on ne comprend pas tout. La question initiale était la suivante: aujourd'hui, étant donné l'évolution, les jeunes ont un mal de vivre profond. Ils ne sont plus battants. Il y en a beaucoup qui sont en prison.

Manet1:
Il y en a moins qu'avant! X sort de prison en juin et réfléchit à y revenir. C'est nouveau. La prison devient pour certains un refuge. Dans le passé, des gens mouraient de tuberculose, de faim, d'alcool, ils étaient miséreux, ils étaient battus, il y avait l'assistance publique et les maisons de corrections, les orphelins qui étaient placés et exploités, battus et mal nourris.

Manet2:
je connais une personne qui avait bon an mal an de 5 à 9 jeunes de cette origine qu'ils faisaient travailler à la cravache et qu'il ne payait pas. Certains se défendaient. Mais l'entreprise en vivait bien. Il a fini par être dénoncé.

Manet1:
Revenons aux 7 milliards d'humains!
Ce recruteur n'est pas seul sur Terre. Étant donné qu'en France il n'y a plus d'assistance publique pour fournir une main d'œuvre bon marché, les jeunes vont en prison. Il eut mieux valu qu'il se trouva dans un champ. Nous ne sommes pas dans un self service où l'on choisit ce que l'on veut: il y a soit aujourd'hui et la prison soit hier et la liberté et l'injustice. Toute nouvelle solution est générale.

Pour en revenir aux jeunes, il n'y a pas de malaise. Avant de parler de malaise, il faudrait que nous analysions notre propre histoire et l'influence de notre âge physique sur nos opinions. Quand nous étions jeunes, l'église était influente, et le communisme aussi. En éthologie, toutes les époques se valent. Sauf que chaque matin, pour chaque vivant, la journée risque d'être rude car la vie se passe au quotidien et un petit problème peut en cacher un grand.

Manet2:
Il ne faut pas plaindre les jeunes! Nous n'avons pas la chance qu'ils ont aujourd'hui. Pourquoi ne la prenne-t-il pas?

Manet1:
On va s'arrêter là car cela ouvre un champ nouveau.

Manet2:
Les problèmes ce sont les autres qui les fabriquent!

Manet1:
Quand on dit qu'il y a un problème, ce ne sont plus les seuls 7 milliards d'humains qui sont en jeu mais tous les autres vivants et la nature non-vivante. Nous en sommes au 9° jour de l'inondation de la Pologne la plus importante depuis 100 ans au moins. Des milliers de personnes âgées ont perdu tous leurs biens. Le jour où l'on se marie, il faut penser au contrat et le jour où arrive un enfant, il faut maîtriser la naissance.

Manet2:
Il n'y a pas de fin.

Manet1:
L'éducation c'est l'intégration de l'humain au sein de son groupe. L'entrée se fait à la naissance dans un contexte de mariage monogamique éternelle pour notre continent. D'abord c'est le rôle des parents qui ensuite est relayé par d'autres instances. Même à 55 ans , quand on trouve un travail, il faut aller en formation. Et une fois sur le poste de travail, on ne cesse d'apprendre. L'éducation prend des formes différentes en fonction des âges. On pourrait passer en revue toutes les étapes de 1 à 20 ans.

Manet2:
La cruauté?

Manet1:
Il n'y a que des gens cruels et par rapport à quelque chose.

Manet2:
On te rend cruel!

Manet1:
Non, mais remettons cela à plus tard car il nous faudrait du temps. Il faut toujours revenir aux éléments de base: il y a une ressource et une concurrence pour y accéder et selon l'investissement des concurrents il peut n'y avoir aucune lutte ou bien un combat à mort et de cela que dépendra le niveau de cruauté.

Manet2:
Finalement, il en reste un.

Manet1:
Pour une ressource éternelle de vie mais la Terre est riche.

Manet2:
Les gens sont différents.

Manet1:
C'est lié à la manière dont toute l'enfance et adolescence ont été enregistré dans les neurones et les synapses. Si nous nous parlons, c'est parce que nous sommes des êtres sociaux. Face aux ressources, nous sommes donc et en concurrence et en coopération en même temps.

Manet2:
C'est cela vivre en humain.

Manet1:
Et les fourmis, les termites et les abeilles. Comment cela se passerait-il si nous étions des abeilles?

Manet2:
Je n'arrive pas à l'imaginer.

Manet1:
Tentons une hypothèse. Nous avons déjà penser supprimer la reproduction chez les humains pour la remplacer par les bébés éprouvettes. La grande différence est que chez ces insectes, il y a une seule mère par groupe social et donc tous ceux qui y vivent sont frères et sœurs et descendants d'une même mère. Tous les bébés éprouvettes ne dépendront pas d'un même mère et d'un même père. On ne peut adopter le système des abeilles. Et puis, il faudrait éliminer tous les mâles.

mercredi 12 mai 2010

13° entretien

13° entretien
Manet2 et Manet1
6 mai 2010
( Chine - octobre 2003)


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Manet2:Nous devions reparler de la Shoah.

Manet1:Nous n'avions pas dit que nous y reviendrions aussi rapidement. Pourquoi y revenir?

Manet2:C'est tellement violent!

Manet1:Comment pouvons-nous vivre aujourd'hui après la Shoah?

Manet2:Je ne l'ai pas subi!

Manet1:Tous les Européens devraient porter un deuil éternel après cette action. Nous sommes tous responsables.

Nous ne devions pas y revenir rapidement. Nous renouons avec une discussion menée ce matin avec mon ami Dominique le dominicain qui parlait d'un polonais qui est célèbre ces jours-ci, Jan Karski . Un livre à son sujet vient de paraître. C'était un représentant de l'Armée nationale polonaise auprès des Alliés. Certains disent qu'il aurait été l'un des premiers à porter à leur connaissance le génocide des juifs par les Allemands. Dans ses mémoires, en réalité, il y consacre un passage très court et tout le livre ne concerne que la résistance polonaise. Par ailleurs, il y a aujourd'hui une polémique entre Claude Lanzman et Yannick Haenel l'auteur d'un livre sur Jan Karski qui fait grand bruit. Il avait été interviewé dans la Shoah un film réalisé en 1985 et qui dure environ 8 heures. Jan Karski raconte ce qu'il a vu mais nous ne sommes plus pendant la guerre 39 – 45 mais 40 ans plus tard. Le contexte est différend et il ne peut passer pour un héros.

Pour les Polonais, quelle que soit l'ambiguïté de leur position par rapport à la question juive, cette guerre les a marqué beaucoup plus que les Français ne l'ont été puisque les Allemands les transformaient en esclaves et les Russes exterminaient ses notables. Lors de l'insurrection de Varsovie en 1944, les Allemands, pour se venger contre l'insurrection de la ville, l'ont détruite pendant que les Russes observaient la chose aux portes de la ville et libéraient la pays le 22 juillet qui devenaient, de ce fait, fête nationale de la Pologne communiste. Donc la Shoah a des liens profonds avec la Pologne.


Le contexte en 2010 est différent de 1945 et de 1985. Il semble que les Israéliens sont en train d'éliminer les Palestiniens de la région et il n'est pas possible de les dédouaner avec la Shoah. Il n'y a pas de camps de la mort ni de génocide à proprement parler mais la disproportion des forces en présence étant donné le soutien décisif des USA a pour résultat l'élimination lente des Arabes. En 1947, deux états étaient prévus et la Palestine devait comporter la Cisjordanie qu'Israël ne cesse de grignoter pour implanter des juifs venus du reste du Monde. Dans ce contexte, la Shoah devient un paravent pour des spoliations illégales.

Manet2:Il faut en parler parce que cette violence n'arrêtera jamais dans le monde.

Manet1:Est-ce une affirmation d'ordre moral, du fatalisme? Mais comment envisager cela du point de vue éthologique.

Manet2:Ne tire-t-on jamais de leçons de la vie?

Manet1:Cette question est la manifestation d'une position fataliste. N'y a t il pas une réponse éthologique? L'éthologie ne nous donne-t-elle pas des éléments de réponse sur les raisons d'être d'un tel phénomène?

Manet2:C'est difficile à comprendre.

Manet1:Mais comment peut-on vivre sans réponses? Que se serait-il passé si cela était arrivé à Ferrières. Au N°93, chez des voisins juifs, des miliciens français seraient venus en disant « Bonjour, Madame, ne vous dérangez pas, nous venons simplement éliminer les sales juifs qui sont vos voisins. » ?

Manet2:Sur mon territoire, je réagirais je ne sais comment. Je m'y serais intéressé. Je les défendrais. Mais concrètement, c'est difficile à dire. Je lis les journaux. On ne me demande pas mon avis. Nous sommes des millions ainsi.

Manet1:C'est une réponse morale. D 'un point de vue éthologique, la réponse devrait être différente. Elle apporte un éclairage différent.

Manet2:Cela avance. Il n'y a pas de sentiment et il ne faut pas s'arrêter.



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Manet1:Il faut tenter de raisonner en termes éthologiques. On en revient au JE qui a besoin de ses ressources de vie éternelle. Étant un JE humain, il est sociable et il crée des groupes et il concède au groupe une partie de la recherche de ses ressources.
Tous les matins, le chat se lève et il se met en quête de ses ressources.

Manet2:C'est la vie pépère!

Manet1:S'il vit chez un humain, peut-être mais s'il est livré à lui même depuis toujours, la quête est rude. Mais lui il va tout seul les chercher. Nous, nous travaillons.

Manet2:Nous ne sommes pas tous unis.

Manet1:On verra cela plus tard. Le travail préexiste à ces unités. Le travail, c'est de la recherche collective de ressources éternelles. Cela existe chez les JE sociaux – fourmis, humains et abeilles. Les abeilles butinent et apportent la nourriture à la ruche. La ruche est un état et les humains forment aussi des états. Prenons, par exemple, l'état France et l'état Allemagne. Supposons que l'un des deux manque de ressources. Il va se battre avec son voisin: voilà l'origine des guerres.



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Manet2:Cette guerre semble justifié mais il y a des guerres de possession.

Manet1:C'est la même chose. Il s'agit d'un besoin de ressources éternelles. Celui-ci a besoin pour vivre d'une seule ressource éternelle. Bill Gates a besoin de 40 milliards de dollars. On va dire que Bill Gates c'est de la possession et que ce que nous voulons, c'est notre minimum vital. Pour l'éthologie, quel que soit le niveau du besoin, c'est toujours une quête de ressources de vie éternelle. Les ressources, c'est ce dont a besoin chaque JE là où il est. Le SDF aura besoin de 10 ou 20 euros par jour. Et le soir, il se couchera peut être en se disant qu'il trouvera ou non le lendemain ce dont il a besoin. Bill Gates, sa quête portera sur des milliards de dollars. Nous avons déjà parlé des riches! Nous y reviendrons.

Manet2:Donc nous n'avons pas de défenses? C'est clair. Aider ou posséder, c'est toujours un problème de ressources de vie éternelle. Si c'est pour aider, je suis volontaire. Si c'est pour posséder un bien qui ne m'appartient pas …

Manet1:Nous vivons en 2010.

Manet2:Nous évoluons. « Dans l'absolu, les humains ne s'améliorent pas: ils sont dans une éternelle répétition et ils s'adaptent en permanence".

Manet1:En 2010, nous sommes 7 milliards. Il n'y a plus de no man's land entre eux. A Strasbourg, sur la rive droite du Rhin, il y a l'Allemagne et sur le rive gauche, la France. Si l'on remonte, en l'an mil, il y avait de vastes glacis peu habités qui séparaient les états et qui n'appartenaient à personne. Dans ces zones, selon les coutumes locales, il pouvait y avoir des razzias d'un peuple vers l'autre et ceux qui s'y livraient considéraient que c'était un moyen louable de se procurer ainsi leurs ressources. Ils volaient les biens et emmenaient les populations en captivité après avoir détruits villages et cultures. De retour au pays, ces gens étaient couverts de louanges et de gloire. Nous étions 300 millions et il y avait encore de vastes régions inhabitées ou peu habitées.

Manet2:Plus on avance dans le temps, plus on devrait corriger ce type de comportement.

Manet1:Cela n'a rien à voir avec une quelconque correction: nous sommes trop nombreux pour nous livrer à ce type d'activité. Si dans 100 ans, nous revenons à 300 millions, ce type de comportement refleurira car il y aura de grands vides. Comme il n'y aura plus de voitures ni de communications, les humains redeviendront des étrangers les uns vis à vis de autres. Prendre la bourse et la vie d'un étranger total ne porte pas à conséquence. Par contre, si nous sommes 100 milliards, les données seront plus différentes encore.

Manet2:Il est difficile de rester dans la réflexion éthologique. Tout le monde a envie que les choses changent et que le monde devienne meilleur! Cela n'existe pas? Il n'y a qu'à se laisser vivre!


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Manet1:Bon débat. Notre réflexion éthologique fait des bonds en avant. S'il fallait écrire un livre la-dessus, que mettrait-on comme introduction pour présenter notre problématique? Il faudrait dire que cela ne concerne pas les philosophes, les moralistes, les hommes qui veulent faire du bien. L'objectif de l'éthologie n'est pas de dire qu'ils ont tort ou raison ou quelle est la vérité. L'éthologie fait partie du domaine scientifique et non du domaine moral. Supposons qu'une personne a des conflits dans sa vie professionnelle: il faut analyser ce qui se passe et se défendre ou attaquer selon les circonstances. En 14-18, un soldat français monte au combat: il faut tirer sur l'ennemi, sinon c'est lui qui recevra une balle.

Manet2:Donc la lutte est permanente.

Manet1:Il y a la lutte d'un côté et, de l'autre, la déclaration « il faut que le monde devienne meilleur». Il y aura alors les égoïstes et les altruistes, les méchants et les bons. C'est du domaine moral, de l'engagement, de la philosophie, de la croyance, etc. mais pas du domaine de l'éthologie. Mais contrairement aux théories marxistes ou matérialistes du XIX° et XX° siècles qui se disaient scientifiques et qui traitaient la morale et la philosophie avec mépris - c'étaient des superstitions ou des idéologies – l'éthologie reste dans le champ strictement scientifique. Mais pourquoi arrivons-nous à dialoguer alors que nos positions semblent opposées? Revenons aux personnes détenues que nous côtoyons. Dans le livre sur le cerveau dont nous avons parlé précédemment, il est bien noté que tout ce que nous faisons est enregistré matériellement dans les neurones et les synapses. Si pendant deux mois immédiatement après la naissance d'un enfant, on lui met un bandeau noir qui l'empêche de voir avec son œil, cet œil cessera de fonctionner pour toute la vie car en biologie, les neurones qui ne servent pas, disparaissent. Il n'y a que ce qui sert qui fonctionne. Si on ne parle pas à des enfants, si on ne leur enseigne pas la parole, si l'on saute des étapes d'apprentissage, quels qu'elles soient des plus basiques – marcher par exemple - aux plus élaborés comme jouer d'un instrument de musique – les neurones meurent et les synapses ne se font donc pas. Un enfant qui n'a pas appris à trois ans à discerner la signification des mots ne les discernera plus jamais. Toutes les étapes qui ont été annulées déterminent le profil définitif de l'humain. Nous, visiteurs de prison, nous aurons beau faire appel à la morale, ce n'est pas sur ce plan que nous devons agir.

L'éthologie nous dit qu'il y aura toujours des guerres et il y aura toujours des êtres moraux et des humains de bien mais le but ne sera pas de supprimer la guerre mais de se poser la question comment l'éviter y compris en tenant compte de nos connaissances éthologiques. Comment éviter la Shoah? Dans l'entretien précédent, nous nous sommes demandé si dans le cas d'une famille déficiente, il ne fallait pas lui retirer l'enfant dès la naissance? Tout en sachant que cela pouvait faire plus de mal que de bien car l'enfant est parfois synonyme de rédemption de la famille et la famille d'accueil c'est un autre vivant avec ses forces et ses faiblesses. Personne n'est parfait: les éducateurs peuvent être des gens dévoués ou de parfaits fumistes voire des pervers.

Manet2:En prison, tout le monde ne peut pas être surveillant. Les personnes détenues en attendent beaucoup: une parole, un geste. Pierre Botton, dans Paris Match, explique – il était au-dessus des nuages et ne se rendait pas compte du mal qu'il avait fait. C'est la prison qui l'a remis sur pied grâce à un surveillant qui lui a dit ce qu'était la vie au point qu'il souhaite y consacrer sa vie. Ceci dit, un surveillant est aussi fragile qu'un détenu.


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Manet1:Continuons pour l'instant sur la Shoah. A un moment, le JE humain délègue à l'Etat tout ou partie de la quête de ses ressources de vie éternelle. Dans les relations entre les États, nous allons rencontrer une situation analogue à la rencontre de deux vivants en concurrence pour une ressource de vie éternelle. Il y a une seule ressource. Si elle est partagée, les deux États disparaissent. Un seul doit en disposer. Comment va se faire l'appropriation? L'un s'aperçoit que l'autre est démesurément fort et il se retire. Ou alors, ils se combattent, c'est la guerre. Comme dans les combats de coqs, les deux peuvent périr.

Entre les Juifs et les Allemands, la situation était la suivante: les Juifs habitaient chez les Allemands et ils y étaient chez eux. Mais il y a quête d'une ressource de vie éternelle et à cette occasion, les Juifs sont considérés comme un autre État par les Allemands. Il y a un état de guerre: deux JE sociaux combattent pour une ressource où l'un des deux doit disparaître. Comme les Allemands sont beaucoup plus forts que les Juifs et que les Juifs n'ont aucun lieu où se retirer, les Allemands les éliminent complètement. Ils les poursuivaient dans d'autres pays parce qu'ils souhaitaient s'en emparer et qu'il fallait éliminer les ennemis dont les Juifs – dès qu'ils les rencontraient.

La difficulté à comprendre la Shoah c'est que nous sommes en présence d'un peuple qui à cet époque, bien que fonctionnant en partie sur une base d'État, ne réfléchissait pas comme aujourd'hui à la création d'un État physiquement situé alors que par les Allemands et d'autres états ils étaient perçus comme étatiquement différent. Il y a dans l'histoire, d'autres exemples de peuples sans état.

Nous connaissons les Roms venus semble-t-il de l'Inde dont une partie vit en France. Ils ne cherchent pas à créer un État territorial mais ils développent une certaine forme d'extériorité vis à vis des habitants de la France qui leur donne un statut proche de l'étranger et ils attribuent aux non-Roms un statut d'étranger également. D'où la possibilité qu'ils se donnent de chaparder les populations qu'ils visitent et de vivre selon des règles de vie spécifiques. Ils s'installent où ils veulent et comme ils veulent quand ils y parviennent.

L'état est une notion qui nous vient peut-être de notre passé de civilisation agricole – la culture d'un champ nécessite une installation permanente - que n'ont pas intégré les peuples qui vivent à une autre époque. On pourrait penser qu'ils ont gardé des coutumes de l'époque des chasseurs cueilleurs. N'ayant pas de champs à entretenir, ils n'ont pas besoin de territoire mais ils ont un État dans leur esprit.


Depuis la déclaration de Lord Balfour en 1917 et les luttes sionistes, les juifs se sont mis à se constituer en état territorial, la première fois depuis la dispersion de l'État d'Israël lors de la conquête romaine vers 66 après J C . Les Juifs n'avaient pas de territoire en Allemagne mais ils y constituaient un corps suffisamment reconnaissables par leur religion, leurs coutumes et leur culture. Ils furent perçus à un moment donné comme un état étranger. L'état allemand lui déclare la guerre mais il n'y a aucune voie d'échappement possible car pour les juifs, le territoire qu'il occupait était le leur. Il y avait deux états sur un même territoire sans aucune possibilité de les séparer. Le plus fort étant excessivement fort et le plus faible, excessivement faible, la conséquence en a été l'extermination.

De manière moins excessive, c'est toujours ainsi que se déroulent une conquête d'un état par un autre: il y a assimilation. Des Indiens par les Américains, des Algériens par les Français pendant un certain temps. C'est une explication éthologique et non une justification morale, d'autant plus que pour l'éthologie, tous les JE humains sont frères et même tous les vivants puisqu'ils descendent tous de LUCA.



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Manet2:Il y a une avancée. La création de l'Union Européenne a pour but d'éviter les guerres.

Manet1:Pas d'accord. Tout cela, c'est l'effet de la démographie.

Manet2:Nous aidons la Grèce.

Manet1:Imaginons une guerre en Europe et que l'Allemagne déclare la guerre à la France en 2010. Tout le monde disparaît. La guerre n'est plus aujourd'hui une solution pour départager des ressources de vie éternelle entre deux États. La solution, cela a été de créer l'Europe. Quand on ne peut faire la guerre, on négocie. Et si on négocie, c'est parce que l'on ne peut plus faire la guerre. En Éthiopie, il y a la guerre car la guerre est possible.

Manet2:La paix va se généraliser doucement.

Manet1:Le jour où la Terre sera couverte à ras le bord de population. Si en Afrique, il y avait la même densité de population qu'en France, il n'y aurait plus de guerre car elle apporterait plus d'inconvénient à tous que la négociation. La guerre rapporte plus aux Israéliens et aux Palestiniens car les uns et les autres tablent toujours sur l'élimination totale de l'adversaire à moins que ce ne soit l'un des deux et que l'autre soit strictement en position défensive: depuis 1947, le gagnant net est Israël et le perdant net, la Palestine.


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Manet2:Peut-on réduire le débat aux sorts de nos petites familles? Élimine-t-on dans une famille?

Manet1:Ce n'est pas possible car nous avons délégué une partie de la quête de ressources au groupe et dans les ressources éternelles, il y a la famille. Nous n'avons plus toute la maîtrise sur elles comme nous l'avions il y a 1000 ans. Il fut une époque où un père avait droit de vie et de mort sur ses enfants.

Manet2:Il y a la loi et l'éducation. Nous voulons utiliser tous les mots de la vie courante.

Manet1:La loi et l'éducation sont les deux moyens qui font que la quête de ressources éternelles est confiée à un groupe social. Comme les humains les plus âgés finissent par disparaître, il faut que ceux qui naissent apprennent à rechercher leurs ressources de manière sociale. La loi et l'éducation servent à pérenniser la délégation.

Manet2:Dans la passé, l'homme dominait la femme et cela s'atténue peu à peu parce que l'on accepte que la femme occupe des postes de responsabilité comme Mme Merkel en Allemagne, Mme Bachelet au Chili, dans les entreprises. Cela fait bouger le monde.

Manet1:Nous parlons en éthologie mais pas en morale, en engagement politique ou en sentiment.

Manet2:"Le sentiment est un élément fondamental de l'éthologie humaine!"

Manet1:Car il faut en tenir compte que ce soit le sentiment affectif ou le sentiment moral ou croyance.

Manet2:Il n'y a pas que des croyants?

Manet1:Il peut y avoir une croyance en Dieu ou une croyance en l'humain, au bien, aux valeurs. Cela va au-delà de la foi. Tous ces éléments existent aussi sans la foi. Humanisme, Bouddhisme, etc. Toutes les valeurs qui meuvent les JE humains.

Pourquoi y a t il une plus grande égalité entre les femmes et les hommes. Auparavant nous nous sommes posés la question de l'origine de la prééminence de l'homme dans le passé. Nous avions analysé la situation des chasseurs cueilleurs. Puis nous nous étions étonnés que cette prééminence se poursuive lors de la révolution agricole. L'agriculteur visait à améliorer la gestion de ses ressources matérielles et ses ressources de vie éternelles à savoir ses enfants. Il fallait le plus d'enfants possible parce que c'était de la main d’œuvre, de l'assurance vieillesse, du soutien pour se défendre vis à vis de mes voisins. Dans la civilisation agricole, le rôle de mère de la femme a de nouveau été privilégié. La mortalité infantile était importante. Elle faisait beaucoup d'enfants avec à chaque fois une indisponibilité de quelques mois lorsqu'elle attendait un enfant. Si elle en faisait de 10 à 15, elle ne pouvait aller travailler dans les champs comme l'homme, ni faire la guerre. Quand on est inférieur, on passe derrière.


Aujourd'hui, il y a 7 milliards d'humains sur Terre. Il y a une partie importante qui s'arrête à un ou deux enfants soit un blocage de deux à trois ans dans la vie d'une femme. La vie au travail est très varié avec l'émergence des services qui met les hommes et les femmes à égalité de force. La femme est un JE humain comme un autre et elle exige un partage équitable.

Manet2:Il faut s'occuper des enfants.

Manet1:Il y a les écoles, les crèches, il y a les gardiennes. Ces dernières quand elles ont deux à trois enfants estiment qu'elles peuvent en prendre trois autres pendant la journée. Et pour elles ce sont des ressources de vie. Cela peut changer, mail il y a une quasi égalité entre l'homme et la femme. Quasi, car elle perd trois ans de disponibilité. Cela existe depuis une trentaine d'années. Les hommes ne cèdent pas leur place facilement et il y a de la résistance. Mais ce n'est pas un progrès: c'est simplement du au fait qu'il n'y a rien qui s'oppose à cette égalité.

Manet2:Une mère de 12 enfants travaillait et ne restait jamais à la maison.

Manet1:Elle ne dirigeait pas le couple. S'il avait fallu parlé d'égalité homme / femme à cette époque, il aurait fallu que dans le village de cette femme, dans un ménage ce soit l'homme qui soit chef de famille et dans une autre, la femme. Soit 50% d'hommes chefs de famille et 50% de femmes chefs de famille. Ce n'était vraiment pas le cas. Maintenant il y a beaucoup plus d'égalité et cela pose problème. Les hommes se posent des questions sur ce qu'ils sont. En trente ans, ils ont du désapprendre à être le chef de famille.

Et plus largement mais c'est une question difficile: chez les vivants, y a t il possibilité d'égalité dans un groupe?

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Manet2:En matière de délinquance, il y a trop d'excuses!

Manet1:Il n'y en a pas plus aujourd'hui qu'hier.

Manet2:J'en suis persuadé.

Manet1:Dans le passé, elle avait des allures différentes. Dans la passé, on se faisait détrousser quand on passait d'une ville à une autre. Et l'on ne comptait pas cela comme délinquance.

jeudi 1 avril 2010

10° entretien

10° entretien
Manet2 et Manet1

1° avril 2010
(Urgup - Turquie - mars 2006)



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Manet1:
On peut retrouver la conférence sur "La Matière pense-t-elle" ici. Il est bon que nous ayons eu un certain nombre d’entretiens avant d’aborder ce sujet. Quand l’haploïde féminin rencontre l’haploïde masculin, ils se réunissent dans la première cellule à l’origine de l’enfant. Cette cellule se divise en deux et créent deux cellules filles puis la création s’emballe : 2 puissance 2, 2 puissance 3, puis 4 jusqu’à atteindre les 100 000 milliards de cellules de l’homme mur tout en ayant créé au passage les 80 types d’organes tels que les cellules nerveuses, l’hémoglobine, les cellules osseuses, l’épiderme etc. Les cellules nerveuses seront vierges d’information et elles n’inscriront que l’expérience de vie d’un humain donné. Le « disque dur » de Dolly ce sont les cellules qui lui viennent de l’ADN clonée de sa mère et en ce sens il y a peut-être similarité totale entre les deux cerveaux mais la mémoire enregistrée est complètement différente.



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Manet2:
Après la mort, il n’y a rien ?

Manet1:
Il n’y a rien de nous. Nous rendons toute notre matière à l’environnement. Qu’il n y ait rien d’autre en dehors de cela, nos entretiens ne s’en préoccupent pas.

Manet2:
Parlons de l’agressivité. Être agressif c’est avoir une attitude négative. Mais n’y a-t-il pas une agressivité positive ?


Manet1:
Konrad Lorenz a écrit un livre sur ce thème. Tout dépend dans quel registre nous nous trouvons. Par exemple, on dit qu’à l’école, les jeunes font preuve d’agressivité, que l’on a voyagé dans un pays étranger où les gens étaient agressifs ou bien que nous avons assisté à une réunion où il y avait beaucoup d’agressivité. A chaque fois, il s’agit d’une agressivité différente. Il n’y a pas à proprement parlé d’agressivité en soi.


Manet2:
L’agressivité positive c’est d’aller vers l’avant vers soi-même et vers la liberté.


Manet1:
Nous parlons au nom de tous les vivants. Comment l’appliquer à des animaux ou à des plantes ?

Manet2:
En fait bien qu’on y accole le terme de positif, l’agressivité c’est le mal. L’agressivité négative, c’est lorsqu’on détruit. S’il fallait en parler en termes positifs, il ne faudrait pas utiliser le terme d’agressivité.

Manet1:
Le mot agressivité est péjoratif. Il est synonyme de violence. Violence positive, c’est contradictoire. Dans quel contexte une personne est-elle agressive ? Une personne a peut-être été blessé et tout ce qu’on lui dit provoque de la violence de sa part. Mais s’arrête-t-on à l’agressivité verbale ou va-t-on jusqu’aux blessures et au-delà ?


Manet2 :
Celle-là est négative mais aller vers la liberté ou d’être soi-même, c’est positif même si c’est individualiste et égoïste.


Manet1:
Il y a un antagonisme entre deux humains quand il n’y a qu’une seule ressources de vie éternelle qu’il est impossible de partager sous peine de faire disparaître les deux. Il faut qu’il y en ait un qui disparaisse ou qui cède la place. Nous sommes au centre de l’agressivité. Cela se passe par exemple pour un chat sur le territoire duquel un autre se présente. L’agressivité est liée aux besoins de ressources. Il y a des combats fondés sur le rapport de force physique. Mais il y en a beaucoup d’autres qui sont fondés sur le rapport de force moral. Cette dernière fait partie du domaine psychologique.

Quand nous allions à l’école primaire on nous enseignait que Louis XIV s’était emparé d’une partie des Pays Bas Espagnols et de bien d’autres contrées. Or, au même moment, on nous enseignait la paix et l’amitié des peuples. Que vient faire ici la vision positive de la conquête armée ? On nous enseigne aussi l’amour du prochain et que celui qui utilise l’épée périra par l’épée. La France n’a cessé de s’agrandir depuis l’an mil ! Mais aux dépends de qui ? Et puis arrive Darwin qui parle de lutte pour la vie. Aussitôt tout le monde se ligue contre lui car il affirme à haute voix ce que tout le monde fait. Les 7 coalitions anti-napoléoniennes, ce n’est pas Darwin qui les a inventé. Et puis quand la France conquiert, c’est bien mais si c’est un autre pays qui conquiert, c’est répréhensible d'autant plus si c'est sur notre dos. Si nous allons chez eux, c’est normal, mais s’ils viennent chez nous, nous sommes des martyrs. Quand nous envahissons l’Allemagne au XIX° siècle, c’est glorieux et quand les Allemands nous envahissent en 1914 ou en 1945, c’est un drame. Mais si nous étions allemands, nous réfléchirions de la même manière mais dans un sens symétrique. Et cela est vrai pour tous les états de la Terre. Mais voilà, personne ne veut accepter cette constatation. Et en ce qui concerne l’agressivité, on pensera de la même manière : s’il s’agit de celle de notre camp, c’est une bonne chose et si nous la subissons, c’est le mal absolu.



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Manet2:
Un membre de ma famille est hospitalisé pour un cancer et il doit être opéré dans peu de temps. Il est en retraite depuis le 1° octobre. Il a eu un beau parcours professionnel et sa discussion est intéressante. Il pense que l’humanité est entrée en dégénérescence à cause de toutes les nouvelles choses dont nous nous alimentons, de toutes les nouvelles technologies : nous évoluons et nous nous détruisons.

Manet1:
Il y a du vrai. Mais il faut faire attention au fait que dans notre vision des choses notre âge joue un rôle déterminant. Mon petit fils a 2 ans et demi et il ne possède pas toutes connexions de son cerveau. Il vit dans l’instant parce que sa vision évolue avec la création de ces connexions. Il oublie le passé et il est ouvert au futur. Il y avait une jour une fête des écoles de ma petite fille. Et soudain, on s’est retrouvé au milieu de 200 enfants qui tous avaient leur vie personnelle comme nous l’avions à cette époque. Souvenons nous des ces années d’intense impression entre 5 et 10 ans. En plus, les rapports entre ces jeunes sont très durs parfois plus que ceux que l’on rencontre dans la vie d’adulte. Mais leur univers est très étroit : les adultes qui les entourent leur font une grande impression. Et pour tous les enfants, c’est la même chose. Nous sommes à l’intérieur d’un véhicule qui change de configuration chaque jour. Notre vision d’aujourd’hui est liée à notre âge.


Manet2 :
On raisonne, pourtant!


Manet1:
Oui, mais si quelqu’un dit, le monde va dans le mur, c’est inexact. C’est lui qui va dans le mur et c’est sa pensée qui l’y conduit. Si nous avions l’age de nos enfants, entre 30 et 40 ans, notre première préoccupation ce serait le travail, dans la journée, et les enfants, le soir. Nous n’aurions pas le temps de nous poser des questions sur l’évolution du monde. Donc nous devons nous méfier de la subjectivité de ce que nous pensons. Il y a le temps que vivent les petits enfants, celui que vivent les enfants et le notre.


Manet2:
Cela se reproduira toujours. Ce serait bien si on était grand-mère avant d’être mère.

Manet1:
Nous ne sommes jamais plus malin ou plus bête à un âge ou à un autre. Dans l’entretien n° 8 nous avons affirmé que l'âge ne changeait pas mais qu'en 2010, il y avait - supposons - 300 000 000 de personnes de 60 ans et en 2011 un peu plus. Par conséquent, chaque année il y a presque autant de gens par tranches d'âge de 1 à 100 ans. Le fait que chacun en particulier prenne un an chaque année a très peu d'importance. C'est ainsi que nous vivons: tous les vivants que nous ne connaissons pas ne changent jamais d'âge.


Manet2:
Comment peut-on être autrement quand on a 8, 15, 25 ans.

Manet1:
On ne peut pas être autrement. Quand on est vieux on est porté à confondre la fin de sa vie avec la fin de la vie, la fin de tous les vivants.
 
Manet2 :
On se détache.

Manet1:
Si on se détachait, on serait indifférent et on ne dirait pas que le monde se détériore.

Manet2:
Dans notre courte vie on a porté des choses.

Manet1:
Essaie quand même de multiplier cela par les 7 milliards de vivants.


Manet2:
Tout le monde a porté des choses ! C’est un petit passage et l’on a avancé. Qui raisonne ? Qui fait des livres ? Il faut avoir un certain âge pour raisonner et écrire. Ce sont les personnes d’âge mûr qui discutent, qui font des découvertes fondamentales.

Manet1:
C’est sans intérêt.


Manet2:
On s’y arrête quand même ! Ce que nous faisons ici n’est pas sans intérêt ! Je ne serais pas là ! Un jour je vais tout reprendre et en faire de courts résumés afin de bien le comprendre et de pouvoir l’expliquer. Mais c’est parce que je m’arrête à ce projet. Ce projet m’embarque et me fait découvrir. Cela m’apporte pas pour le garder comme un secret mais pour le faire découvrir à d’autres.


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Manet1:
Nous sommes en plein dans notre sujet. Du point de vue de nos entretiens éthologiques, c’est un hasard que l’un ou l’autre nous soyons encore en vie. Prenons les 108 milliards d’humains sapiens. Nous faisons partie des 7,8 milliards qui sont en vie. Si pour des raisons externes – une astéroïde analogue à celle qui a fait disparaître les dinosaures – ou des raisons internes – des guerres, par exemple – si au lieu d’être 7,8 milliards nous n’étions que 400 millions, peut-être que ni l’un ni l’autre ne seraient là.


Manet2:
Peut-être !


Manet1:
C’est donc le hasard. A l’inverse, nous avons peut-être raté des évolutions importantes qui auraient du nous amener aujourd’hui à 16 ou à 30 milliards. Tout ça c’est le hasard. Quand nous disons « nous discutons, etc.. etc.. », nous construisons un discours sur une somme importante de hasards. Hasard que nous soyons en vie, hasard que nous soyons très nombreux ou peu nombreux. Mais ce qui reste incontestable, c’est que le matin, il faut prendre son petit déjeuner, le midi, le déjeuner, et le soir, le dîner. Nous pouvons nous arrêtez de nous alimenter un jour, deux jours ou un peu plus. La faim peut être surmontée jusqu’à 60 jours mais la soif deux ou trois jours seulement.

Ce qui est important, ce sont les ressources de vie éternelles. Nous avons réussi contrairement au mouton qui passent douze heures à quatre pattes à se nourrir quotidiennement à n’y consacrer que 30 minutes la matin, le midi et le soir. Mais pour ces trois demi-heures, nous, non car nous sommes retraités mais tous les gens entre 20 et 60 ans passent au moins 8 heures sur 5 journées à travailler dans un système qui s’impose définitivement à eux car il n’est pas question d’y échapper. Nous choisissons notre travail mais nous ne choisissons pas de ne pas travailler. Chaque jour l’environnement évolue et nous évoluons en fonction de lui. Il y a parfois de grands mouvements d’évolution : des tremblements de terre comme à Haïti où 200 000 personnes disparaissent, un tsunami qui en emporte 500 000, un été torride qui provoque la mort de 15 000 personnes âgées, la grippe, etc. L’essentiel est de vivre aujourd’hui ou jusqu'à demain.

Notre débat contribue à nous adapter à l’environnement. Nous discutons pour anticiper les réalités pour nos enfants, pour les autres, les détenus, la société. Nous nous occupons de détenus pour apporter de la paix sociale.




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Manet2:
Nous voulons comprendre.


Manet1:
Nous voulons vivre donc comprendre pour vivre. Nous sommes des êtres sociaux. Il y a un partage du travail : il y a ceux qui font le pain, les saucisses, la musique, les livres. Si au lieu d’être des milliards nous n’étions que 100, nous ferions tous plus ou moins la même chose. Le matin au réveil nous mettrions de l’ordre dans notre nid. Puis il faudrait aller dans le bois courir après les bêtes s’il en reste. C’est parce que nous sommes plus nombreux que nous faisons des choses plus détaillées. Au fond, nous sommes toujours dans la même situation où se trouvait ces quelques dizaines de personnes. Quand on voit un pianiste, il faut se demander quelle est sa fonction. Si nous étions 100, nous serions tous en train de chanter. Dans cette vie, nous nous sommes fortement spécialisés et avons laissé le chant à un groupe.

Manet2:
Chaque vivant recherche ses ressources de vie éternelles qu’il soit bon ou méchant. C’est une lutte.

Manet1:
Si nous étions des chats, si deux d’entre eux se présentaient pour une seule ressource, la bagarre désignerait le vainqueur. Nous sommes sociaux, il y a d’un côté création de beaucoup de ressources et de l’autre, une redistribution. Mais nous sommes dans la lutte. Et quand il ne reste plus qu’une ressource pour deux, il y a élimination de l’un des deux.


Manet2:
Nous sommes tous différents.


Manet1:
Oui, 108 milliards d’humains différents. Puis tous les animaux qui sont différents et enfin tous les vivants, plantes y compris.

Manet2:
Dans notre quotidien, 24h sur 24, nous n’avons pas ce souci-là.

Manet1:
Mais, si ! Cela n’affleure pas à notre conscience. Quand nous prenons notre repas, nous ne disons pas, il faut que je mange.


Manet2:
Il y a beaucoup de souffrance : individualisme, mépris, guerre, sentiment de supériorité, jalousie, violence…

Manet1:
Tous ces éléments-là ne sont que la traduction dans un environnement social de la lutte d’un chat contre un autre chat. Le chat est individualiste et nous sociables. Cela prend les allures de méchanceté, de jalousie etc. Et comme nous sommes, à l’image des fourmis, organisés en sociétés fort structurées , la guerre en est le résultat. C’est la manière dont deux sociétés entre en concurrence. Napoléon fait la campagne d’Italie et quand il revient il a des chariots remplis des biens de la société qu’il a vaincu : des statues, des tableaux, des bijoux etc. Et comme par hasard, on ne parle jamais des rapines qui résultent de toutes les conquêtes que fait un pays sur un autre pays. Le Louvre en est rempli et on ne dit pas aux visiteurs voici les fruits des rapines de Napoléon, de Wellington ou de Pierre le Grand.

Manet2:
Il suffit d’un homme pour provoquer cela !

Manet1:
Nous en avons parlé dans notre deuxième entretien : le dirigeant est la personnalisation d’un groupe. Si le président de la république fait ce qu’il veut c’est parce qu’une majorité de gens acceptent positivement, en le soutenant ou négativement, en ne l’attaquant pas, acceptent ce qu’il fait.

Manet2:
C’est vrai pour Hitler !

Manet1:
Bien entendu. Staline aussi.

Manet2 :
Ce n’est pas si net que cela !

Manet1:
Nous sommes en concurrence. Peut-être nous discutons ici mais nous sommes en concurrence. A fleuret moucheté. Nous touchons aussi du doigt ce qui contrebalance cela : le couple monogamique éternel. A un moment donné pour créer un enfant, nous sortons de la problématique du chat où tous sont en concurrence pour une ressource éternelle et là il y a cristallisation / fusion en vue de la vie éternelle. De toute manière, nous vivons toujours dans un contexte de vie éternelle et nous ne pensons pas à chaque instant à la mort que ce soit à l’instant ou dans 533 jours.

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Manet2:
Nous avons beau parler de milliers ou de milliards d’années, nous sommes à un moment donné et nous nous trouvons là.


Manet1:
Nous nous posons la question sans pouvoir y répondre : mais que sont donc les vivants ? Cette question, c’est une impasse. Car quand nous nous posons cette question nous devons nous rappeler que nous sommes dans un processus qui a commencé il y a 3 milliards d’années. Nous devons sortir de notre spécificité d’humain sapiens et nous rejoignons tous les vivants. Donc notre passé, c’est trois milliards d’années et non trois millions. A ce moment-là, il y a des mono cellules. Pourquoi se constitue un corps aussi complexe que le notre, celui des fourmis ou celui des arbres ? Il semble que ce soit une réponse aux impératifs des vivants. Des cellules vivantes apparaissent dans la mer. Puis il y a 600 millions d’années et les corps s’agrègent. En quoi ? en gâteaux plats, dans le fond de l’eau. Il y a les cellules autotrophes qui peuvent rester sur place. Elles essayent de rester sur place. Elle s’enracinent, puis augmentent tout en coopérant. Une mitochondrie est un bacille qu’une cellule a capté pour l’aider dans sa vie. La cellule est devenue plus complexe. Puis il y a les gâteaux qui vont se sceller dans la terre et celles qui vont monter. Les hétérotrophes doivent se déplacer. Il y a des pattes qui apparaissent partout comme pour les étoiles de mer. Mais c’est insuffisant. Alors vont apparaître des mille-pattes, des animaux à nageoires puisque nous sommes toujours en milieu aquatique. Cela va améliorer les déplacements. Nous avons parlé de protostomes et de deutérostomes : le gâteau s’enroule. Ceux qui vont se renforcer de l’extérieur avec un squelette externe vont devenir des insectes et ceux qui vont se renforcer de l’intérieur avec un squelette externe sont à l’origine de tous les animaux dits vertébrés. Chacun va lancer des pseudopodes, des faux pieds qui seront à l’origine des vrais pieds qui deviendrons ensuite des mammifères.

Manet2:
Tout cela, à l’origine, ce n’était pas palpable ?

Manet1:
Mais si: certains de ces gâteaux apparus à cette époque lointaine des débuts existent encore aujourd’hui comme les étoiles des mers ou les oursins qui ont passé toute l’évolution sans changer ni disparaître. Cela a commencé à partir du moment où une cellule est entrée en union avec une autre cellule, alors qu’à, l’origine elle se nourrissait toute seule. A présent elle se spécialise. Une partie des cellules vont rester en contact avec l’extérieur. Elles vont donner des signaux de danger. D’autres vont faire passer du liquide pour que d’autres se nourrissent. Il faudra apporter de la nourriture à toutes les cellules qui auront une spécialisation. Et enfin il y aura la fonction de reproduction parce que l’objectif, c’est la vie éternelle. Donc notre histoire, ce n’est pas grand maman et grand papa mais les cellules d’il y a 3 milliards d’années. Et c’est par rapport à elles que nous devons penser ce que nous faisons aujourd’hui et quel est notre plan.

Manet2:
Mais pourquoi attend-on toujours que ce soit l’homme qui répare ce qui ne va pas : les digues en Bretagne. Les catastrophes naturelles, l’homme en est-il responsable ?

Manet1:
Non, les hommes ne sont pas responsables des catastrophes naturelles. Continuons. Il y une crêpe qui se recouvre d’une peau qui signale les attaques. Les yeux apparaissent : ce sont des parties de la peau qui deviennent sensibles à la lumière car elles sont proches du cerveau. Puis les humains vont transformer leur environnement. La digue c’est une sorte de suite de l’aménagement de sa maison. Il ne corrige pas la nature. Chaque espèce considère toute la nature « morte » et « vivante » comme étant à son service. Quand un humain voit la mer, il dit « Dieu a créé la mer pour mon plaisir ». Avant les humains habitaient loin des mers. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Si l’eau monte, on bâtit une barrière. C’est une forme de clôture au fond du jardin. Mais l’eau et la mer sont indifférentes à l’humain. Là où les courants changent, la terre est entamée. Il y a 100 000 ans, toute l’Angleterre était rattachée à la France depuis la Bretagne jusqu’aux Pays Bas.

Manet2:
Les humains sont responsables de la fonte des glaciers ! C’est ce que disent les journaux.

Manet1:
Les journaux se trompent car ils ne s'intéressent qu'à leurs lecteurs. Un humain fait un feu, il se nourrit et se réchauffe. 7 milliards d'humains font un feu et ils modifient le climat à leur dépends. Mais qui doit éteindre son feu et combien de vivants sur les 7 milliards doivent cesser de se chauffer pour que les lecteurs du journal retrouvent leur paix.

Manet2:
Et moi avec mon petit passage sur Terre …

Manet1:
De quoi sommes-nous responsables ? Nous allons reparler des vols de millions de pigeons au XIX° siècle. Quand ils se posaient dans les arbres, ils faisaient beaucoup de dégâts. Ils étaient responsables.

Manet2:
On n’en faisait pas un événement.

Manet1:
Nous avons nos mains et avec la parole, cela donnent des écrits. Notre objectif en tant qu’êtres humains, ce n’est pas d’être 7 milliards mais mille milliards d'humains. Il suffit de voir quel est notre potentiel à procréer. Une femme peut avoir 20 enfants et un homme, 800. Ce potentiel, tous les vivants l’ont également. Les pins aussi mais nous les coupons. La parole et l’écrit contribuent à notre mission de nous répandre. Si nous les employons, c’est pour améliorer notre action. Quand nous disons que nous sommes responsables, c’est que nous constatons que nous avons fait une erreur dans cette voie et qu’il faut d’urgence nous corriger. Si nous le pouvions, nous irions dans les trillards de trillards de trillards d’étoiles.

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Manet2:
« Ce trou noir nous permettra de savoir d’où nous venons et où nous allons »


Manet1:
le CERN ( wikipedia: L'Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire ) a construit, non loin de Genève, le LHC qu’on appelle en français le Grand collisionneur de hadrons. L’objectif est d’aller au-delà des limites connues aujourd’hui dans l'infiniment petit et l’infiniment puissant de la matière. Certains opposants ont prétendus que l’on risquait de provoquer un trou noir ( wikipedia ). Tout corps produit de la gravitation. Plus il est grand, plus la gravitation est puissante. Si nous pesons 70 kg sur Terre, sur la Lune qui est beaucoup moins massive que la Terre nous pesons 6 fois moins mais sur le soleil, 26 fois plus que sur la Terre, soit 1, 820 tonne ( ilsera ). Cette pression qui s’exerce sur nous quand nous sommes sur le soleil s’exerce également sur la matière. Si l’objet céleste est immensément plus grand que le soleil, il arrivera un moment ou la matière va s effondrer sur elle-même. Souvenons-nous du vide qui existe dans un atome entre le noyau et les électrons. Cet effondrement entraîne une diminution du volume de l’objet céleste mais pas de son poids. Il avale tout ce qui est à sa portée y compris la lumière. D’où le nom de trou noir. Le collisionneur n’a pas créé de trou noir sinon nous aurions tous été avalés mais il permet de progresser dans nos recherches. Il semble que l’on trouve des trous noirs au centre des galaxies comme on trouve des étoiles au centre des systèmes solaires. « D’où nous venons » : le LHC devrait nous apporter des informations sur les conditions de Big Bang, il y a 13,7 milliards d’années. Ce sera des informations sur l’univers mais pas sur les vivants et encore moins sur les humains.


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Manet2:
En 30 ans, les français sont plus grands en moyenne de 5 cm que leurs prédécesseurs.

Manet1:
C’est une règle générale : les vivants qui trouvent des conditions très favorables deviennent de plus en plus grand et à l’inverse, quand les conditions de détériorent de manière constante, ils diminuent. L’éléphant africain des savanes fait 4 m au garrot, l’éléphant des Indes, 3 m et l’éléphant de Sicile, disparu il y a plus de 11 000 ans, faisait 2 m.