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jeudi 30 septembre 2010

25° entretien

Manet2 et Manet1
25° entretien

Relecture du troisième entretien
du Jeudi 4 février 2010

- 1 -
Sigmund Freud



MANET2
Lors de la précédente session, nous avons repris des éléments de la première séance: les sectes, les planètes, les catastrophes, la solitude ainsi que le bonheur mais nous ne l'avons pas traité.

MANET1
On avait également parlé de la prostitution.

MANET2
Oui mais nous n'étions pas tout-à-fait d'accord. En effet, quand tu pars sur une ligne, tu es dans un monde où il faut avancer. Moi, je serais plutôt interpellée par ce qu'on laisse de côté. Et la prostitution, avec le recul, je ne la vois pas comme toi.

MANET1
L'une des raisons pour lesquelles j'ai introduit ce sujet – c'était une introduction un peu arbitraire – c'est parce qu'il y avait une chose qui me gênait dans le déroulement de nos entretiens. On restait toujours dans des généralités acceptées et consensuelles, qui font plaisir à tout le monde.

As-tu entendu parlé de Freud. Cet auteur parle du conscient et de l'inconscient. Pour lui l'inconscient est aussi important que le conscient. Mais dans l'inconscient, il se passe des drôles de choses. Il s'y trouve bien des choses que l'on refoule. Et parfois, on refoule des choses fondamentales. Elles sont refoulés ou bien du fait du sujet ou bien du fait de la société. Et dans les comptes-rendus de ses psychanalyses, Freud montre que la sexualité fait partie de ces éléments fortement refoulés qui ont des conséquences visibles et néfastes sur les personnes qui deviennent, en quelque sorte, infirmes.

MANET2
Peux-tu donner des explications plus détaillées?

MANET1
Nous allons prendre un exemple. Ce sera un cas dramatique.
Freud avait une fille, Anna Freud, qui à la mort de son père a repris le flambeau du freudisme. Anna était obsessionnellement amoureuse de son père. Elle n'a jamais réussi à s'en libérer et à mener une vie amoureuse avec un homme.Sa vie sexuelle, c'était la masturbation enveloppée dans le manteau de son père. L'auteur même du freudisme n'avait pas les moyens de guérir sa fille de ses problèmes sexuels. 

Le freudisme a pour but de pénétrer l'inconscient des patients pour leur permettre de surmonter des situations dramatiques. La psychanalyse sert à faire remonter à la surface un certain nombre de pensées qui ont été refoulées et qui empêchent une personne de vivre psychologiquement équilibrée. On parle du divan du psychanalyste sur lequel s'allonge une personne qui suit une cure psychanalytique. Elle ne regarde pas son psychanalyste dont le rôle essentiel est d'écouter et de relancer de temps en temps le récit du curiste sans le diriger car il risquerait de l'amener à son interprétation. On parlera de transfert positif ou négatif selon que le curiste aura une image favorable ou défavorable de l'analyste. Or il faut rester dans le neutralité totale et c'est au curiste de retrouver son histoire. Il va parler de ses rêves, de son enfance ou de tout autre évènement qui pourra lui paraître significatif ou utile pour lui. Les séances peuvent être cadencées ou non. Une analyse peut être courte ou très longue, s'interrompre ou non et se terminer par un résultat ou sans résultat.
Le curiste peut souffrir psychologiquement ou physiquement. Il peut y avoir toutes sortes de troubles gênants ou non: des tics, des troubles de la mémoires, des névroses et de l'hystérie. Des gens ont différentes phobies légères ou très lourdes. Et si celles-ci sont en lien avec l'histoire de leur psychisme, on peut espérer une guérison. Car il peut y avoir eu des refoulements douloureux: un enfant perd la parole le jour où il voit son père commettre un acte grave ou interdit sur un membre de la famille.

MANET2
Cela signifie-t-il que ce type de personne ne peut vivre normalement sans l'intervention d'un psychanalyste? On trouve des gens souffrants de ce type d'affection dans les classes aisées, chez les gens du spectacle. Certains interrompent leur cure car elle ne les satisfait plus et d'autres n'osent le faire par excès de timidité. A quelle époque remonte la psychanalyse?

MANET1
Elle remonte à Freud qui a vécu de 1856 à 1939.

MANET2
Il part de sa propre expérience. Comme ce type de personnes savent toucher les humains, n'ont-ils pas tendance à utiliser l'humain pour eux-mêmes, dans le cas de Freud, pour faire sa propre psychanalyse.

MANET1
Le travail de l'analyste c'est d'amener le curiste à faire sa propre psychanalyse.

MANET2
Mais Freud, ni aucun humain, n'est un dieu. Donc Freud ne possède pas la vérité.

MANET1
Personne ne dit qu'il la possède. Nous parlons de lui parce qu'il a introduit dans la pensée psychologique européenne, la notion d'inconscient. Avant lui, l'inconscient c'était un ratage de la conscience: "j'ai fait ce geste inconsciemment". Selon sa théorie, l'esprit humain est constitué de trois niveaux: le moi - contradictoire et conscient -, le surmoi - les règles de la société que j'accepte sans me poser de questions et le ça - tout ce qui est l'intérieur de moi et qui n'affleure qu'au travers des rêves, des lapsus ou des pulsions inconscientes dont la pulsion de la libido ou la pulsion du plaisir. Si les pulsions sont refoulées et mal refoulées, elles peuvent entraîner un déséquilibre de la personnalité. Avant Freud, on ne reconnaissait qu'un univers rationnel et un univers religieux.

MANET2
Quand on vit et qu'on progresse dans la société, on n'a pas besoin de Freud!

MANET1
Ford a inventé la première voiture populaire. Aujourd'hui cela nous laisse indifférent mais tous les Français ont une voiture. Freud a inventé un certain nombre de notions qui sont devenues d'usage courant.

MANET2
Je n'ai pas lu Freud. C'est ma vie qui m'amène à penser comme je le fais.

MANET1
La plupart des gens aujourd'hui n'ont pas besoin de le lire. Nous vivons en démocratie, pourquoi lire la déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen puisque globalement elle s'applique. Ou le code civil ou la constitution de la 5° république. Si nous parlons de pulsion ou de sexualité aussi facilement, c'est grâce à Freud. Notons quand même que pour l'éthologie, ce n'est pas un humain particulier qui change le cours des choses. Si le discours de Freud passe, c'est parce qu'au moment où il s'exprime la société peut l'entendre et qu'elle était inconsciemment en attente. Galilée est arrivé trop tôt et on l'a menacé du bucher s'il ne se contredisait pas.
Ce qu'ajoute Freud par rapport à l'éthologie, c'est le domaine de l'inconscient. Nous disons que tous les vivants sont frères. Mais, tous les vivants ont-ils un inconscient? Nous n'en savons rien.

L'éthologie court un risque analogue: si on reste au conscient ou au consensus, on ne pourra pas approfondir les choses et on refoulera les sujets difficiles. Il faut aborder des choses plus dures et plus douloureuses. C'est pour cette raison que nous en sommes arrivé à la prostitution. Autre exemple de refoulement: on ne parle pas de la mort. Si on reste dans notre conversation humaniste, la mort c'est une chose qu'on laisse aux vieux...

MANET2
On la repousse...

MANET1
On la laisse aux vieux car on comprend très bien que les vieux commencent à s'occuper de la mort mais par contre on estime que les jeunes ont vraiment d'autres chats à fouetter: le travail, les enfants, le bonheur, la construction de la maison et tout ce qui se fait dans la vie. Or la mort n'est pas uniquement un problème de vieux. Dans ses mémoires, l'Irlandais dont nous avons déjà parlé revient sur la mort de son fils de 10 ans qui était parti à la chasse aux œufs de mouettes avec son ami. Il se trouve que les mouettes, pour se protéger des autres prédateurs dont l'homme, construisent leurs nids dans des endroits très périlleux pour eux. Ce qui devait arriver, arrive: le fils tombe de la falaise et flotte pendant un certain temps dans l'eau avant d'être repêché et enterrer.

- 2 -
Comment analyser la mort en termes éthologiques?

Au XIX°, la mort d'un enfant avait un retentissement moins important qu'aujourd'hui car cela arrivait plus souvent. On était très heureux quand l'enfant parvenait à l'âge adulte. Il y avait la diphtérie, la rougeole et toutes sortes d'autres maladies ou épidémies. On y était habitué, on faisait des enterrements, la mère pleurait, les parents pleuraient et après il fallait se remettre rapidement au travail car la vie était plus difficile. Aujourd'hui le retentissement est plus profond car c'est plus rare, c'est considéré comme un grave échec et on se culpabilise. Nous avions des amis dont un enfant s'était noyé au fond du jardin. Il avait 3 ans. Il s'appelait Pierre. Un autre est né, ils l'ont appelé Simon en souvenir de Simon Pierre, l'apôtre. Quand la famille est fragile psychologiquement, cela dure toute la vie, et dans notre cas, cela se répercute sur Simon qui traîne cela toute sa vie et si lui ne jugule pas la situation, il va transmettre cela à ses enfants donc à la troisième génération. Du point de vue éthologique, un enfant qui tombe, cela est du à la gravitation terrestre.

Tu es au fond du jardin et avec une bêche tu détruis une fourmilière, c'est un événement analogue qui se passe. Voilà un regard différent de celui que l'on a d'habitude de porter sur ce sujet. Comment réagissent les fourmis? Elles ne sombrent pas dans le fatalisme et se mettent au travail. Elles transportent les œufs, elles reconstruisent la fourmilière, ça va dans tous les sens, il y a de l'activité intense partout. On y trouve des points communs avec nous. Certes, le cerveau de la fourmis doit avoir entre 10 et 100 000 neurones alors que le notre en comporte 100 milliards donc on ne peut pas dire que la fourmi a un sentiment comme nous ou qu'elle va penser comme nous. Sauf si l'on compare le coup de pelle dans la fourmilière et le séisme en Haïti où des humains essaient de sortir les gens qui sont encore vivants et n'y parviennent pas. On dit aujourd'hui que 200 000 humains sont morts alors que l'on se doutait dès le début qu'il y aurait un aussi grand chiffre de victimes. Cependant, jamais quelqu'un n'aurait dit "perdu pour perdu, ne faisons rien". Il y a donc bien une relation entre des deux évènements, entre le coup de bêche et le séisme et la manière dont d'un côté les fourmis et de l'autre les humains se comportent.

- 3 -

MANET2
Le séisme de Haïti: il y a ceux qui ont perdu des proches et qui ont de la peine. Mais a-t-on le droit de parler du sentiment? Les gens qui sont venus en aide ne ressentent pas ce que ressentent ceux qui ont perdu des proches. Ceux-là ont besoin d'aide. Quand on connaît le pays! Moi je divise cela en trois parties...

MANET1
Ce n'est pas ce que je voulais dire.

Il faut que nous trouvions une échelle où l'on puisse dire, sans les réduire les uns aux autres, que ces deux évènements c'est la même chose. En éthologie, on ne peut pas descendre au niveau des sentiments à cause du différentiels des neurones et aussi des différences des réactions par rapport à un événement.
Mais il y a un niveau qui nous rapproche: l'alarme, puis l'affolement du début – comme aux premiers jours du séismes avec les aides qui arrivent ou non, avec les réunions désordonnées aux États-Unis, en Europe et ailleurs, les inepties qui sont dites, les gens qui arrivent et qui ne savent où aller. Par la suite, arrive la consolidation, on a fait le deuil de ceux qui de toute manière étaient perdus. Les fourmis après la phase d'alarme reviennent à leur organisation hyper sociable – ce sont quasiment des robots. De nouveau elles font leur terriers, elles vont chercher de la nourriture, elles nourrissent les larves, la reine se remet à pondre et tout rentre dans l'ordre. Pour le séisme d'Haïti cela va être la même chose. Dans un ou deux ans, on va reconstruire et peu à peu cela va rentrer dans l'ordre comme c'était avant le séisme. Il y a eu des morts et il y a des transformations. Si l'on prend ce schéma là : un élément extérieur catastrophique, l'alarme, l'affolement et peu à peu le retour à la normale, ces 5 étapes sont identiques chez les fourmis et chez les humains sans que l'on soit obligé de dire l'humain est une fourmi ou la fourmi est un humain ou bien c'est « comme chez les fourmis » ou « c'est comme chez les humains ».


MANET2
J'ai un point de vue différent. Depuis toujours j'ai prêté peu d'attention à la fourmilière. On entend pas les fourmis se battre ou discuter, on ne parle pas du bien ou du mal contrairement à Haïti. On y a vu du dévouement, des réseaux d'enlèvements d'enfants. Comme dans les guerres, ce qui est mauvais pour l'un est bénéfique pour l'autre. Et cela continue tant que le monde est monde. Les humains ne vont pas tout faire pour que Haïti atteigne le niveau de l'Europe ou des États Unis. Nous connaissons bien la situation d'Haïti. Cela ne va pas changer.

- 4 -
La reproduction

MANET1
Chez les humains, des éléments de la reproduction sont placés dans le non-dit. Chez eux contrairement à la plupart des autres animaux, la fertilité est permanente.

MANET2 les humains sont donc bien différents!

MANET1 C'est un problème éthologique, un problème de comportement dans le domaine de la reproduction. Chez chaque espèce, le reproduction prend un chemin particulier alors que structurellement, il y a une proximité entre tous. Tous les animaux ont potentiellement la capacité à avoir une fertilité permanente. A l'inverse, les humains ont également la capacité à n'avoir tous les ans qu'une saison de fertilité. Si les uns et les autres sont allés dans des sens différents c'est parce que pour chaque espèce, étant donné son évolution, le sens choisi est optimum. Nous ne travaillerons pas ici sur les hypothèses qui expliquent les uns et les autres. Ce n'est pas nécessaire pour constater que les choix sont différents alors que les potentiels sont identiques.

Le singe hurleur noir est monogamique éternel comme l'humain. Un jour un mâle cristallise avec une femelle et s'il n'y a pas d'accident, ils vivent ensemble jusqu'à leur mort.

Le gorille mâle vit avec un harem de gorilles femelles. Quand il décline, il se fait déposséder de son harem par plus jeune et plus fort que lui. Entre la prise de possession du harem et sa dépossession, le harem aura évolué, les petits seront devenus adultes et se seront éloignés, les femelles les plus âgées seront mortes et auront été remplacé par des jeunes. Une fois expulsé, le vieux gorille s'éloigne et termine sa vie, solitaire.

Certains babouins sont matriarcaux, c'est la femelle la plus élevée dans la hiérarchie qui réglemente le groupe avec les conséquences sur les règles de reproduction mais les mâles restent les plus forts physiquement.

En comptant l'humain, nous voici avec quatre modèles éthologiques de reproduction chez les mammifères et plus précisément chez quatre espèces de l'ordre des primates.

MANET2
Chez l'humain, il y a plusieurs catégories, plusieurs espèces et plusieurs modes de vie.

MANET1
Chez l'humain, il y a une seule espèce qui comporte 6,7 milliards de vivants.
Il reste environ 100 000 gorilles de diverses espèces. En 1960, il restait un million de chimpanzés - également de plusieurs espèces, et aujourd'hui moins de 150 000. Les grands singes sont en voie d'extinction du fait de la chasse qu'en font les humains. Chaque espèce a son mode de vie familiale et de reproduction.
Quand on est à l'intérieur de l'espèce, les règles éthologiques s'imposent de manière quasi inconsciente: on ne peut y échapper.
Chez les humains, il existe des cultures différentes c'est-à-dire des variantes du modèle éthologique de reproduction. Chez les Européens dominent le mariage monogamique éternel alors que chez les musulmans arabes et non arabes, existe le mariage polygamique éternel avec cette nuance qu'il est plus inégalitaire que la mariage monogamique dans sa liaison père et mère mais aussi stable dans sa liaison parents et enfants.
Dans le mariage monogamique humain, il y a garantie des ressources de vie sur la base de la reproduction en application de la règle générale que tout vivant, animal ou végétal, a besoin de ressources de vie et de ressources de reproduction. Le mariage c'est la fusion de ces deux ressources: la vie quotidienne et la vie sexuelle y sont intimement liées.
L'avantage de la fusion tient d'abord au fait qu'un vivant plus un vivant c'est plus que deux vivants. Si l'on augmente le nombre d'individus dans un groupe, la règle reste valable. C'est pourquoi, chez les humains, il y a des groupes de plus en plus important: des communes, des entreprises et des états entre autres.
Chez les humains, chaque vivant porte un nom qui lui est propre. Lorsqu'un chat rencontre une chatte, ils font des petits. Un à deux ans après la naissance, les petits sont devenus étrangers à leurs parents. Chez les humains, l'enfant reste l'enfant de ses parents toute sa vie et même au-delà. C'est l'une des bases de la société. C'est ainsi qu'était fondé la royauté et il y a beaucoup de gens qui ont de grands arbres généalogiques. Le couple monogamique éternel est le ciment de ce système.
Pourquoi c'est aussi bien cimenté? La réponse darwinienne est que c'est ce qui a produit l'importance de l'espèce humaine. Soit deux modes de vie familiale - le mode des chats et le mode des humains - le second est immensément plus efficace que le premier. Malgré les guerres extrêmement nombreuses et destructrices, les épidémies gigantesques et les famines dramatiques subies par les humains, ils sont aujourd'hui l'animal de plus de 40 kg le plus prolifique de la Terre. La solidarité entre les humains vient à bout de tous les malheurs. Nous n' étions que 10 millions, 10 000 ans avant aujourd'hui et nous n'avons cessé de progresser. Le couple monogamique est "l'atome" de la société des humains - si l'on accepte l'idée que le couple polygamique n'en est qu'une variante car il crée une solidarité définitive au sein de la famille. Toutes les familles ne sont pas heureuses ou en bonne santé physique et morale mais tendanciellement le modèle de référence c'est de "bons parents", "de bons enfants" et de "bons petits enfants".
C'est d'ordre éthologique parce que cela correspond au schéma darwinien suivant: soit deux sociétés, l'une avec une reproduction fondée sur le couple monogamique éternel et une autre sur un autre modèle, on constate qu'à terme que c'est la première qui l'emporte tandis que l'autre disparaît.

Dans le film "La cité du mâle", il y a une grande cruauté entre les filles et les garçons et il y a beaucoup de souffrance. Nous venons de dire que la solidarité l'emporte chez les humains. Si la solidarité l'emporte comme elle l'a fait depuis toujours, l'autre finira par disparaître. Le modèle de "la cité du mâle" n'est pas tenable dans le temps.

MANET2
Cela va prendre un certain temps.

MANET1
Oui, comme la guerre.

MANET2
C'est une forme de guerre.

MANET1
C'est pour parer à l'exode rural que l'on a construit les grands ensembles comme la Cité du mâle. Cela déstructure la société car on n'y trouve ni maire, ni curé ni instituteur alors que pour une même population à la campagne, ils étaient présents. Aujourd'hui, on commence à détruire ces grands ensembles. Cela ne suffira pas, il faudra que la société s'organise et qu'on refasse tout l'urbanisme. Cela va coûter cher et cela durera longtemps. Il faudra inventer une nouvelle ville. Notons qu'aujourd'hui même les classes moyennes ne peuvent plus vivre à Paris.

- 4bis -
Le mariage


MANET1
Mais pourquoi à côté du mariage monogamique, il y a le mariage polygamique? Nous avons déjà dit que si une partie des humains a suivi une voie polygamique, c'est parce qu'il existe un grand différentiel entre la contribution à la conception de la part d'un homme par rapport à une femme. En théorie, une femme peut avoir 40 enfants dans sa vie c'est-à-dire un par an durant sa fertilité. L'homme peut faire un enfant par jour. C'est ainsi que sont apparus les monarques et les potentats avec harems, concubines ou maîtresses. Pour les moins riches, restent toutes les variantes de la prostitution ou de l'adultère. Nous analyserons ces variantes une autre fois.

On constate cependant que dans le société européenne réputée monogamique, plus l'homme est haut dans la hiérarchie sociale et plus il y a disparité de richesse entre lui et les femmes de son entourage, plus il y a polygamie de fait ou adultère de fait, la plupart du temps géré de manière à ce que la publicité en soit la plus minime possible. Dans la Turquie du passé, il y a une distance "sidérale" entre le sultan et l'une des femmes de son harem. Dans la France du XVII° siècle, Louis XIV est entouré de maîtresses officielles et de concubines occasionnelles. Plus près de nous, nous avons connu François Mitterrand et Danielle Gouze, son épouse pour les cérémonies officielles, et Anne Pingeot ( de 27 ans, sa cadette) et leur fille Mazarine, pour la vie familiale.

Il faut approfondir les raisons qui font apparaître d'un côté le mariage monogamique et ailleurs, le mariage polygamique. Cela s'est élaboré au cours de 150 000 ans où les humains venu d'Afrique se sont séparés et développés loin l'un de l'autre. Le modèle polygamique se développe dans le désert: les musulmans sont, à l'origine, essentiellement des humains du désert. Les Turcs sont des humains venus de vastes prairies mongole c'étaient des pasteurs. A l'origine, ils étaient animistes et c'est au contact des arabes qu'ils ont basculé dans l'islam. La prégnance de l'islam est tellement forte que les turcs et les iraniens ont adopté l'alphabet arabe et qu'ils apprennent cette langue pour lire le Coran en arabe. Les arabes, peuples du désert, sont donc bien à l'origine de l'islam. Quand on se trouve dans le désert, il y a des oasis et il y a de grands fleuves. Dans ce cas, l'agriculture se développe comme dans les pays européens. Pour cette raison, la possibilité de la mise en place d'un couple monogamique éternel existe. C'est la raison pour laquelle, il n'est pas absent de ces régions-là. Mais une fois dans le désert, nous entrons dans une civilisation de survie et de forte solidarité autour des puits d'eau isolés mais aussi dans une civilisation de razzias et de guerres permanentes. D'où une forte disparité entre les hommes et les femmes: la survie oblige les uns à cultiver la force à l'extrême et aux épouses à se consacrer encore plus aux enfants et au repos du guerrier. Comme le soldat est souvent absent, il faut que la fidélité soit inattaquable, d'où le renfermement de la femme. Comme la prostitution ou l'adultère sont malaisées dans les camps de nomades, il a le droit de se marier avec autant de femmes à qui il peut assurer une vie décente. Mais en retour, le statut de cette femme est très fragile: il n'y a aucun espoir d'égalité entre l'homme et la femme.

Dans les pays tempérés et agricoles, il est bon que la femme s'occupe de la basse cour, de la traite des vaches et d'autres activités complémentaires à l'acquisition des ressources de vie. Elle laboure rarement ou pas du tout. Les travaux de force ou mécaniques reviennent essentiellement à l'homme. Mais la contribution de la femme, en sus de sa mission d'accoucher et d'élever les enfants, est décisive. Elle a un statut inférieur mais pas au point d'ouvrir la possibilité du mariage polygamique.

C'est une analyse éthologique. Les lignes de force de l'espèce humaine sont la main, l'outil et le cerveau. Sur cette base s'organise la réponse aux besoins de ressources de vie et aux besoins de ressources de reproduction. Il y a d'un côté le travail pour les ressources de vie et les deux types de mariages pour les ressources de reproduction. A partir du moment où un couple est crée, le travail et le mariage sont complètement intégrés et inséparables. C'est pour cette raison que les divorces d'humains qui ont cessé leur travail - qui sont "en retraite"- sont moins courant que ceux des humains "en activité".



- 4ter -

Il y a une réponse à cette vision. On parlera ensuite du sentiment.

Voilà ce qu'on voit lorsqu'il y a eu des guerres en Europe. Un pays présente des évolutions multiséculaires. Prenons la France. Au XVIII° siècle, l'agriculture commence à être florissante. L'industrialisation en est à ses débuts. Au XIX° siècle, elle augmente. La démographie suit. Au début du XX° siècle, il y a la guerre 14-18. Elle apporte beaucoup de destruction. La courbe du bien être et celle du PIB baissent. Une fois la guerre terminée, intervient la reconstruction. Et quelques années après, le pays reprend la ligne de progression qui était celle d'avant guerre. Puis voici la guerre 39-45, une nouvelle catastrophe et des destructions immenses. La reconstruction suit. Et à nouveau on retrouve la ligne de progression d'avant guerre.

L'explication est simple. L'amélioration du PIB vient de l'amélioration des techniques agricoles, industrielles et sociales. La guerre vient interrompre le travail mais les humains gardent le progrès. Une fois la paix revenue et l'économie remise en marche, le rattrapage est facile car on refait ce que l'on sait faire et on reprend la vitesse du progrès d'avant la catastrophe. Cela dit chaque pays a une ligne de force plus ou moins montante.

Si on applique ce modèle à Haïti, ce sera la même chose. Il y avait une ligne de progression qui venait de très loin. L'histoire d'Haïti est une histoire folle. C'est une île où ce sont des descendants des esclaves noirs qui ont pris le pouvoir. Les Européens et même les métis étaient expulsés. Au XIX° siècle on a vu apparaître des Empereurs avec des châteaux qui ont épuisé toutes les ressources locales. C'était un pays relativement riche grâce à la canne à sucre et aux forêts. Ils ont dilapidé leur argent parce que leur modèle c'était Louis XIV ou Napoléon 1er. Au XX° siècle, ils étaient appauvris et ils ont excessivement déboisé. Aujourd'hui sur l'île, il y a d'un côté, Haïti, sans arbre et, de l'autre, Saint-Domingue dont la couverture est bonne. Parmi les états des Antilles qui sont indépendants, Saint-Domingue se porte bien mieux que Haïti.La ligne de Haïti est peut-être en progression, stable ou en régression. Peut-être même en régression car dans un des derniers reportages sur l'enlèvement des enfants, on constate que les parents les donnent sans regret et sans en attendre un retour. Quand des parents donnent leurs enfants, cela ne signifie-t-il pas que la société est en train de s'effondrer? Supposons donc que la courbe soit descendante. Le séisme a lieu. Il y a une grande brèche dans la ligne descendante. On la colmate mais uniquement pour remettre en route une ligne descendante selon la même pente que celle qui existait avant la catastrophe. Sauf si à l'occasion de cette chute, il y a un système de type israélien et colonisateur qui se met en place et qui fassent que soudain des Européens ou des Chinois, des pays développés s'y installent et prennent le pouvoir. On n'en sait rien. Mais si on reste dans le contexte qui existait avant le séisme: on retrouvera le Haïti d'avant le séisme. On va reconstruire la cathédrale, le palais du président, l'archevêché et le siège local de l'ONU mais pas les maisons de la population.

- 5 -
La concurrence universelle

Parlons maintenant du sentiment en éthologie. Il faut d'abord aborder la notion de douleur physique. Un humain court et il se foule la cheville. Il y a soudain une grande douleur. Quelle est le rôle de la douleur? S'il n'y en avait pas, l'humain continuerait à courir et la cheville serait encore plus abimée. Dès qu'il y a foulure, il faut arrêter de marcher et commencer à la soigner. Il y a 50 000 ans, on l'aurait mis dans la caverne et on aurait attendu que cela se passe. Aujourd'hui on a avancé. Il y a des médecins. On met des attelles et et on fait des médications, on intervient médicalement. La douleur est le signe qu'il faut arrêter d'appuyer sur le pied. Il y a le cas des alpinistes ou des explorateurs des pôles arctiques. Il arrive que leurs pieds ou leurs mains gèlent. Ils ne sentent plus rien. C'est une catastrophe car ils ne s'aperçoivent pas qu'ils sont en train de perdre leurs membres définitivement. D'un point de vue biologique, la douleur est un signal d'alarme pour le système central, le cerveau. Remontons bien plus loin: il y a 3 milliards d'années, il n'y a que des corps monocellulaires. Aujourd'hui, les humains sont des corps multicellulaires constitués de 10 000 à 100 000 milliards de cellules. Donc il faut qu'il y ait quelque chose quelque part qui gère l'intégrité de ce corps multicellulaire qui a été créé par l'évolution. Ainsi au fur et à mesure que les corps sont devenus de plus en plus organisés et complexes, ceux qui n'avaient pas la bonne alarme disparaissaient et ceux qui avaient une alarme bien placée, progressaient. La douleur fait partie de ce système d'alarmes. Étant donné que nous sommes un corps multicellulaire, il faut un système qui me signale que son intégrité est remise en cause. La douleur est un signal et en plus je sais où se trouve le problème. C'est étonnant de savoir où l'on a mal. C'est complexe. Comment se fait-il que j'ai mal à tel endroit? Alors que le système passe par le cerveau. Si on fait une piqûre anesthésiante au même endroit, on ne saura pas que l'on a mal.

Soit une grand immeuble avec son système d'alarme. Une porte qui doit restée fermée s'ouvre. Il y a un signal qui apparaît au-dessus de la porte et un signal au poste de contrôle central. Si le signal n'apparaît qu'à la porte, il faut un contrôleur à chaque point de contrôle. C'est très cher. Le signal permet de ne pas mettre une ressource très cher à l'endroit où il se trouve. Il n'y a un contrôleur que dans la salle de contrôle. Donc il y a deux signaux: l'un au poste central ( le cerveau) pour alerter et un à la porte pour permettre une intervention là où il le faut. La douleur, c'est le signal local qui indique l'endroit qui dysfonctionne. C'est un problème strictement physique. Cela me fait mal selon une certaine intensité. Si un moustique me pique à cet endroit, il y aura une petite douleur facile à localiser. Si la cheville est foulée, la douleur sera intense. On en déduira l'importance et donc l'urgence à lui donner. Si un moustique pique un alpiniste pendant un grand effort, il ne fera rien car il risque de tomber pour rien. Mais s'il se foule la cheville pendant son ascension, il doit immédiatement prendre des décisions importantes. Revenons à notre immeuble: sur des accès internes de peu d'importance, les alarmes sont secondaires mais si une porte s'ouvre sur une allée piétonnière, il y aura une puissante sirène.

Donc la douleur est apparue parce que nous sommes passés d'un corps monocellulaire à un corps multicellulaire gigantesque et il faut que ce corps continue à exister. S'il y a un problème d'alarmes pour une foulure de la cheville, tous ceux qui n'en ont pas disparaîtront peu à peu et ceux qui en ont, continueront à évoluer.

MANET2
Et la douleur morale?

MANET1
Avec la douleur morale, on entre dans le sentiment. Dans le sentiment, il n'y a pas toujours de signal physique. Par exemple, une mère court avec son enfant dans les bras. Elle se foule la cheville et elle ressent une grande douleur car elle se rend compte que dorénavant les soudards qui la poursuive pour lui prendre son enfant vont certainement la rattraper et elle ne pourra le sauver. Ici, il y a une douleur physique et un sentiment. Mais le sentiment peut apparaître seul. Et là il peut s'agir d'une douleur morale. Quel est son rôle? Il est possible qu'elle soit liée à la spécificité humaine.
C'est un vécu interne. Et seul celui qui le vit peut en parler. Chaque humain ne peut parler que de son vécu mais dès qu'il s'agit du vécu d'un autre humain, c'est déjà approximatif. Deux humains qui ont la même douleur, peuvent avoir des retentissements différents. En outre, il nous est impossible de parler des sentiments autres que ceux des humains. On ne peut pas et on n'a scientifiquement pas le droit de dire qu'une fourmi a ou n'a pas de sentiment. Nous n'en savons rien. De même que pour un chien. Si nous le disons nous faisons de l'anthropomorphisme. Nous aurons tendance à lui attribuer notre sentiment et non le sien. Et même si nous entrons en dialogue le chien et moi, ce sera une situation où je le traiterai en « sous-homme » et lui me traitera en « sous-chien », avec les avantages et les inconvénients. D'un côté, lui et moi nous nous comprenons, et d'un autre, il y a un plan où nous ne nous comprenons pas.

Dans le cycle du vivant "conception / jeux / cristallisation / élevage des enfants / séniorat" appliqué à l'humain, le sentiment joue un rôle définitif dans la cristallisation. A un moment donné, un humain femelle rencontre un humain mâle et chacun des deux se dit « je veux faire ma vie éternelle avec lui/elle ». Et c'est le sentiment, semble-t-il, qui est le ciment de cette cristallisation. « Je l'aime » aujourd'hui, pour l'éternité et après la mort. Le sentiment est important. Puis il y a l'élevage des enfants. Les liens enfants-parents se font également sur la base du sentiment. Prenons la vie d'autres mammifères non primates comme l'ourse, au moment où il y a la période des « chaleurs ». L'ourse et l'ours se mettent en quête l'un et l'autre d'un partenaire. Ils se rencontrent, par hasard, conçoivent un petit ours et se séparent. Le mâle s'en va, la « chaleur » est passée et il n'est pas concerné par le petit ours qu'il a fait. Il n'y a pas de sentiment qui naisse entre le père et son fils. Cependant, il semble qu'un ours adulte développe une attitude différente vis à vis d'un ours juvénile que vis à vis d'un ours non juvénile. Il est tolérant vis à vis du premier. Pour les autres, c'est la territorialité qui est décisive. Il n'y a aucune reconnaissance familiale. La mère ourse s'occupe de l'élevage de son enfant. Elle adopte un rapport maternel: jeux, repas, espiègleries, tout lui est passé avec tolérance. Un jour, il passe l'âge du maternage: l'ourse l'oblige à déguerpir et toute relation familiale cesse définitivement. Par contre l'enfant d'un humain le reste toute sa vie et même au-delà de la mort. Tant que les parents sont là, ils racontent les grands parents mais le jour où il ne reste plus personne qui a connu l'ancêtre, quand on est dans la situation d'arrière grand parent, c'est fini. En général. Il y a des ancêtres qui survivent ou bien des groupes sociaux où on garde la trace et la révérence des générations très anciennes comme chez les rois ou les aristocrates. Mais c'est réservé à une catégorie comportant peu d'humains. La plupart des humains manifestent une indifférence complète vis à vis de leurs arrières grands parents.
Le sentiment est un ciment important dans le fonctionnement humain qui relient entre elles les générations vivantes et les générations précédentes dont on garde encore une trace physique. La mère peut parler de sa grande mère à sa fille même si celle-ci est née après le décès de son arrière grand mère. C'est un ciment pour le groupe familial, pour des groupes plus importants formels ( groupes auxquels les humains appartiennent – professionnels, associatifs, locatifs) ou non (amitiés).

Cela dit, tous les humains sont toujours en concurrence avec tous les humains. Cette concurrence se manifeste soit par diverses formes de lutte, des plus visibles aux plus secrètes, soit par des paroles tels que des jugements expéditifs "il est bête!" ou "il est mauvais" ou bien des avis "scientifiques" tels que ceux de Hugues Lagrange . Ce sociologue écrit qu'il y a un lien entre la culture sahélienne des africains et leur présence dans les échauffourées de Grenoble alors que cette présence est dû à leur statut de noir en bas de l'échelle sociale en France comme aux États Unis, une des conséquences de la concurrence avec tous les humains. Ces gens venus du Sahel ont des avantages: ils connaissent l'Afrique et l'Europe et au moins deux pays: leur pays d'origine et leur pays d'accueil. Mais parmi ses points faibles on voit que leur pays n'est pas industrialisé donc qu'il ne peut maîtriser la culture technique du pays d'accueil d'où leurs difficultés à trouver un emploi. De plus, beaucoup d'entre eux transgressent les règles d'immigration et un certain nombre, les règles sociales, ce qui les amène en prison. On dit que l'africain arrivé en France ne parvient pas à couper ses racines. Mais un français le fait-il pendant sa vie? Non, car il n'en pas besoin.Il a donc un avantage concurrentiel sur l'africain immigré. Nous sommes en éthologie. C'est le hasard qui fait que le français est français et qu'il ne quitte pas son pays, qu'il n'est pas déraciné contrairement à l'africain qui est déraciné et plus faible. Chaque seconde de la vie d'un humain particulier l'amène à l'endroit où il se trouve et chaque seconde est une seconde de hasard. Nous restons dans le schéma darwinien: soit deux vivants d'une même espèce, si le premier a un comportement A et le second un comportement B, si A réussit et B rate, le premier vivant passe devant le second, avec le risque pour ce dernier de disparaître complètement.
Reprenons notre Sahélien et comparons le à notre situation. Nous avons toujours pensé rester en France. Lui s'est dit qu'il allait quitter son pays pour faire sa vie en France. Nous, vivant A avons choisi un comportement A, rester au pays. Lui, vivant B a choisi un comportement B. Nous habitons paisiblement dans notre ville et lui manifeste violemment à Grenoble. Le comportement A l'emporte, pour l'instant, sur le comportement B. Il aurait pu venir en France, faire des études et se marier avec une française, avoir des enfants et se loger normalement. Nous, de notre côté, aurions pu vivre un drame dans notre famille. Ce serait l'échec. Dans les deux cas, tout est du au hasard.

- 6 -
Le sentiment et la croyance

Le sentiment comme la croyance sont la lumière de l'humain. C'est de cette manière qu'il s'éclaire et qu'il voit sa route. Ce n'est pas le rôle de l'éthologie pour laquelle chaque instant est le fruit d'un hasard: une astéroïde peut tomber sur la Terre à n'importe quel moment. Il peut y avoir un tremblement de Terre, une tornade ou un accident de la route. Il faut donc approfondir la notion de sentiment car ce n'est pas avec l'éthologie que l'on peut reconstruire ou créer une société. Par contre elle corrige nos erreurs. Et il faut de nouveau parler de Galilée.
Il dit que la Terre tourne autour du soleil. En ce temps là, l'Église est l'expression du sentiment et de la croyance dominantes. Elle dit que cela n'est pas possible car Dieu nous a créé à sa propre image et il a envoyé son fils pour nous sauver donc à l'endroit le plus sacré de l'Univers. L'Église se trompe scientifiquement. Mais à quoi sert-elle à cette époque? Elle est le ciment de la puissance de l'humain par rapport à tous les autres vivants et à la nature. Si l'Église avait réussi à tuer l'idée de Galilée, aujourd'hui nous n'irions pas dans l'espace et nous ne connaîtrions pas aussi bien la matière pour nous la soumettre. Voilà le rôle de l'éthologie: elle explique que tous les humains sont frères et tous les vivants également. Mais avec le sentiment, il y a l'organisation de la société dans son environnement humain, vivant et non-vivant. Le Sahélien et le Rom sont nos frères nous ne réfléchissons pas en termes d'exclusion - "c'est un étranger" -. Si nous sommes frères, nous nous aimons et les frères doivent faire chacun un effort pour mériter cet amour. Hélas le sentiment et la croyance disent le contraire. Galilée a mis beaucoup de temps avant d'être reconnu. Ce sera le cas de l'éthologie également.

MANET2
Depuis que nous parlons de l'évolution, c'est la première fois que nous faisons une forte distinction entre l'animal et l'humain. Est-ce parce que l'évolution entre en ligne de compte?

MANET1
On peut être d'accord avec cette affirmation à deux conditions. D'abord, il n'est pas question de dire que l'humain c'est la cerise sur le gâteau donc c'est possible si l'on n'oublie pas que « la fourmis est ma sœur » et que « l'arbre est mon frère ». Et ensuite parce que nous sommes dans l'ordre du sentiment et là nous sommes incapables de parler des autres espèces parce que le sentiment c'est à l'intérieur de l'espèce que cela se passe. Attention! Très souvent on dit de manière erronée: "nous sommes incapables de concevoir cette chose donc elle n'existe pas". Il ne faut pas dire il y a des sentiments chez les humains donc il n'y en a pas chez les non-humains. Les autres nous n'en savons rien mais ce n'est pas parce que je n'en sais rien que cela n'existe pas.

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Je vis donc je pense


MANET2
Nous sommes dans l'incertitude et il faut s'arrêter là. Rien ne dit que l'arbre ou l'animal pense. Quand un animal se cache par peur soit pour attendre, on pourrait dire qu'il réfléchit.

MANET1
Dans la conférence "Tous les vivants sont frères", la conclusion générale est "je vis donc je pense".

MANET2
D'accord pour l'humain mais pour les autres?

MANET1
Notre réflexion avance par affirmations successives qui deviennent ensuite des hypothèses scientifiques à force de les "ronger comme un os". Au début, la conférence insiste sur notre extrême petitesse par rapport au système solaire et plus encore par rapport à l'univers. En tant que vivants, nous faisons partie de tous les vivants qui ont un ancêtre commun il y a 3 milliards d'années. Dieu n'a pas créé les hommes d'un côte, puis les animaux et les plantes de l'autre. Mais ces vivants sont apparus dans l'Univers. Dieu n'a pas créé, non plus, les cellules qui sont à l'origine des vivants. Il n'y a aucun élément physique dans les vivants qui ne se retrouvent dans la "matière non-vivante". Nous sommes infiniment petits et quand nous disons que nous pensons, c'est à cette dimension-là. Il y a beaucoup de gens qui disent "je pense à l'univers" et en concluent implicitement qu'ils comprennent l'univers et dans comprendre il y a contenir dans le sens de "la France comprend 22 régions". Le cerveau n'est qu'un organe dont les animaux ont besoin pour trouver leurs ressources de vie et de reproduction parce qu'ils sont hétérotrophes. Le cerveau n'est pas le lieu de la pensée mais l'organe qui pilote le vivant vers ses ressources.

MANET2
Nous humains, nous ne sommes pas fait pour fonctionner uniquement dans cette perspective! Notre cerveau ne sert pas seulement à chercher nos ressources et notre nourriture.

MANET1
Arrêtons de manger.

MANET2
Nous allons travailler?

MANET1
Le travail sert à créer des ressources. Et pour travailler nous avons besoin du cerveau.

MANET2
Nous ne sommes pas sur Terre, seulement pour cela! Nous faisons d'autres choses!

MANET1
Oui, mais orientées vers les ressources de vie et de reproduction.

MANET2
Aujourd'hui, nous avons notre nourriture, nous ne travaillons pas et nous sommes en retraite. Nous allons rester au lit et ne nous laver que pour manger?

MANET1

Nous sommes dans un corps social parce que les humains sont une espèce sociable. La société gère les ressources. Quand un chat a faim, il va chercher sa nourriture. Soit l'humain la lui donne et c'est un "miracle" soit il chasse et il trouve. Nous, nous travaillons huit heures parce que la recherche de ressources est collective, non individuelle. Nous n'allons pas dans la forêt pour attraper un animal et ramasser des plantes. Nous allons au centre commercial.

MANET2
Donc nous évoluons. Et il n'y a que l'humain qui évolue.

MANET1
Tous les vivants évoluent mais chacun à un rythme particulier. Notre évolution vient de notre main qui transforme la nature et qui la met comme on dit "à notre service". Nous organisons l'espace qui nous entoure pour nous faciliter la quête de nos ressources.
Mais cela a un temps. Soit parce que cela peut redescendre si des ressources massives sont épuisées soit pour tout autre évènement qui viendrait perturber définitivement les humains. Il y a de grands peuples qui ont grandi puis disparu tels que les Incas, les Aztèques ou les Khmers d'Angkor. On trouve sur les lieux où ils existaient d'énormes temples et constructions qui aujourd'hui sont vides d'humains. Et ceux qui s'y trouvent n'ont aucune attache avec eux.

MANET2
C'était peut-être le temps de changer. Il ne faut pas toujours dire que c'est l'humain qui tue. Les changements sont naturels et il y en aura encore d'autres. Il ne faut pas en chercher la cause ni parler de provocation.

MANET1
Nous parlions de cela à l'occasion de la discussion autour de cette affirmation que l'humain vit donc il pense et de la conséquence suivante qui disait que puisque le vivant vit donc il pense. Tous les vivants sont en concurrence les uns avec les autres soit comme individus soit en tant qu'espèces. Donc quand un humain dit qu'il pense il dit implicitement qu'il est définitivement supérieur à tous les non-humains. Il le dit implicitement et ainsi il se donne le droit d'utiliser toutes les autres espèces végétales et animales pour faire tout ce qu'il veut: s'en habiller, s'en nourrir, les détruire, les transformer en toutes sortes de choses utiles pour lui. Il y a très longtemps les humains - ils étaient plus faibles - avaient une démarche plus respectueuse des autres vivants. Ils donnaient une âme à tous les objets. Quand une tribu chassait le renne, elle faisait une prière au dieu des rennes pour l'autoriser à prélever un de ses sujets pour s'en nourrir. Et elle proposait des cérémonies propitiatoires.
Si ce penseur estimait que tous les vivants pensent, il aurait des difficultés à couper un arbre, à faire une veste en peau de vache ou à manger sa nourriture habituelle.
A l'occasion des jeux olympiques du Commonwealth qui se déroulent en Inde, on s'aperçoit qu'à New Delhi, il y a énormément de singes en liberté parce qu'il y a un dieu Hanuman, qui est un singe qui est révéré par la population. Or comme les vaches sacrées, ces singes gênent beaucoup la vie quotidienne. Les Hindous ont trouvé une solution: ils ont fait venir de plus grands singes qui chassent les autres. Voilà les conséquences du respect des animaux.
Si nous étions restés à l'époque qui a précédé l'agriculture, la cohabitation avec les autres vivants eut été plus aisée.

MANET2
Tout le monde serait concerné.

MANET1
La conclusion de la conférence, c'est donc "je vis, donc je pense". Et la pensée n'est pas liée au cerveau.

MANET2

On pense en travaillant. Mais quand on pense profondément, on s'immobilise et on est concentré.

MANET1
Allons dans une prairie et regardons les vaches en train de brouter. Leur système digestif est en œuvre. Elles pensent. Asseyons-nous dans le jardin. Un oiseau arrive, se promène, picore, lève la tête, se tourne, recule... Si nous ne bougeons pas, il va rester un certain temps, aller et venir. Il ne pense pas "humain". Un animal vit donc il pense ce n'est pas la même chose que un humain vit donc il pense. La pensée de l'animal n'est pas la pensée de l'humain.

MANET2
Nous ne sommes pas d'accord sur tout mais ce n'est pas gênant.

MANET1
C'est normal puisque chacun de nous occupe un lieu différent.

MANET2
Par contre, nous sommes d'accord pour dire que l'humain pense en humain.

Prenons une simple analogie : une personne s'exprime dans une langue que je ne comprends pas, pour moi ce qu'il dit est incompréhensible définitivement mais pas pour elle.

MANET1:

C'est le problème des historiens. Quand ils n'ont pas de documents sur des faits, ces faits n'existent pas. On ne peut être d'accords avec eux. Cela nous entrainerait à affirmer que toutes les civilisations non écrites n'ont pas d'histoires et qu'elles n'existent pas. Et comme à côté il existe des tonnes de documents sur d'autres peuples, on voit de suite de quel côté leur cœur balance. Ils s'intéressent à ce qui est intéressant. Comment s'occuper de ce qui n'existe pas? Eh bien, il y a une réponse à cette question apparemment absurde: il faut passer par l'éthologie.

 

 

jeudi 29 avril 2010

12° entretien

Douzième entretien
Manet2 et Manet1
29 avril 2010
(Tlemcen - décembre 2005)



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Manet1 :
Tu as reçu ces jours-ci deux mails qui évoquent le deuil chez les chimpanzés. Il y a deux vidéos ( BBC ) . Dans la première des chimpanzés tournent autour d’une femelle qui vient de mourir. Dans la deuxième, il y a un petit et une adulte qui manipule le corps momifié d’un bébé, donc mort depuis longtemps. Il s’agit d’une communication de l’université de Stirling en Écosse. Par la suite un article traitant du même sujet est paru dans la Voix du Nord. Et deux personnes se sont exclamées : « que vient faire la religion ici ? ». Le rédacteur français s’était senti obligé d’ajouter une remarque personnelle d'ordre religieux mais que seuls les lecteurs de l’original peuvent lui attribuer. Les lecteurs français partiront du principe que la réflexion sur la religion faisait partie des travaux de recherches des savants écossais.

Manet2:
C’est une comparaison !

Manet1 :
Non. Ce journaliste a besoin de biaiser le message des savants. Ceux-ci disent que les chimpanzés ressentent du deuil. Censure ! Un chimpanzé, ça ne pense pas, il est inférieur à un homme. Donc si l’on ne peut s’opposer à l’existence du deuil chez ce primate, on va le dévaluer en disant que cela n’est rien à côté du deuil humain qui a un fondement religieux. Allons prouver maintenant qu’il y a un dieu singe et qu’il est égal au dieu des humains ! Ne mélangeons pas les torchons et les serviettes.

Manet2:
Je ne l’ai pas pris comme cela mais je respecte ton avis.

Manet1 :
Tu n'a pas vu cette intention parce que tu es croyante.


Manet2:
Si je suis croyante c'est parce qu’il y a quelque chose que je ne peux pas expliquer.

Manet1 :
L’objectif de ces entretiens n’est pas de se convertir mutuellement. Mais voir cette remarque dans un article français, c’est désagréable. Darwin était croyant. Il a été élevé dans une école anglicane. Sa femme l'était profondément et cela créait des désaccords entre eux. Un film anglais - Création - sur sa vie qui est sorti cette année et l’on voit sa femme s’essuyer beaucoup de larmes ( wikipedia english ) .

Manet2 :
Croyant /non croyant, cela n’a aucune importance.

Manet1 :
Pour moi c’est l’inverse mais nous sommes 7 milliards et ces deux positions sont également honorables.


- 2 -


Manet2:
J’ai terminé le livre de Shirley Strum ( wikipedia ). Elle écrit que les babouins manifestent un grand respect réciproque mais dès que la maladie ou la vieillesse apparaissent, ces malades ou ces vieux sont abandonnés. Cela concerne également les anormaux et les infirmes. On retrouve cela chez humains.

Manet1 :
On a tellement de possibilités de venir en aide au point d' en arriver à l’acharnement thérapeutique. Par exemple, Ariel Sharon n’est toujours pas mort. Nous avons parlé dans un précédent entretien du vieil indien qui quitte son village pour aller mourir seul dans la forêt ou du vieil esquimau qui se laisse glisser du traineau en marche dans la neige sans avertir personne.



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:Manet2 :
« Pourquoi les babouins sélectionnent-ils leurs partenaires ? Seule l’étude réalisée par des humains permet de le comprendre ? ». Les femelles sélectionnent les mâles et vice versa.

Manet1 :
 Il nous semble que S. Strum va observer les babouins et qu'il n’y a pas de réciprocité : aucun babouin ne vient observer les humains. C'est inexact. Il est vrai qu'elle a fait le voyage des États Unis jusqu'en Afrique. Mais quand on lit le livre, on voit que les babouins l'observent et l'obligent à adapter son comportement à leur égard avant d'accepter qu'elle se rapproche de plus en plus de leurs groupes. Nous en déduisons hâtivement qu’il y a de la sélection chez les babouins mais qu'ils ne le savent pas. As-tu l’impression que, dans ta vie, tu as sélectionné des gens ?

Manet2 :
Oui.

Manet1 :
Penses-tu que le mariage avec ton mari a été le résultat d’une sélection ?

Manet2 :
Non, pas du tout.

Manet1 :
Voilà la réponse.


Manet2:
Sélectionner cela signifie éviter des gens et chercher à en fréquenter d’autres.

Manet1 : La sélection concerne le JE à la recherche de ressources de vie éternelle. Chez les humains il y a une institution : le mariage monogamique éternel. Cette institution n’est pas aussi générale qu’on le pense puisqu’il est question ces jours-ci d’un jeune algérien marié à une femme qui porte la burqa et qui a trois maîtresses, manière ironique d’afficher qu’il est polygame. Tu es entrée dans ce processus : il y a eu la cristallisation, le mariage monogamique éternel, la conception des enfants et leurs élevages. Pour toi ce n’est pas une sélection et elle ne concerne que des relations d’amitiés. La sélection fondamentale est celle de la reproduction. Avec les amis, il n’y a pas d’enfants et il n’y aura pas d’éternité. On crée des alliés et des échanges.

Manet2 :
Mais il faut s’aider et avancer !

Manet1 : C’est en faisant des enfants qu’on avance. Supposons qu’entre 2000 et 2100, il n’y ait que de l’amitié et aucune reproduction, au bout de 100 ans, il n’y aurait plus d’humains. L’essentiel, c’est la reproduction et l’amitié est secondaire.

Manet2 :
Sans un chercheur ou un médecin, nous n’avançons pas non plus ! C’est important.

Manet1 :
 Nous parlions de la sélection chez les babouins. Il semble donc que nous parlions de la sélection des amis et non de la sélection du mâle et de la femelle en vue de la reproduction. C’est donc identique pour nous. Il faut une personne extérieure pour dire que la rencontre entre un mâle et une femelle est le résultat d’une sélection.



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Manet2 :
Et le sentiment, où le met-on ?

Manet1 :
Excellente question : c’est tout le problème entre l’éthologie, qui est une science qui concerne tous les vivants dont elle note tous les éléments qui sont identiques. Quand on parle de la reproduction, on parle de ce qui est commun dans la reproduction des plantes et des animaux. Nous allons d’abord nous intéresser à ce qui est commun.

Ce qui est commun entre un animal et une plante, c’est qu’à l’origine des deux il y a la rencontre d’un haploïde femelle avec un seul fil ADN et d’un haploïde mâle avec un seul fil ADN. Dès qu’ils se rencontrent, ils forment une seule cellule normale – diploïde donc avec deux fils ADN qui sera à l’origine d’un côté d’un bébé arbre et de l’autre d’un bébé animal.

Le sentiment, c’est « l’enrobage » humain de la reproduction. Le terme utilisée en éthologie terrestre est « cristallisation ». A un moment donné, il y a deux êtres humains à côté l’un de l’autre qui se manifestent de l’indifférence. et, 10 ans plus tard, l'un dit « c’est ma femme » et l'autre, « c’est mon mari ».

Le sentiment est un lien qui vient contrebattre le fait que la règle générale d’un JE c’est qu’il a besoin de ses ressources de vie éternelle de vie face à son partenaire ou à un étranger. A un moment donné, il peut y avoir une situation où il n’y a qu’une ressource pour un seul qui entrainera la mort des deux si elle est partagée. Nous pourrons avoir deux situations extrêmes. Si ce sont deux inconnus, l’un des deux sera vaincu mais si c’est un couple, les deux mourrons plutôt qu’il n’y ait un vaincu et un vainqueur. Le sentiment est un élément qui modifie le jeu des JE.

Il y a le sentiment issu de la cristallisation, le sentiment lié à la famille monogamique éternelle et qui relie parents et enfants, et, enfin, le sentiment vis-à-vis des petits-enfants et des grands-parents, de la parenté élargie et des amis. Au-delà d’une limite, apparaît l’indifférence. Quand on passe parfois devant une église où se déroule une cérémonie funéraire, cela nous laisse indifférent alors que dès qu’il s’agit d’un proche, nous sommes touchés de manière plus ou moins forte selon la proximité de cette personne avec nous.

Nous avons tendance à penser que le sentiment n’existe que chez les humains. Le reportage cité plus haut nous parle du sentiment de deuil chez les chimpanzés. Une mère chatte à qui on retire ses petits au bout de quelques mois, les cherchent désespérément.

Les penseurs matérialistes du XIX° siècle avaient tendance à ne donner aucune place au sentiment. En fait le sentiment est un élément fondamental de l’éthologie humaine. Le sentiment intervient comme un modérateur dans la lutte pour des ressources de vie éternelle non seulement dans le couple mais aussi entre un parent et un enfant. On a là aussi deux cas de figure extrêmes: deux parents concourant pour une seule ressource peuvent se comporter soit comme deux étrangers parfaits et alors l'un des deux sera éliminé ou comme deux parents et là il y a risque que les deux disparaissent. Le sentiment est le liant fondamental du mariage monogamique éternel et de la famille dont il est l'origine car il survit à la mort de l'un des protagonistes et se maintien tant que reste en vie un humain qui a vécu dans ce système de relations: parents, enfants, petits-enfants rarement au-delà.



- 5 -



Manet2:
Les chercheurs se contredisent. La science sert à découvrir ou à avoir du pouvoir?

Manet1 :
Revenons à la base: le JE et sa quête de ressources de vie éternelle. La science augmente ces ressources, c'est son rôle. Elle dépend du nombre d'humains vivants. Prenons ce piano électronique: il y a probablement plus d'un million de contributeurs directs et indirects depuis que les humains modèlent la matière et depuis la découverte de l'électricité. S'il n'y avait que 100 humains, ils en seraient encore à un arc tendu sur lequel on fait glisser la corde d'un autre arc tendu avec un accompagnement de bâtons heurtant un tronc d'arbre creux. Ils n'auraient jamais inventé le piano électronique.

Dans l'absolu, les humains ne s'améliorent pas: ils sont dans une éternelle répétition et ils s'adaptent en permanence. A un moment donné, en 1800, ils sont 1 milliard avec une certaine densité. Ils s'y adaptent. De grands espaces séparaient encore certains états. Ce qui était au-delà des frontières des uns n'appartenaient à personne dans leur esprit et il y avait des razzias honorables pour apporter des ressources chez soi. Maintenant que nous sommes 7 milliards, tous les états sont quasiment en contact les uns avec les autres.

Quand les humains sont passés de 6 à 7 milliards, ils ont du tout revoir. Y a t il assez d'alimentation, de refuges, de champs, de bateaux? Et si au lieu de passer à 7 ils étaient passé à 20 milliards, la difficulté aurait été plus importante. Les humains provoquent leur propre problème: ils font naître des enfants. Dès qu'ils paraissent, ils leur faut des ressources de vie éternelle. Mais il n'est pas possible de ne pas faire naître des enfants. La reproduction dépasse les humains même si un humain particulier peut choisir l'abstinence.

De son côté, l'environnement change. Les plantes et les animaux augmentent ou diminuent, la chaleur évolue, il y a des tempêtes, etc. Tous les jours des problèmes se présentent mais on ne peut dire que l'on va d'un moins vers un plus ou d'un plus vers un moins, voire même d'un point vers un autre.

Manet2:
Les problèmes font avancer les choses!

Manet1 :
Tout se présente sous forme de problèmes. Un bébé nait, voilà un problème pour le couple chez qui il est apparu. Et puis il y a toutes les étapes suivantes de sa vie d'enfant. Or nous en sommes au 108 milliardième humain! Tout le monde ne fait-il pas la même chose?

Manet2:
Nos enfants découvrent et ont l'impression que nous ne sommes au courant de rien.

Manet1 :
Oui mais quoique les parents sachent, c'est à eux de découvrir.

En conclusion, sur le rôle de la science. Il y a éternelle répétition et évolution à la suite des changements externes et des changements d'adaptation. Le science fait partie de l'adaptation. Elle est liée au nombre d'humains sur Terre. C'est, collectivement, du pouvoir pour tous les humains. Chaque JE ayant besoin de ressources éternelles de vie, s'il est travailleur scientifique, ce sera une ressource pour lui et une absence de ressource s'il n'est pas travailleur scientifique. Mais les ressources de vie éternelle sont innombrables.



- 6 -



Manet2:
« L'agression est un moyen de communication important en cas de rivalité et de conflit». C'est vrai pour l'animal et pour l'humain. Le langage diminue l'agressivité physique.

Manet1 :
On a souvent tendance à attribuer l'agression aux animaux ou à « l'animalité qui est en nous».

Manet2:
L'agression c'est le langage des animaux.

Manet1 :
Combien de films décrivent l'agression chez les humains? A l'école primaire, les enfants se battent souvent. Raisonnons en terme de niveau. Le niveau 0 cela pourrait être « je refuse de te parler » ce qui signifie « tu es exclu et je ne veux pas te connaître ». Le niveau 1 serait une parole désagréable sous forme d'insulte ou de menace. Le niveau 2 ce serait des cris de colère jusqu'à ce que l'un des deux protagonistes cèdent. Et le dernier niveau c'est la bagarre. Les enfants font appel aux quatre niveaux.

Manet2:
Parfois, sans haine.

Manet1 :
Comme chez les babouins.

Manet2:
C'est bien un moyen de communication.

Manet1 :
Nous sommes dans la justification: il y a de l'agression mais c'est de la communication, donc c'est une agression positive.

Traitons d'abord de l'agression.
Dans une cours d'école, les enfants se bousculent ou se battent. Cela dépend du milieu social. Un enfant d'une famille « bien élevée » évite d'en arriver aux coups: chacun restera à sa place grâce à un système sophistiqué de signes visibles. Chez les adultes, l'agression est atténuée car les humains sont des êtres sociaux qui font appel à des exutoires: le jeu tel que le football ou le rugby. C'est sans haine mais bien passionné. Chez les animaux, la situation est analogue: on n'y voit pas plus d'agression. Nous voyons plus d'agression car nous mélangeons les espèces. Un crocodile avale un gnou ou un tigre dévore une gazelle. Il faut rester à l'intérieur de l'espèce. Les babouins entre eux ne manifestent pas plus d'agressivité que nous, comme les crocodiles entre eux, les gnous, les tigres ou les gazelles.

Il faut ensuite prendre en compte la manière dont un groupe humain règlent ses conflits. Nous l'avons évoqué dans les premiers entretiens. Dans le passé, dans l'Empire Romain d'Occident de l'an 0 à 450 ans, il semble qu'un empereur sur deux était assassiné sans parler de leur parentèle. Une partie des survivants est morte à la guerre. Peu ont eu une mort naturelle. En France sauf quelques exceptions ( Henri III et Henri IV) depuis le Moyen Age, tous les chefs d'états sont morts naturellement alors que le sort des Mérovingiens ressemblait à celui des empereurs romains.

Les babouins hamadryas dominants sont souvent à la tête d'un harem. Quand le chef vieillit et s'affaiblit, un jeune prend le pouvoir. Si le prédécesseur se retire, il reste en vie mais s'il résiste, il risque de perdre la vie. Une fois qu'il a pris le pouvoir, il arrive que le nouveau chef tue tous les bébés de son harem car il a besoin que les femelles redeviennent fertiles car tant qu'elles allaitent ou qu'elles pouponnent, elles ne sont pas accessibles à ses attentions et il ne peut assurer sa descendance.

Chez les humains, l'avortement a été un moyen contraceptif essentiel jusqu'à la découverte de la pilule contraceptive ( Histoire de l'avortement - wikipedia in english).

Manet2:
Il s'agit d'agression pure. Mais elle est aussi un moyen de communication. Les babouins ont des mimiques et ils poussent de cris. Ils peuvent donner un coup. C'est un coup pour se faire comprendre. Les humains ont la parole.

Manet1 :
Il y avait un jour un film sur les chevaux. A un moment donné, on en voit un qui donne coup d'arrière-train à un autre qui dès lors se met en retrait. Voilà un coup pour se faire comprendre. Les chevaux vivent en groupe et ils ont un chef donc il y a une hiérarchie. Le coup est un rappel à tenir sa place. Ce n'est pas de l'agression pure mais une communication. Il ne faut pas dire que l'agression c'est de la communication mais qu'il y a de l'agression dans la lutte pour accéder aux ressources. C'est l'éternel histoire d'un convive arrivant à une table qui prend la dernière place et à qui l'on demande de prendre la première et l'inverse, celui que l'on rétrograde. Il n'y a pas d'agression mais une parole qui remet en place la hiérarchie du groupe. On peut également parler de la proclamation des résultats du bac en juin: l'un est reçu et l'autre, recalé. Et ce résultat aura des répercussions importantes par la suite: d'un côté il y aura plutôt ceux qui ont ce diplôme et de l'autre, plutôt ceux qui ne l'ont pas.



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Manet2:
« Peut-être n'est-ce pas un singe tueur qui sommeille en nous mais un babouin civil et subtil. Si c'est le cas, peut-on continuer à dire que le sport est un exutoire à nos instincts agressifs. Faut-il croire que ceux qui croient que la course aux armements est la conséquence inévitable de notre incapacité à maîtriser notre agressivité viscérale. Quant au langage, comme le suggère Shirley, il ne peut qu'améliorer la communication et multiplier les solutions pacifiques dévaluant encore davantage la marque de l'agression dans la vie de tous les jours. »

Manet1 :
La réponse est difficile parce que l'on retrouve l'universitaire Strum et le non-scientifique. Dans le domaine des sciences, les sentiments moraux n'ont que faire. L'éthologie terrestre doit nous permettre de parler de tout ce que font les humains comme de tout ce que font les autres animaux ou les plantes. On ne classe pas les choses en bien et en mal. C'est une position qui est difficile à tenir car cela semble justifier les situations morales les plus dramatiques. A l'origine de ce travail éthologique, il y a la catastrophe morale dans laquelle nous nous sommes retrouvé en 1945 en découvrant le massacre de 6 millions de juifs par les Allemands ( La Shoah). L'éthologie traite de cet événement sans dire que c'est bien ou c'est mal, étant entendu que ce n'est ni l'un ni l'autre et non un peu de l'un puisque ce n'est pas de l'autre. Quand un chirurgien dit à un patient que son cœur est malade et qu'il va faire telle intervention il ne dit pas « ce méchant cœur se comporte mal et je vais le punir ». Il constate que le cœur fonctionne mal à cause de raisons qu'il connaît plus ou moins bien: maladie congénitale, mauvaise hygiène de vie et autres accidents cardiaques. Il opère ensuite pour permettre au patient de continuer à vivre. Pour la Shoah, c'est la même chose. Jamais on ne dit "c'est bien et c'est mal". Nous y reviendrons sur la Shoah car nous avons d'autres idées à travailler avant d'aborder celle-là en profondeur.

Si S. Strum était une pure éthologue, elle s'arrêterait à la première phrase pour affirmer que humains et babouins sont proches. Pourquoi se lance-t-elle dans la course aux armements? Ce n'est pas le sujet de son travail. Elle ne devrait pas sortir de l'étude des babouins. Et si elle voulait parler de guerres, elle aurait du se limiter aux guerres entre babouins, les décrire depuis leur apparition jusqu'à leur résolution. Si elle avait étudié les guerres entre babouins, aurait-elle pris partie pour un camp ou pour un autre? Aurait-elle dit que ce camp-là ce sont des nazis et celui-là, les bons résistants français? Elle aurait adopté une vision d'éthologue. Mais nous dès que nous parlons de la guerre chez les humains, nous ne pouvons pas ne pas prendre parti. Si nous parlons aujourd'hui de la Shoah de manière éthologique, beaucoup de gens diront que nous justifions ce qui s'est passé. Le plan scientifique n'a que faire de la morale ni des sentiments.

Manet2:
Elle cherche à travers son étude à comprendre l'humain.

Manet1 :
Elle devrait faire de l'anthropologie ou de l'ethnologie mais pas de l'éthologie.

Manet2:
Elle étudie comment nous sommes devenus humains.

Manet1 :
Elle a des diplômes qui lui permettent d'étudier l'éthologie mais aucun pour l'anthropologie ou l'ethnologie. Nous en avons déjà parlé dans l'entretien précédent au sujet de historiens. Ce sont des chasseurs de faits concrets et de traces réelles mais une fois qu'ils les ont apportées, ils s'aventurent dans des explications générales sur les humains qui sortent de leur champ de compétence. Ils n'étaient compétents que tant qu'ils restaient dans leurs faits concrets. Dans la passé, les prêtres ne s'estimaient-ils pas capables de parler de la reproduction du seule fait de leur statut?


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Manet2:
Elle croit à ce qu'elle fait.

Manet1 :
C'est de l'ordre du sentiment. La croyance peut être trompeuse.

Manet2:
Telle personne a construit une serre dans son jardin et elle y a mis tout son cœur. On ne peut pas vivre sans cela. Ce n'est pas une croyance.

Manet1 :
Nous sommes en train de faire un travail scientifique.

Manet2:
Les scientifiques ont une croyance.

Manet1 :
Reportons nous à notre réflexion sur le sentiment. Nous avons dit qu'il jouait un rôle fondamental pour les humains. La croyance également.

Parlons-en.

A propos du sentiment, il avait été question de cristallisation et de ressources de vie éternelle. Il y a 7 milliards d'humains, il y a donc 7 milliards de croyances. Il n'y en pas qu'une.

Manet2:
Il faut que chacun croit à ce qu'il fait même si le temps vient ensuite le contredire.

Manet1 :
Il s'agit de tous les humains sapiens. Notre croyance nous meut. Chaque JE a une croyance différente de celle d'un autre JE. Il existe des croyances collectives. Chez nous, nous en connaissons au moins une, la croyance chrétienne. Mais quand on regarde de plus près, on voit qu'au niveau des grands théologiens, il y a des désaccords. Dans notre ville, à la messe, il peut y avoir 200 personnes. Regardons ceux que nous connaissons et nous aurons un jugement par personne en fonction des bonnes ou mauvaises actions que nous leur connaissons. Tel est un fieffé voleur, cet autre, un saint. Donc quelque soit la croyance dominante, chacun aura la sienne propre. Elle est la conscience du JE. Tant que le JE est vivant, il est un JE. Et quand le JE croit en quelque chose, c'est qu'il croit en le JE qu'il est. JE vit.

C'était important de s'arrêter sur ce mot. Dans le travail scientifique que nous faisons, il faut autant que possible utiliser tous les mots de la vie courante et que les gens connaissent bien. Il faut éviter d'inventer de nouveaux mots, autant que possible. Mais ces mots doivent être consistants quitte à en revoir un grand nombre pour leur redonner une définition claire et simple. Pour parler des vivants humains, il ne faut plus dire « les hommes » mais les « humains » ainsi on ne se pose plus la question si les femmes sont concernées et quand on parlera d'homme on saura que c'est en comparaison avec femme.

En conclusion, nous constatons que la croyance de S. Strum c'est la paix universelle entre les humains. Mais c'est hors sujet par rapport à son étude sur la vie des babouins.



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Manet2:
« Le pouvoir vrai appartient au sage plutôt qu'au fort. » C'est en relation avec ceci: « je me trouve une nouvelle interrogation: les deux sexes ont-ils les mêmes possibilités de manœuvre sociale et ont-ils autant besoin l'un de l'autre? L'évolution des mâles et des femelles sont-elles identiques?

Manet1 :
Ce qui est intéressant dans le livre de S. Strum, c'est sa partie descriptive. Mais il faut prendre sa partie explicative avec prudence et esprit critique. Le rêve des « intellectuels » c'est que ce soit les sages qui dirigent le monde.

Manet2: 
Les sages ce sont les alliés et la force brute est à combattre.

Manet1 :
Nous devons vivre aujourd'hui à 7 milliards d'humains où il y a des forts et des faibles, des grands et des petits, et c'est un peu comme un voyage organisé dans un bus où il y a 60 personnes qui ne se connaissent pas dont l'objectif ce sont des visites, des repas et des hébergements en commun. Ce n'est pas de tout repos. Et notre voyage organisé concerne un groupe de 7 milliards d'humains qui comporte déjà une organisation: des pauvres, des moyens pauvres, des petits chefs, des grands chefs, des riches et des très riches. Cette organisation a été inventé par les humains pour vivre ensemble.

Dans un entretien sur le pilote de la mise en place l'obélisque et les tireurs de corde, nous avons dit que la fonction du riche – du pilote - est d'être obéi de manière quasi certaine sous peine de ne jamais pouvoir construire un obélisque. Les tireurs ne doivent pas penser que le pilote est un tireur comme eux et qu'on peut refuser son ordre parce qu'étant comme tout le monde il n'a pas d'ordre à donner. Mais évidement le pilote et le tireur sont des JE humains de même nature. Voilà l'origine de l'organisation.

Les sages doivent-ils diriger? Oui et non! Il y a plusieurs sages. Il y a celui qui sait utiliser la violence à bon escient et celui qui ne saura pas. Le premier est plus efficace que le second. Si nous rencontrons une personne qui veut nous tuer, que faisons-nous? Il faut se défendre et gagner. Si un sage ne sait pas se défendre, il disparaît.


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Manet2:
S. Strum croit à ce qu'elle fait. Elle rencontre Jonas, son futur mari qui se passionne pour l'environnement. Il n'y avait plus que les babouins qui existaient dans sa vie et au monde. Et un jour elle a appris que toutes les personnes du Kenya qui l'avaient aidé chassaient les babouins qui venaient chaparder dans les maigres jardins – leurs seules ressources de vie - qu'on leur avait donné. Elle considérait au début qu'ils étaient méchants mais elle a fini par en comprendre la cause.

Manet1 :
C'est le problème des touristes qui reviennent de leur voyage les yeux remplis d'admiration pour ce qu'ils ont vu. L'herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin: il y a des gens qui espèrent trouver mieux ailleurs. Attention: ils ont peut-être raison: ailleurs cela peut-être mieux qu'ici. Quand les ressources commencent à s'épuiser, il faut aller voir ailleurs.

Manet2:
On peut avoir de grandes compétences et des œillères.

Manet1 :
L'avantage de l'éthologie terrestre c'est de partir du principe que tous les JE vivants rencontrent des problèmes analogues. S. Strum pose comme principe implicite que les babouins et son université ont des problèmes différents. La société des babouins rencontrent les mêmes problèmes que la société dont l'université fait partie. S. Strum avait été un peu exploitée par son maitre de thèse. Chez les babouins, l'exploitation d'un plus faible par un plus fort existe également.

Manet2:
« L'idée de la hiérarchie chez les mâles est-elle si profondément enracinée qu'on ne peut la mettre en question dans le comportement humain »

Manet1 :.
La hiérarchie existe chez tous les animaux. Au niveau minimal, quand deux chats se rencontrent, ils entrent compétition pour savoir à qui appartient un territoire. Une fois la solution trouvée, si elle ne donne pas lieu à disparition de l'un des protagonistes, le non-titulaire évite le territoire du titulaire. Mais la situation est rendue complexe par la vie sociale. Comme il y a beaucoup de membres dans un groupe, l'accès aux ressources est fort règlementée sinon c'est la catastrophe.

Pourquoi réserver la hiérarchie aux mâles? Le livre montre qu'il y a une hiérarchie chez les femelles et que l'organisation des babouins est matriarcale.

Mais n'évitons pas la question. Pourquoi les mâles sont dominants? Chez les humains et ailleurs?

Manet2:
Il y a la protection et la sécurité?

Manet1 :
Pas forcément. Dans notre précédent entretien nous avons parlé de l'émeu. La femelle est plus grande que le mâle. Elle pond un ou deux œufs.

Manet2:
C'est le mâle qui s'en occupe par la suite.

Manet1 :
Mais ce modèle est très rare chez les mammifères.

Cependant chez les hyménoptères – fourmis, abeilles et guêpes – il y a une reine qui a été fertilisée et qui pendant toute sa vie pond des œufs avec son ADN et l'ADN du mâle qui l'a fertilisée. Elle est la seule à produire des enfants pour son groupe : elle en ralentit ou en accélère la production selon les ressources apportées par les ouvrières. Il y a une maîtrise des naissances et de la population. On lui donne le nom de reine mais elle n'a pas les mêmes pouvoirs que la Reine Élisabeth II d'Angleterre. Elle est le Roi avec des pouvoirs, c'est un homme. Alors que la reine des abeilles est femelle totale car elle ne fait que pondre des œufs.

Après l'émeu femelle, nous avons parlé de la reine des abeilles. Chez les abeilles et les fourmis, la femelle est dominante au point qu'il n'y a pas de mâles pendant la vie non reproductive. Toutes les ouvrières et soldats sont femelles et sœurs car la reine est l'unique mère. Ce n'est qu'avant l'essaimage que la reine produit d'autres reines et des mâles. Richard Dawkins donne une description très détaillée de cette situation mais comme elle est mise au service d'une thèse discutable, on oublie à quel point ce travail est intéressant.

Donc le mâle n'est pas universellement dominant. Mais il semble l'être chez les mammifères. Pourquoi?

Manet2:
Il y a une réponse?

Manet1 :
Pas pour l'instant. Nous irons pas jusqu'au bout dans cet entretien mais nous allons avancer un peu.

Nous allons commencer par mettre de côtés nos sentiments et nos croyances à nous deux.

Regardons autour de nous: le statut de la femme par rapport à l'homme est beaucoup plus souple et nuancé que nous ne l'exprimons. Il y a des couples autour de nous où la femme domine le couple. Il y a une association. L'homme en fait partie. Il y a des jours où la femme lui interdit de se rendre à une réunion. Dans les mines de charbon, on raconte que des femmes reprochaient à leur mari d'avoir un taux de silicose ( tuberculose du charbon) inférieur à celui du voisin donc d'avoir une pension d'invalidité inférieure. On parlait aussi des maris qui rapportaient leur salaire à leurs épouses et elles leur donnaient ou pas leur argent de poche pour leurs cigarettes. Il faudrait des statistiques précises mais la réalité n'est pas toute noire pour les femmes et toutes blanche pour les hommes.

N'oublions pas, par contre, qu'il y a plus de femmes battues que d'hommes battus et que dans les prisons de France il y a 4% de femmes et 96 % d'hommes ce qui selon des statistiques un peu primitives prouverait que l'homme est 29 fois plus violent que la femme (si l'on divise 96 par 4). Mais il arrive souvent que lorsque l'homme est en prison, son épouse le quitte en emportant les enfants et tous les biens. Il y a 100 ans, une femme ne pouvait pas voter, elle ne pouvait signer de chèques. Le maréchal Pétain était partisan du vote familial assumé par le père titulaire d'autant de votes que d'adultes dans sa famille. Il y a des pays qui ont eut des femmes monarques puissantes comme l'Angleterre ( Élisabeth I°) ou la Russie (Catherine II ) et d'autres, notamment la France, où elles étaient exclues du pouvoir. Dans les films soviétiques on voyait des femmes cantonnières. En Pologne, a été tué dans l'accident de Smolensk, une héroïne de Solidarnosc de 1989, Anna Walentynowicz qui à cette époque était grutière.

Il faut diviser le problème en deux.

Problématique 1 :
A un moment donné, il y a peut-être une cause qui entraîne une division du travail entre la femme et l'homme: l'un faisait très bien un certain nombre de choses et l'autre, autre chose. On reprend le modèle du chasseur cueilleur itinérant. Dans ce cas de figure, le groupe est en déplacement permanent et la femme porte un enfant dans son ventre. Il n'est pas question qu'elle porte des choses sur son dos. C'est l'homme qui va les porter, qui va chasser, qui va orienter ou qui va se battre. Il s'agit de nomades: quand l'enfant nait, il est porté par la femme tant qu'il ne sait pas suivre le groupe de manière autonome. Notons une fois de plus que ce n'est pas une justification mais la description imaginée d'une réalité qui devait être proche de ce schéma.

Problématique 2:
A un moment tout le monde sort d'Afrique. Ils se ressemblent tous puis ils se répandent sur toute la Terre et s'éloignent les uns des autres dans l'espace et dans leurs méthodes d'organisation. Leurs corps vont diverger de même que leurs langues, leurs coutumes et leurs habitudes. Puis quand en 2010, tout le monde se retrouve, il y a le modèle monogamique éternel des chrétiens qui s'oppose au modèle polygamique de la religion musulmane avec ses différents niveaux de contrainte.

Manet2:
C'est toujours une volonté d'homme!

Manet1 :
Pour l'instant nous n'en savons rien. Nous décrivons ce que nous voyons. Cela existe. Dans les deux cas, l'homme est dominant comme il l'était dans l'état précédent. Pourquoi lors du passage à l'agriculture les rapports n'ont-ils pas été rééquilibrés? Il pourrait y avoir une raison liée aux enfants. Quand la sédentarisation s'est installée à l'occasion de la généralisation de l'agriculture, les enfants ont permis d'augmenter les ressources de vie éternelle. Les enfants c'est la femme qui les porte. C'est la biologie qui l'impose, pas les humains. L'émeu femelle peut confier son fœtus à un mâle, le mammifère ne le peut pas. Comme la femme porte beaucoup d'enfants et comme cela la rend inapte à la chasse et à la guerre, c'est l'homme qui en est chargé. Il est donc chargé des affaires extérieures alors qu'elle s'occupe des affaires intérieures. On voit chez certains peuples musulmans une coupure totale entre l'extérieur de la maison qui est strictement réservé à l'homme et l'intérieur qui est le « royaume » de la femme.

( Il y a des situations divergentes aujourd'hui. On voit dans certains pays africains, des femmes qui portent leurs enfants, travaillent les jardins et transportent le bois et l'eau. On peut considérer cela comme une manifestation ultime de ces conséquences où la femme rendue inférieure se voit attribuer un statut de semi-esclave)

Ces descriptions explicatives ne sont pas des justifications. C'est arrivé de cette manière mais on ne dit pas que c'est normal ou non.

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Développement exclusivement théorique.


Le modèle polygamique peut trouver une explication dans le travail qui a été fait dans l'entretien précédent. A partir de calculs théoriques, nous avons estimé que l'homme peut produire un enfant par jour pendant toute sa période de fertilité et nous avons arrêté arbitrairement le chiffre de 8000 enfants possibles pour toute une vie d'homme. Nous avons également décidé théoriquement que la femme peut produire 20 enfants sur sa vie. Si l'on traduit cela en configuration familiale théorique, on obtient 1 homme avec 400 épouses (8000 / 20). Cela pourrait être une hypothèse éthologique pour certaines sociétés polygamiques ou nous trouvons 1 homme et 4 femmes dans une famille pauvre et 1 homme avec un harem dans une famille riche.

Poussons ce raisonnement dans ses derniers retranchements. Supposons que les 30 millions d'hommes français de 2010 produisent chacun en 50 ans 8 000 enfants chacun, en 2060, en ne tenant pas compte du nombre des femmes, il y aurait 240 milliards de français... Ce qui est inenvisageable dans le futur et dans le passé. Le succès plus modeste du sultan du Maroc qui au XVII° siècle fut le père de 700 garçons sans compter les filles a rarement été renouvelé. Faisons maintenant le calcul côté femmes et sans tenir compte des hommes. Si les 30 millions de femmes de 2010 produisent en 50 ans, 20 enfants chacune, il y en aura 600 millions en 2050. Cela reste excessif.

Nous pouvons tirer quelques conclusions:
- Dans le modèle polygamique
la « médiocre » fertilité des femmes et le fait qu'il y a 50% de femmes et 50% d'hommes obligent les hommes à passer de 8000 enfants à 80 enfants avec 4 femmes mais il y a trois hommes sans femmes. Sur quatre hommes, il y a 7920 coïts stériles et trois fois 8000.

S'il y a un homme pour quatre femmes et que faire 20 enfants par homme c'est largement suffisant, chacune ne donne que 5 enfants. Pour quatre hommes, il y a 7980 coïts stériles et trois fois 8000.

- Dans le modèle monogamique,
la « médiocre » fertilité des femmes et le fait qu'il y a 50% de femmes et 50% d'hommes obligent les hommes à passer de 8000 enfants à 20. Il y a 7980 coïts stériles pour tous les hommes.


Conclusion :
 
Dans les deux cas, reste à envisager l'utilisation des 7980 coïts stériles. Voici l'origine des tensions internes au couple dont les deux solutions extrêmes sont l'abstinence prônée par le christianisme et une vie sexuelle harmonieuse telle qu'elle est envisagée de nos jours où tous les coïts restent dans le couple.
Entre ces deux extrêmes, il y a toutes les dérives , les névroses, les transgressions, la pédophilie, l'homosexualité et la prostitution.



Codicille:
Voilà une manière éthologique d'étudier la question. Les deux types de mariage ne sont pas les seuls qui existent. D'autres solutions ont existé, existent et verront le jour.

Ce débat strictement théorique mériterait un passage par des études de terrains... oh combien périlleux.



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Manet2:
On parle de sexe et de sexualité?

Manet1 :
Non, il s'agit de reproduction. Le terme de « sexualité » comme celui de « vie » n'a pas de signification concrète. Les bons concepts sont la reproduction et les vivants. Quand nous nous regardons dans un miroir, nous ne voyons pas une deuxième personne mais nous-mêmes. Nous sommes dans le domaine des ressources éternelles de vie. Tout est lié, nourriture, vêtements, reproduction.

Manet2:
Le reproduction, c'est l'homme!

Manet :
Non. La femme donne la moitié de l'ADN et l'homme, l'autre. Mais la femme ne peut contribuer qu'à 20 enfants alors que l'homme peut contribuer à 8000 enfants. 20 enfants pour une femme c'est relativement facile pour une femme riche car elle les confie à ses servantes mais cela la rend moins disponible 20 fois 9 mois. Donc si c'est plus léger que pour une famille pauvre, ce n'est pas une sinécure.

Cette discussion nous amène à conclure que le couple monogamique éternel et le couple polygamique sont inventés pour répondre à l'organisation de la reproduction chez les humains.

Manet2:
Et ce sera toujours ainsi?

Manet1 :
Rendons visite aux plantes.

Prenons un arbre. Sur cet arbre, il y a 10 000 fleurs et 10 millions de graines de pollen. Chaque graine pouvant donner un arbre, un seul arbre, si toutes ses fleurs et tous ses graines de pollen donnaient un résultat, produirait au moins 10 000 arbres. Chaque année, un arbre en produirait 10 000. Et l'année suivante ces 10000 en donneraient 100 000 000. Ils se multiplient par 10 000 chaque année. En 100 ans, la Terre serait submergée à partir d'un seul arbre!! C'est le vivant qui est organisé de cette manière-là. Il y a 3 milliards d'années, nous n'étions que des unicellulaires qui se divisaient par deux pour se multiplier. On couvre la Terre sans difficulté et rapidement de cette manière. Cette capacité à se multiplier de manière aussi explosive existe dès l'origine des vivants.

Sans faire de lien avec le non-vivant, on a l'impression d'avoir à faire à une course de vitesse entre les risques de catastrophes ou de morts et la multiplication effrénée des vivants. Le moyen de lutte par excellence du vivant contre le non-vivant, c'est la multiplication.

Manet2:
Dès le moment où l'enfant paraît, c'est la femme qui a le plus grand rôle.

Manet1 :
Il faut d'abord répondre à la question: est ce que sera toujours ainsi?
Le modèle le plus logique semble être le mariage polygamique un homme pour 400 femmes. Chez les abeilles, c'est parti dans un sens différent mais ce n'est pas applicable à l'humain: la femme ne peut faire naître que 20 enfants et une reine abeille des milliers. Les insectes donnent naissance à un grand nombre de descendants mais il y a beaucoup de pertes alors que chez les animaux, les naissances sont fort limitées et il y a beaucoup moins de pertes;
Cela peut changer le jour où l'on passerait à la fécondation in vitro universelle. Cela marche bien pour les animaux des fermes pour lesquels ont utilisent des reproducteurs inséminateurs.

Dans le précédent entretien nous avons dit que nous étions 7 milliards mais que nous aurions pu être extrêmement plus nombreux ou extrêmement moins nombreux. Tout cela, c'est le hasard.
Chez les humains, nous gérons mal la naissance des enfants.L' Institut National des Études Démographiques avait parlé dans le passé de démographie maîtrisée dans les pays développés car l'augmentation des ressources n'entrainait plus l'accroissement de la population contrairement à certains pays "en voie de développement" où chaque accroissement de ressources multipliait la naissance des enfants. Si plus aucun enfant ne mourrait, si tous les humains vivaient jusqu'à 100 ans, et que chaque couple faisait un grand nombre d'enfants, la France, par exemple, atteindrait rapidement plusieurs centaines de millions d'habitants. Ne faudrait-il pas un organisme terrestre qui décide combien chacun doit avoir d'enfants – 0, 1 ou 2 - et de les planifier en liaison avec les ressources?

Manet2:
Pour vivre longtemps et manger sainement!

Manet1 :
L'explosion de la démographie a commencé en 1929. Personne ne se rend compte ce que signifie gagner un milliard d'humains en 30 ans seulement. Si on y ajoute l'idée que chacun des 7 milliards d'humains c'est la personne que l'on aime le plus, notre cœur n'arrive pas à les englober. Alors, a-t-on le droit de faire naître un nouvel enfant? Mais il est quasiment impossible de l'interdire à des jeunes mariés qui ont cristallisé et qui sont sur le point de concevoir un enfant désiré. Qui est habilité à le dire?



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Manet2 :
Faudra-t-il un jour en France n'avoir qu'un enfant comme en Chine? 

Manet1 :
Vivre longtemps et manger sainement, c'est « programmé » chez les humains. Les arbres ont tous une limite d'âge. Si on les laissait pousser, ils couvriraient la Terre. C'est une chance que T. Roosevelt ait créé le Yosemite Park, sinon on ne saurait plus ce qu'est un séquoia. Il y a 200 millions d'années, toutes les zones froides et tempérées étaient couvertes de ce type d'arbres.
Mais si nous sommes trop nombreux et les ressources insuffisantes, que se passerait-il? Le paradoxe c'est que nous sommes incapables de savoir si nous sommes à une époque de pénurie ou non car tout est médiatisé par la sociabilité et nous sommes jamais dans la situation de deux chats face à une seule ressource de vie. Regardons la Terre. Dans certains pays, il semble qu'il y ait bien plus de ressources que nécessaires et pourtant il y a des SDF. Dans d'autres, il y a des famines mais nous nous disons que c'est le résultat de leurs guerres intestines alors que c'est peut-être le contraire et de toute manière il y a des gens en France qui disent qu'il suffit d'y envoyer de l'argent et de l'alimentation. L' Europe, dit-on, est en crise: est-ce passager ou est-ce le début d'une fin? On ne le sait pas. Et on ne le saura pas demain car on aura oublié le passé. Une fois que nous serons morts, nos enfants ne se souviendront pas ce que nous avons connu. La décadence, c'est toujours loin dans le passé.

Il y a une pensée collective de la France, en ce qui nous concerne et elle nous dit qu'il y a une crise grecque.

Manet2:
et une crise belge. 

Manet1 :
Et peut-être qu'un jour viendra où un état face à une population démesurée décidera d'interdire aux humains de se reproduire et passera aux bébés-éprouvettes.

Manet2 :
Peut-on y croire?

Manet1 :
C'est en contradiction avec l'éthologie humaine où les mariages éternels jouent un rôle important et sont les lieux par excellence de naissance des enfants. Mais c'est l'éthologie qui est à l'origine de la reine des abeilles. Qui dit qu'elle ne provoque la même évolution. Nous n'en savons rien tant que cela n'existera pas. Mais à ce moment là la cristallisation et les couples éternels nous paraîtrons bien exotiques. L' État Terre devra prendre des décisions plus dures que celles que les chinois subissent de nos jour avec la loi de l'enfant unique. En Chine cette décision donne des résultats positifs même si des riches passent à travers. L'évolution des abeilles montre que la conscience collective l'emporte sur la recherche de vie d'un vivant. 

Manet2 :
L' État Terre se rééquilibrera, il faut lui faire confiance. 

Manet1 :
Rééquilibrer provoque des drames. Les humains s'unissent dans des sociétés pour surmonter des situations qui seraient insurmontables autrement. 

Manet2 :
Vivre plus âgé: les gens font de moins en moins d'enfants car la femme travaille et le couple recherche son confort. 
 
Manet1 :
Nous allons vers la solution mais la presse ne cesse de dire que notre démographie s'effondre, que notre population vieillit et que les jeunes ne pourront payer les retraites de leurs parents. Elle affirme également que nous sommes meilleurs que les Allemands dont la population diminue alors que la notre augmente légèrement. Et puis il faudrait que les humains n'arrêtent pas de travailler si tôt. 

Manet2 :
A un moment, cela n'ira pas puis cela s'améliorera.
Les médias ne sont pas toujours raisonnables. 

Manet1 :
Le média existe parce qu'on l'achète. Donc on est d'accord avec lui.

Manet2 :
Il nous apprend des choses. Notre monde est fragile. Quand il y a un évènement, il n'y a aucun recul. C'est une erreur. Les jeunes citoyens attendent une réponse de la télévision. Les jeunes se font une opinion politique à partir de Guignols.

Manet1 :
Les journaux existent depuis 300 ans. Quand ils ont été créés ils ne concernaient qu'une petite partie de la population. En France, il y avait le Roi, sa Cour, les aristocrates et en dessous le peuple qui travaillait et vivait sa vie. Chacun vivait chez soi dans son village ou sa ville. Il y avait peu d'échanges. Arrivent les communications: trains, voitures, et les gens se sont mis à bouger en nombre de plus en plus grand. De plus en plus de journaux de plus en plus importants. Auparavant, au delà de 50 km, on était à l'étranger. Aujourd'hui un pédophile est arrêté à Hong Kong, nous en sommes immédiatement informés. Pourquoi ces informations-là nous arrivent et pas d'autres?

La première télévision était d'un haut niveau et un lieu de culture. Maintenant, il y a des déclarations politiques à chaque instant. Chaque jour un philosophe parle. Faut-il voter ou ne pas voter? 

Manet2 :
Les générations qui arrivent sont un monde d'assistés.

Manet1 :
La courbe des populations est exponentielle. Il y a une multiplication des gens. Et chacun est extrêmement intelligent. 

Manet2 :
 le voilà, le problème! 

Manet1 :
Les gens visitent le monde entier. Ils découvrent des nouveaux mondes tous à tour de rôle. Les gens sont-ils assistés? Il y a beaucoup de gens qui sont au dessous du seuil de pauvreté. 

Manet2 :
Les assistés ce sont les fils de notables! 

Manet1 :
Les médecins généralistes souhaitent être payé comme des spécialistes. Il faut remplacer des infirmières car une bonne partie de leur intervention est de ce niveau. Pourquoi y mettre un étudiant hyper sélectionné et qui a fait 10 ans d'études. 

Manet2 :
L'humain a tendance à être conservateur? 

Manet1 :
Il y a le parti conservateur anglais. Il y a le fait de ne pas aimer le changement. Si l'on pouvait obtenir plus de ressources avec moins de difficulté, cela peut être un problème évolutif. 

 Manet2 :
"Peut-on vivre en ne tenant compte que des intérêts humains? » 

Manet1 :
Nous sommes humains, nous n'en sortons pas. On ne peut séparer humain d'intérêts humains. 

Manet2 :
Il faut parfois passer outre!

Manet1 :
Pourrait-on ne pas être humain? Tout ce qui est humain nous concerne et aussi ce qui ne l'est pas s'il a un impact sur l'humain.



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Manet1 :
J'ai fait une découverte depuis notre dernière rencontre. Cela concerne les synapses. On dit que de zéro à 7 ans un enfant produit 2 millions de synapses par minute en moyenne. Nous nous estimons scientifiques parce qu'il existe des médecins, des chirurgiens et beaucoup d'humains qui s'attribuent cet adjectif. Dès que l'on parle des enfants, on parle d'éducation et nous oublions que s'il n'y avait pas à chaque minute création de tant de synapses, l'enfant ne progresserait pas. Il resterait dans l'état où il était au moment où les synapses ont cessé de se créer. Ils se créent dès qu'il y a des neurones.

Il y a deux haploïdes à l'instant zéro et puis c'est l'explosion: à l'instant + 9 mois, il y a 10 milliards de cellules et 80 types de tissus dont le cortex cérébral avec ses quelques milliards de neurones. Dès qu'il y a des neurones, se créent des synapses. Les neurones sont des magasins d'information et les synapses les mettent en relation. Quand le bébé nait: il voit, il sent, il touche, il goûte et il entend. Les synapses enregistrent. Quand on regarde un enfant plutôt que de voir un être vivant informe, il faut voir une machine en création permanente. Si on lui dit « bonjour, mon doux bébé », il va enregistrer une musique douce et des sons imprécis, une douceur, et simultanément un regard aimable. Il va créer un lien entre le regard et le son de la voix. Il va enregistrer la manière dont il est tenu. Cela fera un tout. Et ce sera enregistré comme tel. C'est une situation simple. Mais en permanence, il enregistre. Y compris l'équilibre. Il commence à marcher. Ces muscles durcissent mais ce sont les synapses qui gèrent son équilibre. Quand il se redresse, la bonne posture est prise en compte. Définitivement. S'il perd cette information, il perd son équilibre.

Manet2 :
Un enfant qui a du retard? Tous ne marchent ou ne parlent pas au même âge.

Manet1 :
La couche précédente détermine la couche suivante. Et le développement prend un chemin particulier. Il est intelligent? Non, c'est le travail des synapses.

Pourquoi, des humains vont en prison? Nous avons parlé d'une situation d'accueil favorable de l'enfant: une douce parole, un doux regard, et une pression affective. Voici maintenant une mère alcoolique et hagarde. Elle prend son bébé sans le regarder, sans lui parler, crispée. Les synapses enregistrent. Ce n'est donc pas une histoire de gènes ou d'ADN qui se joue une fois pour toutes à l'instant de la reproduction et ne change plus de la première seconde de vie jusqu'à la mort mais un problème de synapses qui ont commencé à travailler dans le ventre de la mère mais explose dès la naissance. La dangerosité est déterminée dès l'enfance dans le cerveau et non dans l'ADN. Le cerveau enregistre des évènements complexes de l'ordre du non-dit. On connaît des familles où les familles ne cessent de faire des protestations d'affection et portent dans leur cœur des haines profondes: il y a des regards mauvais, des tensions et parfois des coups bas. On trouvera ensuite dans la société un personnage correct extérieurement et qui intérieurement sera méchant. Et un jour, face à une situation particulière, c'est sa nature profonde qui va parler. Ces synapses déterminent des attitudes positives ou négatives profondes.

Certains jours, nous sommes découragés ou fatigués et nous n'avons pas envie d'agir. Nous nous prenons à deux mains et commençons une activité dont nous savons qu'elle nous apportera du punch et nous remettra sur les rails. Nous faisons une chose qui nous fait plaisir. Cela vient du fait que dans notre cerveau il y a eu des câblages qui ont mis des points positifs sur des actions. Prenons un enfant qui n'a jamais positivé sur une acte social – par exemple, une grand-mère donne des grains de radis à un enfant qui se réjouit ensuite de les récolter – il n'y verra qu'une tâche pénible. Nous rencontrons en prison des gens qui ont eu dans leur enfance très peu de positivité et d'investissement dans le travail ou la lecture. Que faire avec eux une fois le cerveau câblé?

Manet2 :
Ils ont le cerveau malade parce que la réception n'a pas été bonne au départ.

Manet1 :
Si nous retirions ces enfants de leur famille biologique dès le jour de leur naissance et que nous les confions à une famille aimante, il n'y aurait aucun problème.

Manet2 :
Il ne faut pas déraciner l'enfant.

Manet1 :
Oui. Nous retrouvons le mariage monogamique éternel qui est fondé sur un principe: l'enfant doit être conçu biologiquement par le couple qui s'en occupe. Dès que l'on s'éloigne de ce modèle, nous courrons des risques même si beaucoup d'adoption sont des réussites. Tout notre droit est basé sur cette continuité biologique.

Alors ce qui se passe est problématique. Ils restent un an avec leurs parents biologiques: un an de synapses dans le mauvais sens. On les met dans une famille d'accueil qui ne sont pas une garantie de bon accueil: de nouveaux des synapses dans le mauvais sens. Cela ne marche pas. Il y a plusieurs années défavorables. L'enfant rejette père, mère et société. A 1 an ce sont les caresses puis plus tard ce sont les concepts et les idées de plus en plus générales. Les accueils se multiplient puis les centres fermés et enfin la prison. J'ai connu une personne qui correspond à ce parcours.

Ce qui est gênant dans cet exposé, c'est que l'on ne sait pas ce qu'il faut faire.

Manet2 :
C'est normal: à la naissance, on ne peut savoir ce qui va se passer. Par exemple, une petite fille a fait deux dents sans pleurs aucun et sans que cela se remarque.

Manet1 :
C'est peut-être que l'accueil qui lui est fait – l'environnement et ses parents - la satisfait. Pour sa mère, le monde s'est arrêté depuis sa naissance et elle ne s'occupe que d'elle. Il y a une totale harmonie entre elles deux. Il y a en prison, un homme dont l'amie s'est remise à l'alcool alors qu'elle a trois enfants. Que faire pour eux?

Manet2 :
Il faut des moyens!

Manet1 :
Avant cela, il faut une idée sur la solution. Si on les retire, on risque de briser la vie de la mère. Les enfants sont parfois la dernière planche de salut des parents.
Il nous reste une maigre récolte: le message du christianisme "aimez vous les uns les autres".